Le chemin de Damas


L'esprit source de la connaissance


L'esprit des profondeurs

11 - L'esprit source de la connaissance

aul différencie la connaissance objective de la loi, de la connaissance subjective de l'esprit (1 Co. II, 9). Il place en opposition la Torah dévoilée par Yhwh-Elohim sur le mont Sinaï (-Horeb) et l'impératif de la conscience révélé par Jésus Christ. La première est reçue par la pensée (le cœur), au moyen des sens qui recueillent la parole « angélique » (Ga. III, 19) dans les signes évidents d'une présence terrifiante (voir Ex. XIX, 16-19). La seconde consiste en un dévoilement de l'esprit, qui communique sa lumière à la conscience (2 Co. IV, 6). La valeur attachée aux deux modes de connaissance est évidemment négative pour l'un, positive pour l'autre. La façon de recevoir présuppose la valeur intrinsèque de la chose communiquée : l'illusion (Ibid. III, 13) ou la réalité (Ibid. IV, 2).

Paul se réfère au Livre d'Isaïe (1 Co. II, 9) :

« Lorsque tu exécutas des choses terribles que nous n'entendions pas, tu descendis : devant toi les montagnes furent ébranlées. Jamais on n'a entendu, jamais on n'a ouï et l’œil n'a pas vu qu'un Dieu, hormis toi, ait agi en faveur de celui qui compte sur lui. » (Is. LXIV, 2-3).

L'oracle d'Isaïe se réfère au Deutéronome :

« Garde bien ton âme, pour que tu n'oublies pas les choses que tes yeux ont vues et pour qu'elles ne s'éloignent pas de ton cœur, tous les jours de ta vie. » (Dt. IV, 9) ; « Rassemble-moi le peuple pour que je leur fasse entendre mes paroles, par lesquelles ils apprendront à me craindre, tous les jours qu'ils vivront sur le sol. » (Ibid. 10) ; « Alors Yhwh vous parla du milieu du feu. » (Ibid. 12) ; « Est-ce qu'on a entendu pareille chose ? Un peuple a-t-il entendu la voix de Dieu, parlant du milieu du feu, comme tu l'as entendue. » (Ibid. 32-33) ; « Du haut des cieux il t'a fait entendre sa voix, pour te corriger, et sur la terre il t'a fait voir son grand feu : tu as entendu ses paroles du milieu du feu. » (Ibid. 36).

Dans le Livre d'Isaïe, ne pas avoir vu et ne pas avoir entendu « pareille chose » ailleurs qu'en ce lieu fondateur, constitue une preuve de la puissance unique de Yhwh (Ant. Bib XI, 3-5).

Chez Paul, au contraire, le silence et l'absence de phénomènes témoignent du mystère d'un esprit qui n'est point dans les grondements de Yhwh. Le fondement de la loi perd son objectivité. Notons que les Memoria de Matthieu ne peuvent éviter de reproduire les signes du ciel pour témoigner de la vérité de la parole (Mt. XXVII, 51-54).

Le Livre des Antiquités bibliques nous donne peut-être une clé pour mieux saisir la pensée de l'apôtre. Sous l'autorité de Cénez, qui est considéré dans le Livre comme le premier juge d'Israël, chaque tribu se trouve jugée pour son infidélité au Seigneur. Les nombreux transgresseurs de la loi de Moïse sont condamnés au bûcher. La tribu d'Aser possédait sept statues d'or figurant des nymphes sacrées, surmontées chacune d'une pierre très précieuse. Après que le Seigneur eut ordonné la destruction de ces idoles, et la disparition des pierres au fond de la mer, il envoya un ange apporter en compensation douze pierres qu'il demanda que l'on plaçât sur l'éphod du Grand Prêtre afin de symboliser chacune des tribus d'Israël. L'onyx représentait la tribu de Benjamin. L'histoire se poursuit ainsi :

« Et il arrivera, lorsque les péchés de mon peuple seront à leur comble et que les ennemis commenceront à dominer sur leur maison, que je prendrai ces pierres et aussi les premières, en même temps que les tables, et je les placerai au lieu d'où elles ont été tirées à l'origine. Elles seront là jusqu'à ce que je me souvienne du monde et que je visite les habitants de la terre. Alors je les prendrai, celles-là et d'autres plus nombreuses et bien meilleures, de ce lieu que l’œil n'a pas vu, que l'oreille n'a pas entendu et qui n'est même pas venu au cœur de l'homme, jusqu'à ce qu'une chose semblable arrive dans le monde. Alors les justes n'auront pas besoin de la lumière du soleil ni de la splendeur de la lune, car la lumière des pierres très précieuses sera leur lumière. » (Ant. Bib. XXVI, 13).

L'on peut penser que l'oracle de Cénez a pu être interprété par les Nazaréens. Ils ont dû voir la lumière du monde figurée par les douze disciples siégeant en lieu et place des patriarches au jour du jugement (Mt. XIX, 28). Probablement même les sept hellénistes figuraient-ils les sept premières pierres de l'idolâtrie (Ac. VI, 3). Nous retenons ici la prophétie selon laquelle les tables de la loi retourneront à la montagne dont elles furent tirées. L'on ne voit pas qu'elles soient un jour rendues ; sinon que Paul peut déduire du mythe que, le Jour de la visite, le Seigneur substituera à la loi « écrite sur des tablettes de pierre » (2 Co. III, 3), une loi encore non révélée, infiniment meilleure, qui sera gravée « sur les tablettes de chair [du] cœur [des hommes] » (Ibid.). De même que la loi, les pierres seront transmutées et d'elles une mystérieuse lumière divine éclairera les justes, comme les astres de la création terrestre n'ont jamais pu le faire (Ga. IV, 10).

Les Spirituels sont les amants de Dieu, parce que l'esprit est l'organe de l'amour (Rm. XV, 30). Les Psychiques le haïssent (Rm. VIII, 7), parce qu'ils n'ont pas le moyen de pénétrer dans la relation que donne l'esprit. Ainsi doit-on comprendre que les Hébreux ont accédé à une pseudo connaissance légale, donnée à ceux qui n'aiment pas Dieu. Tandis que ceux qui l'aiment reçoivent la véritable « connaissance » (Php. I, 9) par l'esprit d'amour.
Toute inspiration se réclame de l'authenticité divine, dont témoigne l'effusion de « l'esprit saint » (Ant. Bib XXVIII, 6). « Je sais par l'esprit que tu as mis en moi » (Hy. XIII 18-19), affirme l'auteur des Hymnes. Son « esprit de connaissance » (Ibid. XIV, 25) sourd comme une eau qui donne la vie et la loi. La source du savoir légal, à laquelle le Juste étanche sa soif de justice, dévoile une vérité qui n'est plus celle de l'évangile paulinien. Paul prend conscience que l'esprit éclaire la pensée de l'homme, d'une lumière de vérité qui dénonce la loi positive. Le Juste, au contraire, ne cherche jamais la vérité que dans le droit (Damas VI, 7 ; VII, 18) (Flor. I, 11) :

« Et moi, doué d'intelligence, je t'ai connu, ô mon Dieu, grâce à l'esprit que tu as mis en moi ; et j'ai entendu ce qui est certain d'après ton secret merveilleux, grâce à ton esprit saint. Tu as [ou]vert au milieu de moi la connaissance en ce qui concerne le mystère de ton intelligence ; et la source de [ta] puissan[ce et la fontaine de] tes [bontés], t[u les as révélées] selon l'abondance de la grâce et le zèle exterminateur. » (Hy. XII, 11-14)

Paul revendique la même source d'inspiration pour une toute autre révélation. L'esprit est bien l'organe de la connaissance : « Car l’esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu » (1 Co. II, 10). Mais il n'est plus l'esprit de la loi positive. Il scrute les êtres et le monde. Il déchiffre la création. Entre vérité et mensonge, il ne se méprend pas. Il comprend Dieu et reconnaît Satan. Il est assimilé à l'intelligence (Rm. I, 20). D'ailleurs, il n'est point d'esprit sans elle (1 Co. XIV, 15) et point d'elle sans esprit (Rm. X, 2) (2 Co. III, 14 ; IV, 4). Il donne accès à l'introspection, à l'analyse, à la connaissance de soi-même et des autres (1 Co. II, 11). Il dévoile les hommes. Mieux encore, il dévoile Dieu (Ibid. 10), jusqu'en ses « profondeurs » (Ibid.), parce que l'esprit des hommes est aussi l'esprit de Dieu (Rm. VIII, 16).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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