Le chemin de Damas


L'intelligence donne à connaître la loi de l'esprit


La loi universelle de la conscience

2 - L'intelligence donne à connaître la loi de l'esprit

uand les nations qui n'ont pas de loi pratiquent naturellement la loi, elles qui n'ont pas de loi se tiennent lieu de loi ; elles montrent l’œuvre de la loi inscrite dans leurs cœurs, comme en témoignent leur conscience et leurs pensées qui les accusent ou les disculpent jusqu'au jour où, selon mon évangile, Dieu jugera par Jésus Christ le dedans des hommes. » (Rm. II, 14-16)

Lorsque Paul constate que les Goyim n'ont pas de loi, il parle d’une loi sacralisée qui énonce des préceptes et des sentences avérés comme principes divins. La loi de l'Empire et les lois des nations ne sont pas revêtues du sceau de Dieu. Relevons dans le deuxième livre du prophète Baruch : « Mais à vous et à vos pères le Seigneur a donné la loi de préférence à tous les autres peuples. » (2 Ba. LXXVII, 3). Toutefois, l'on ne peut nier que les Goyim ont le sens de la vraie justice. Ils pratiquent parfois naturellement la loi de l'esprit. Que la grande majorité d'entre eux aient changé « la vérité de Dieu en mensonge » (Rm. I, 25), n'empêche nullement que quelques-uns soient indubitablement intelligents.

Le Juste connaît la volonté de Dieu grâce à l'intelligence que celui-ci lui accorde (Hy. I, 21). Chacun découvre le Seigneur « à la mesure de [son] intelligence » (Ibid. 31). Les Saints de la Communauté se différencient du reste d'Israël par « leur intelligence » (Règle V, 23). Chacun d'eux se trouve également promu « selon son intelligence » (Ibid. 24) (Hy. XIV, 18-19). Cette même qualité est associée à l'instruction et à la connaissance de la loi (Règle I, 1-3) (Test. Lv. XIII, 2). Elle pondère la crainte de Dieu (Ps. Sal. II, 33). L'intelligence dévoile les mystères de Dieu (Hy. XI, 10). Elle est la source de l'action bonne et droite (Hy. XIV, 8-9). Dans le Testament de Lévi, l'intelligence est associée au conseil, afin que le patriarche instruise sa descendance de la visite du Seigneur (Test. Lévi IV, 4-5).

Paul oppose « l'intelligence réprouvée » (Rm. I, 28), « le mensonge » (Ibid. 25), « le péché » (Rm. III, 9), à « la vérité » (Rm. I, 25) et à « l'intelligence » (Ibid. 20 ; III, 11 ; VII, 23). Le « zèle pour Dieu », selon la pratique de la Torah, est « sans intelligence » (Rm. X, 2). Tandis que « l'intelligence » suscite, au contraire, l'obéissance à la loi de l'esprit (Rm. VII, 25). Après avoir dit que les Goyim obéissent, parfois, à l'esprit, l'apôtre ne peut dire qu'il n'y a point chez eux d'intelligents (Rm. III, 11). Cette remarque ne s'adresse qu'aux Hébreux, « comme il est écrit » en Ps. XIV (Ibid. 10 ; X, 2). Chez Paul, l'intelligence juste traduit le discernement de la conscience (Rm. XII, 2), que l'on trouve chez les Goyim parmi ceux qui ne pratiquent point l'idolâtrie.

Il est inutile d'insister sur le fait que la loi que pratiquent naturellement les Goyim ne peut être la Torah. Ils observent la loi de l'esprit, sans qu'ils le sachent vraiment. Cette juste conduite dans la relation aux autres est inscrite dans leurs pensées tel un impératif divin. Leur conscience témoigne d’une connaissance immédiate du bien et du mal (Rm. II, 15-16). Le dieu qu'ils découvrent ne ressemble pas au dieu de la Torah. L'invisibilité (Rm. I, 19-20) qui s’attache à la transcendance, n’est pas vraiment la qualité première du Seigneur Yhwh. Sa main est sur les contrats et les pactes. Toujours faits, défaits et reconduits, ils le lient au peuple élu, appelant sa bénédiction ou sa malédiction. Par lui, les arrangements de l'histoire se succèdent en autant de batailles pour tenter vainement de hisser Israël au faîte de la gloire prophétique. Yhwh est partout ! Paul sort de la religiosité hébraïque en trouvant dans les nations la preuve de l'universalité de Dieu et de son attachement à une loi de l'esprit qui n'est point la Torah.

L'accommodement des Hellènes et des Hébreux avec le mensonge ou l'injustice (Rm. III, 9) est incompatible avec l'esprit de vie éternelle. Ils vivent en leur incarnation une existence qui ne leur donne aucune part à la vie nouvelle que l'évangile révèle. Si le Jour venu les trouve sans l'esprit, parce qu'ils n'ont point édifié par eux-mêmes le sanctuaire pour en recevoir l’avance (2 Co. I, 22), alors, ils n'auront d'autre destin que le néant ou la mort de leur âme-vivante toute vide (1 Co. XV, 50). C'est un jugement dans les faits qui attend l'homme non revêtu de l'immortalité. Un jugement qui appartient nécessairement à Dieu, puisqu'il est le principe de l'indestructible (Rm. I, 23). Mais il revient à l'homme de s'élever à la filiation en revêtant le corps céleste de l'immortalité (1 Co. XV, 48-49) (2 Hén. XXI, 5) (As. Is. IX, 9).

Remarquons la similitude pour le jugement avec la prophétie du Livre d'Hénoch :

« Le Seigneur des Esprits aura placé l'Elu sur le trône de gloire, et il jugera toute l’œuvre des Saints dans la hauteur céleste et pèsera leur œuvre à la balance. Quand il lèvera son visage pour juger leur conduite secrète. » (1 Hén. LXI, 8-9).

« Jusqu’au jour où, selon mon évangile, Dieu jugera par Jésus Christ le dedans des hommes. » (Rm. II, 16).

Le Commentaire confirme : « C'est par l'instrument de ses élus que Dieu rendra le jugement de toutes les nations. » (Com. Ha. V, 4) (Mt. XIX, 28). Paul prend la précaution d'annoncer : « selon mon évangile », comme pour éviter la confusion avec « la bonne nouvelle » proclamée par le Maître de Justice (Hy. XVIII, 14). La superposition des mots dévoile une nouvelle fois l'identité de ceux que l'apôtre cherche à défaire ou à convaincre. Si le Christ prend la place du Maître de la Communauté des Saints dans le jugement dernier, sur un trône qui n'est plus à Sion (Flor. I, 12), la vénération appelle désormais à la confiance en celui-là. L'apôtre se distingue également de la proclamation nazaréenne de « l'évangile du règne » (Mt.) qui semble se séparer de la doctrine essénienne seulement sur la question de l'élection messianique. Paul signifie à tous que le jugement attendu sera rendu selon la loi de l'esprit et non selon la Torah (Rm. II, 16).


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