Le chemin de Damas


L'organon de vie éternelle


L'esprit des profondeurs

2 - L'organon de vie éternelle

a loi extérieure entretient une dialectique du jugement dans la relation entre les hommes. Elle enferme les vies incarnées dans la gestion contractuelle de leurs passions. Elle insinue irrémédiablement le droit pour séparer les hommes (1 Co. IV, 21 ; VI, 6). Au contraire, l'existence spirituelle déploie la relation humaine (comme la relation à Dieu) dans un souffle d'amour intérieur (2 Co. XIII, 11) (Ga. V, 22). Le passage du mode d'être psychique au mode spirituel modifie la nature de l'essence vitale. L' « âme vivante » (1 Co. XV, 45) « meurt » (Rm. VIII, 10) de la rupture du mouvement relationnel au monde qui l'animait. Tandis que l'esprit « vit » (Ibid.) par la vérité du rapport aux autres qu'il établit. La vie du converti n'est plus un état organique animé d'une volonté d'être encore et toujours là. Elle s'affirme comme un état d'esprit qui cherche à transcender les lois de l'incarnation (Rm. XIII, 14).

Le Spirituel refuse la violence des hommes. Il fuit la colère de Dieu (Rm. V, 9). Il connaît la paix et accède déjà aux premiers degrés (2 Co. I, 25 ; V, 5) de la vie qui ne meurt point (Ibid. V, 2). L'esprit donne accès à la vie après la mort. Il possède la qualité d'éternité, dans le sens où il est « l'esprit de Dieu » (Rm. VIII, 9). Jésus fut relevé d'entre les morts, parce qu'il personnalisait l’esprit. Il ne pouvant s’incarner à la façon d’Adam (sauf à ruiner la théorie paulinienne de la chute). Il apparut alors en « une sorte de chair de péché » (Ibid. 3), pour figurer un corps d'homme (1 Co. XV, 46). L’on peut avancer qu’il ne pouvait mourir vraiment, puisqu’il n'était qu'en apparence « une âme vivante » (Ibid. 45).

Si l'on se rapporte, une fois encore, à la doctrine essénienne des deux esprits, le Christ n'eut d'autre part que celle de l'esprit de lumière, contrairement à tous les hommes, en lesquels Dieu dispose le partage des deux esprits (Règle III, 18). Pour ne point connaître l'esprit de ténèbres, il ne pouvait être revêtu d'un vrai corps (Rm. VIII, 3). « Ils croiront qu'il est chair et homme. » (Asc. Is. IX, 13). En effet, selon le dualisme propre à l'apôtre, c'est bien au corps qu'appartient « la loi du péché » (Rm. VII, 23). Or, le Christ « ne connaît pas le péché » (2 Co. V, 21). Avoir « l'esprit du Christ » (Rm. VIII, 9) revient à n'avoir plus le mélange des deux esprits, mais la seule part de « l'esprit de vérité » (Règle IV, 2). Sans oublier que la vérité de l’esprit ne se trouve jamais, pour Paul, dans la loi extérieure.
Chez l’apôtre, l'esprit illumine le cœur de l'homme, par ses conseils (Ibid.), l’écarte des « voies de la véritable justice » (Ibid.), du « zèle pour les justes ordonnances » (Ibid. 4), c'est-à-dire, de l'obéissance à la Règle et à la Torah. Il le rapproche des vertus qui guident la conduite humaine, selon « l'esprit d'humilité et de longanimité, et l'abondante miséricorde et l'éternelle bonté, et l'entendement et l'intelligence, et la toute-puissante sagesse qui a foi dans toutes les œuvres de Dieu et se confie dans son abondante grâce » (Ibid. 3-4).

Tel est le mélange des mots, l'enchevêtrement des pensées que l'on perçoit clairement, les contours de la matrice évangélique dans la foi des esséniens qu’elle vient défaire. L'esprit de vérité (concept essénien), que chaque homme édifie en lui-même, participe de la même lumière que « l'esprit du Christ » (Rm. VIII, 9). Avoir le Christ en soi est une façon de se retrouver dans l'unité de l'esprit saint (1 Co. XII, 4), c'est-à-dire, de n'avoir plus part au mélange. L'esprit du Christ se personnalise et se reconnaît, comme le schème de la liberté et de l'amour. Cette connaissance n'est pas une forme du souvenir, mais un état de conscience.

Paul introduit une précision en désignant Dieu, comme « celui » (Rm. VIII, 11) qui a relevé Jésus. La distinction évoque la présence d'un autre dieu, celui des morts. Le concept du dieu paulinien contredit indubitablement le concept du dieu hébreu. Le dieu qui relève Jésus contrarie « celui » dont la loi appelle le jugement, la proclamation de la sentence et la mort sur la croix. Il est déraisonnable d'imaginer que le même principe peut donner la mort et relever ensuite de cette même mort. Le Christ a été exécuté au nom d'un autre dieu que le sien ! Tout comme le Maître de Justice, que Dieu « a réveillé p[ar l'esprit] » (Com. Ps. XXXVII, IV, 8), afin de ne point l'abandonner au jugement du « [Prêt]re impie » (Ibid.). En le ressuscitant, Dieu infirme la sentence. Le Grand Prêtre prétendait, aussi, qu'il jugeait selon la loi de Dieu. Dans l'assemblée du Sanhédrin, le dieu du monde se confond avec le dieu de la Torah.

L'Hébreu qui croit courir tout droit à sa perdition par l'abandon de la Torah, doit comprendre que « la loi de l'esprit de vie » (Rm. VIII, 2), mieux que toute autre loi, garantit sa vie éternelle. Dans le Livre d'Hénoch, celle-ci est liée au don divin de la sagesse (1 Hén. XXXVII, 4). Elle constitue « le lot » des justes et des élus : « Les justes seront dans la lumière du soleil, les élus dans la lumière de la vie éternelle. Les jours de leur vie n'auront point de fin, les saints auront des jours innombrables. » (Ibid. LVIII, 3). Alors, Paul interroge : « Où est le sage ? » (1 Co. I, 20).

La chair ne participant point à l'éternité de l'esprit (Ibid. XV, 50), il serait erroné de voir, chez Paul, un seul argument en faveur du retour, post mortem, au mode d'être issu de la chute (1 Co. XV, 35-44). Pour les Pharisiens qui professent la résurrection de la chair, le monde à venir est l’image idéalisée du monde présent : « R. Siméon b. Yehoudah, au nom de R. Siméon b. Yohaï, disait : beauté, force, richesse, honneur, ancienneté, vieillesse et enfants font la beauté du juste et celle du monde suivant. » (Pirqé Avot VI, 8). « ″Comme les jours du ciel…″ : afin qu’ils vivent et subsistent au siècle et aux siècles des siècles (Is. LVI, 22). Si les cieux et la terre qui n’ont été créés que pour la gloire d’Israël vivent et subsistent pour le siècle et pour les siècles, à combien plus forte raison les justes à cause de qui le siècle a été créé. » (Sifré Dt. XI, 21). Enseignement « mis aux détritus » (Php. III, 8).

La Tradition enseigne que la Torah assure la vie dans le monde présent autant qu’elle la donne pour le monde à venir (Pirqé Avot VI, 7). L'apôtre doit rassurer ses convertis ! Selon l'amour et non selon la loi, l'esprit de Dieu en l'homme donne aussi la vie, pour le présent, aux hommes de foi : « Celui qui a relevé le christ Jésus d’entre les morts fera vivre aussi vos corps mortels par son esprit logé en vous. » (Rm. VIII, 11).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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