Le chemin de Damas


La sagesse par l'esprit


L'esprit des profondeurs

9 - La sagesse par l"esprit

a sagesse hébraïque est toujours liée à la pratique de la Torah (Test. Lévi XIII, 7 ; Test. Neph. VIII, 10 : « Devenez donc des sages en Dieu, mes enfants, des hommes prudents, qui connaissent l'ordre de ses commandements et les lois de toutes choses, pour que le Seigneur vous aime » ; 2 Ba. XXXVIII, 4 ; XLVI, 5 : « Préparez donc seulement vos cœurs à obéir à la loi et à vous soumettre à ceux qui dans la crainte sont sages et intelligents » ; XLVIII, 24 ; LI, 3-4, 7 ; LX, 4).
La contestation de la sagesse des sages de Jérusalem et l'attribution de la connaissance de la vérité, selon la juste interprétation du droit par le Maître de justice, sont toujours présentes dans les écrits de la bibliothèque de Qoumrân. Selon l'Ecrit de Damas, les Saints de la Communauté sont indubitablement les seuls sages d'Israël : « Et Dieu s'est souvenu de l'Alliance des patriarches et il a suscité d'Aaron des hommes intelligents et d'Israël des sages, et il leur a fait entendre (sa voix), et ils ont foré le puits : "le puits que forèrent des princes, que creusèrent les nobles du peuple avec un bâton" (voir Nb. XXI, 18). Le puits, c'est la loi. Et ceux qui le forèrent, ce sont les convertis d'Israël, ceux qui sont sortis du pays de Juda et se sont exilés au pays de Damas. » (Damas VI, 2-5). Leur sagesse légale s'oppose à la sagesse égarée de ceux de Jérusalem (Hy. III, 12-15), dont l'interprétation de la Torah est pervertie par la promiscuité avec les Goyim (voir 1 Hén. XCVIII, 9 ; XCIX, 10).

Le même recueil dénonce les Pharisiens, « la congrégation de ceux qui cherchent les choses flatteuses » (Hy. II, 32) (Com. Nahum II, 2 ; III, 4) : « Et eux, [ils ont séduit] ton peuple : [des interprètes de mensonge, par leurs paro]les, les ont flattés, et des interprètes de tromperie les [ont égarés] ; et ils se sont précipités à leur perte faute d'intelligence, car dans la folie sont leurs œuvres (...) Et eux, ce sont les hypocrites ; ce sont des projets de Bélial qu'ils conçoivent, et ils te cherchent d'un cœur double, et ils ne sont pas fermes dans ta vérité. » (Hy. IV, 6-22). Après l'exécution de Jean le Baptiste et de Jésus le Nazaréen, les Memoria de Matthieu accentuent l'ignominie pharisienne (Mt. XXIII).

Paul dénie de même toute sagesse aux Pharisiens. Il jette l'opprobre sur ceux qui se vantent de Dieu et se posent en maîtres (Rm. II, 17-23). Il dénonce leur pratique de la loi comme expression de leurs convoitises (Rm. VII, 7-8) (Test. Lévi XIV, 6). Cependant, l'adhésion de l'apôtre à un même point de vue ne le rapproche pas pour autant des doctrines qui érigent la Torah comme le monument sacré de toutes les références. Lui-même la mine. La proclamation de Paul ne s'insère pas en cette dispute qui vise à désigner le vrai sage, soit comme le Saint qui observe la règle du Maître, soit comme le Pharisien qui s'appuie sur la tradition des anciens en une pratique pointilleuse de la Torah orale, ou encore le Sadducéen qui s'en tient à la seule Torah écrite pour accéder à la sagesse du monde. Selon l'apôtre, la loi extérieure ne crée jamais le sage au regard de Dieu.

« Le langage de la croix » (1 Co. I, 18) donne à entendre une parole soudaine, contradictoire à tout enseignement de sagesse légale. L'apôtre demande aux convertis de ne point entrer dans le jeu des vertus religieuses et sociales des accusateurs du Christ. La loi n'étant point juste, nulle sagesse ne peut s'édifier par elle. L'esprit conteste l'idéal de savoir et de praxis qui se réfère à une science normative et morale, que le monde appelle « sagesse » parce qu'elle est le modèle de la conformité à sa loi. Pour Paul, la « sagesse charnelle » (2 Co. I, 12) s'oppose absolument à la connaissance intérieure de « la loi du Christ » (1 Co. IX, 21). L'homme spirituel comprend sa vie comme celle d'un crucifié (Ga. VI, 14). Il se dresse avec sa foi (1 Co. XVI, 13) contre la mystification satanique que représente une loi donnée comme principe divin, alors qu'elle se dévoile comme « puissance du péché » (Ibid. XV, 56). Paul rompt avec les modèles sociaux. Il résiste à l'asservissement des pensées (2 Co. X, 4). Seul, l'esprit de Dieu peut vaincre « l'esprit du monde » (1 Co. II, 12), que les anges de la Torah ont imposé aux hommes (Ga. III, 19) (Jub.) et qu'une pseudo-sagesse éclaire d'une « lumière » satanique (2 Co. XI, 14).

Nul échange édifiant, nulle maïeutique ne sont possibles avec les hommes qui n'ont guère l'esprit d'intelligence (au sens paulinien). L'esprit n'a de relation de savoir qu'avec l'esprit. Les deux mondes sont clos (1 Co. II, 14). Point de dispute. L'incompréhension est totale entre Spirituels et Psychiques. L'esprit éclaire les ténèbres de la pensée (2 Co. IV, 6). Il donne l'intelligence qui révèle les profondeurs (1 Co. II, 10). L'on ne peut même pas dire que l'homme psychique soit un esprit borné. Il est un homme vide (Ibid., 14). Le champ de la connaissance se heurte pour lui au mur du mystère (Rm. XVI, 25). Il ne sait rien de l'homme (1 Co. II, 11). Il ne sait rien du Christ (Ibid. 16). Il ne sait rien de Dieu (Ibid. 11) (Mt. XI, 27).
L'esprit comme organon de la connaissance donne au Spirituel le moyen de sa quête : « Et ce n’est pas en un langage appris de la sagesse humaine que nous en parlons, mais appris de l’esprit pour exprimer le spirituel par le spirituel. » (Ibid. 13). L’homme spirituel est autorisé dans ses recherches, assuré dans son discernement, fondé dans ses jugements. A l'inverse, nul autre qu'un pair ne saurait rien connaître de lui (Ibid. 15). Le Spirituel est hors de jugement parce qu'il est hors norme, loin de la jurisprudence et des articles de loi.

Une fois encore, Paul doit soumettre sa proclamation à la validité prophétique (Ibid. 16). Il veut prouver que la parole de l’esprit est incontestable. Il s'appuie sur le Livre d'Isaïe : « Qui a pris la dimension de l'esprit de Yhwh et l'a instruit en qualité de conseiller ? Avec qui a-t-il délibéré pour que l'autre l'amène à comprendre, lui apprenne la voie du jugement, lui apprenne la science et lui fasse connaître le chemin de l'intelligence ? » (Is. XL, 13-14). Nous sommes ramenés aux premiers versets du « Second Isaïe ». Le poème évoque la restauration d'Israël après l'exil de Babylone. Le prophète y voit la démonstration de la vanité des dieux chaldéens face à la toute puissance de Yhwh, le créateur du monde et le régisseur de l'histoire.
Pourtant, l'esprit de Dieu n'est assurément plus pour Paul l'esprit de Yhwh. Son dieu n'est pas le créateur du monde destructible. Il ne s'engage point dans l'histoire autrement que pour y mettre un terme. Il donne aux hommes l'esprit qui les libère de la condition terrestre (Rm. VII, 24) (1 Co. VII, 31) (Php. I, 21). L'une des grandes ruptures de Paul réside dans cette recherche d'un au-delà du monde qui s'oppose à l'idéalisation hébraïque de la fin des temps et de la victoire messianique (voir Is. XXIV, 23 ; XXVII, 12-13 ; XXV, 6-8 ; XXXV, 5-10 ; Guerre XIX, 3-7). La référence de l'apôtre au Livre d'Isaïe vaut au mieux comme une analogie.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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