Le chemin de Damas


L'homme spirituel sanctuaire de Dieu


L'esprit des profondeurs

10 - L'homme spirituel sanctuaire de Dieu

aul n'affirme pas simplement que le converti revêtu de perfection abrite l'esprit de Dieu en son âme-vivante (Rm. VIII, 9, 11). Il dit plus précisément qu'il est devenu « le sanctuaire de Dieu » (1 Co. III, 16) (2 Co. VI, 16). Ce qui signifie que la présence divine n'est point dans le Temple du mont Moriah. Elle demeure en l'homme spirituel, en sa marche hors de la Torah.

Le sanctuaire est, pour les Hébreux, le Temple de Jérusalem. Le Saint des Saints (« Devir ») abritait, dans le premier Temple, l'Arche d'Alliance en laquelle reposaient les deux tables de Moïse. Dans le second Temple, il abrite la Torah qui se révèle pour les Hébreux comme présence de Yhwh lui-même. Les « Actes des apôtres » rapportent dans le « discours d'Etienne » : « Et c'est Salomon qui lui a bâti une maison. Mais le Très-Haut n'habite pas dans ce qui est fait à la main ; comme le dit le prophète (Is. LXVI, 1-2) : Le ciel est mon trône et la terre, le marchepied de mes pieds ; quelle maison me bâtirez-vous ? dit le Seigneur ; ou quel sera mon lieu de repos ? Est-ce que ma main n'a pas tout fait ? » (Ac. VII, 47-50). Enlever Dieu du Temple pour le porter aux cieux, comme l'auteur des Actes le fait dire à Etienne, donne à Dieu une dimension universelle nouvelle qui n'enlève rien à la positivité de la Torah. L'universalité de la conscience humaine affirme au contraire la subjectivité à la loi du Christ paulinien.

Dire que Dieu habite en l'homme (Test. Dan V, 1) (Test. Jos. X, 2-3) (Test. Ben. VI, 4) ne signifie pas que l'homme est « le sanctuaire » de Dieu. Cette dernière affirmation est hautement profanatrice. Proclamer que Dieu est à jamais ailleurs que dans le Temple revient à le dissocier de la Torah déposée dans le Sanctuaire, à reléguer les prêtres et les lévites, à dévaloriser le trésor, à saper l'autorité du tribunal, à dénigrer le caractère expiatoire des sacrifices ! Dans le système théocratique judéen, la vie économique et sociale s'organise autour du Sanctuaire. Elle emprunte chacun des degrés qui montent à « la Maison » de Yhwh. La proclamation de l'apôtre ne peut être comprise que tel un appel à une véritable révolution sociale.

L'idée que le Seigneur n'est plus dans sa Maison de Jérusalem est également présente dans l'enseignement du Maître de justice. L'Ecrit de Damas enseigne que Dieu, « à cause de leur infidélité, à eux (les Judéens) qui l'avaient abandonné, (il) cacha sa face à Israël et à son Sanctuaire et (il) les livra au glaive. » (Damas I, 3-4). Le Sanctuaire est souillé (Ibid. IV, 18). Le Seigneur a déménagé au désert, trouvant refuge auprès du reste des fidèles qu'il s'est conservé. Les sacrifices sur l'autel sont vains s'il n'est de dieu pour les recevoir. La règle est claire, le Temple est frappé d’interdit : « Et tous ceux qui ont été introduits dans l'alliance, ils n'entreront pas dans le Sanctuaire pour allumer (le feu sur) son autel en vain, mais ils fermeront la porte. » (Ibid. VI, 11-13). Cependant, Dieu n'attend que la victoire des Saints pour retourner en sa Maison, laquelle retrouvera la gloire sacrée et la pureté du rituel légal. (voir le Rouleau du Temple ; Guerre II, 1-7 ; 1 Hén. XXV, 6 ; Jub. I, 10, 13).

Une nouvelle fois Paul trouve déjà germée la pensée qu'il cultive. Cependant, l'enseignement des Esséniens veut que Dieu ait déserté le Sanctuaire parce que les souillures du « Prêtre impie », qui ignore la précision des temps et la juste interprétation de la Torah, le lui ont rendu inhabitable. Les usurpateurs (sadducéens) et des flatteurs (pharisiens) se sont rendus maîtres du Temple sans voir qu'ils en avaient chassé le Seigneur. Pour Paul, Dieu n'est plus à Sion parce que le lieu de la loi est ailleurs, dans la conscience éclairée des hommes. Selon l'interprétation paulinienne, le Seigneur ne peut être à la fois dans les hommes et dans le Temple. L'émiettement de Dieu donne autorité à l’esprit en chacun. Les hommes de foi sont libérés de la médiation sacerdotale et du contrôle des juges. En vidant le Sanctuaire de Dieu, Paul détruit l’œuvre de Moïse en son fondement. L'effacement des tables de pierre prend valeur de bénédiction (Ant. Bib. XII, 5). L'on ne peut plus dire : un seul Dieu et un seul peuple (voir Dt. VI, 4), dès lors que Dieu ne fonde plus le peuple mais personnalise l'homme.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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