Le chemin de Damas


Le doute est la part du péché


La foi en la parole de rupture

16 - Le doute est la part du péché

a foi offre au converti l'accès en un lieu que la loi ne connaît point. Celui-ci ne peut se donner à lui-même une règle sans aussitôt le quitter. Etablir un précepte ou une sentence recrée un espace clos pour une juridiction, rompt la satisfaction intérieure que donne à chaque instant l'art du discernement (Rm. XIV, 22). La loi de l'esprit enseigne le converti. Elle le guide en des situations toujours particulières, en des moments qui n'appartiennent qu'à lui seul (et à Dieu). Il garde, en conscience, la liberté que lui donne la grâce. Sans autre conviction, sauf celle de son indépendance, il sait se plier un moment à la norme des autres. Parce que la liberté est amour, elle n'est point sans égard (Ibid.).

Certes, l'homme psychique peut juger comme une contrainte l'obéissance à « la loi de l'esprit » (Rm. VIII, 2). Mais l'impératif intérieur ne répond plus à la crainte d’une loi extérieure. Il découle du discernement et, par conséquent, de la liberté que donne la foi. Le choix véritable de l’homme tient à l'esprit, puisque le corps est lié (Ibid. 20). Hors le lieu de la foi, où le péché s'efface, s'étend la juridiction où le péché compte : «S'ils transgressent [l'Alliance] et agissent selon toutes les méthodes de l'impureté, ils seront inscrits sur les tables célestes en qualité d'ennemis. Ils seront effacés du livre de vie et inscrits dans le livre de ceux qui périront et avec ceux qui seront extirpés de la terre. » (Jub. XXX, 22). La tradition prophétique enseigne en effet que la désobéissance à la Torah s’écrit sur un livre gardé auprès d’Adonaï-Yhwh : « Le tribunal s’assit et les livres furent ouverts. » (Dn. VII, 10).

Suivant l'intensité de sa foi, le converti est totalement ou partiellement libéré de la loi. S'il garde un commandement de la Torah ou s'il se donne à lui-même une règle, il se rend coupable de la transgression de ce commandement ou de cette norme. Cette idée se retrouve dans la transgression d'un vœu (« néder »). L’Hébreu peut se créer une obligation qui prend de ce fait valeur légale. Il peut en effet prendre un engagement solennel d'accomplir un acte donné ou de s'abstenir d'une action légalement autorisée (« chevouah »), ou encore, il peut promettre une offrande volontaire à Dieu (« nedavah ») : « Quand un homme voue un vœu à Yhwh ou s'engage par serment, en se liant par une obligation, il ne profanera pas sa parole, il agira selon tout ce qui est sorti de sa bouche. » (Nb. XXX, 3). Le droit des vœux prévoit cependant la légalité des annulations (M. Qodachim, Nedarim, Nazir).

L'adhérent qui doute de la valeur de son acte libre perd, du fait de l'hésitation de sa conscience, à cause de l'empreinte tenace de la loi, l'avantage de la grâce qui s'attache à la foi (Ga. V, 4). Il doute de la (nouvelle) parole de Dieu. Il chute dans le code des lois où cet acte-là se juge toujours comme un « péché » (Rm. XIV 23). Ainsi, le basculement dans la faute ne consiste pas dans le choix de consommer ceci ou de s'abstenir de cela, mais dans le sentiment intérieur que l'acte détermine. Le péché n'existe que parce qu'il y a la loi pour le dire. L'hésitation qui trahit le doute en la parole du Christ, trouve son origine dans l'ambiguïté de la conscience qui ne sait plus s'arracher à la loi. La mauvaise conscience peut s'interpréter comme le signe subjectif du péché (Ibid. VII, 19), et donc, comme la marque de l'attachement à la loi objective. Heureux, dit Paul, celui qui ne se juge pas coupable lorsqu'il décide (Ibid. XIV, 22).

Selon la doctrine des Esséniens, l'homme se trouve aux prises avec des esprits opposés qui se combattent en ses pensées (Règle IV, 17-18) (Rm. VII, 19). Il atteint la perfection par la victoire qu'il donne à l'esprit de lumière, après qu'il aura su discerner les esprits. Magnifique, pourrait dire l'apôtre, il ne connaît plus « le chagrin de la faute » (Hy. XI, 20-21) (Ibid. VI, 14). Mais Paul inverse le sens hébraïque du mauvais penchant et la dualité essénienne de l'esprit de perversion. Le mal pousse les hommes vers l'obéissance à une loi extérieure qui aménage les convoitises de son être incarné.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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