Le chemin de Damas


Le déplacement de la foi


La foi en la parole de rupture

15 - Le déplacement de la foi

aul affirme rapidement que la foi n'est pas requise pour pratiquer la Torah (Ga. III, 12). Il argumente en citant l'oracle d'Habacuc (Ibid. 12) : « Le juste vit par sa foi. » (Ha. II, 4) (Rm. I, 17). La vision intervient alors que le prophète attend une réponse de Yhwh, quant à l'injustice et au mépris de la Torah qu'il constate autour de lui : « La loi est paralysée et le droit n'apparaît plus jamais. Comme le méchant circonvient le juste, c'est pour cela que le droit apparaît tortueux. » (Ibid. I, 4). La foi d’Habacuc ne contredit pas la loi. Elle lui sauve la vie, parce qu'il croit malgré tout à la justification par la loi, à la bénédiction des fidèles et à la malédiction des impies. De même, le Livre d'Isaïe rapporte l'oracle suivant : « Celui qui croit ne témoignera pas d'impatience. Je ferai du jugement un cordeau, de la justice un niveau, mais la grêle emportera l'abri du mensonge et les eaux inonderont la cache. » (Is. XXVIII, 16-17). La foi en la justice finale de Yhwh permet aux siens de résister aux afflictions qui les attendent, et de vivre dans l'espérance que le Seigneur bâtisse, le jour venu, le sanctuaire du règne (Ibid. 16) (Mt. XXIV, 47-51). Le Juste d'Israël tire sa qualité de sa fidélité à la Torah. Il vit par la foi en la justice du Seigneur et celle-ci l'assure que sa piété ne sera jamais vaine. La foi l'attache à la loi ; en aucun cas elle ne l'en éloigne.

Le pourfendeur de la Torah peut penser que l'observance des préceptes par les zélateurs ne relève que d'une stricte connaissance de la lettre et d'une pratique pointilleuse des commandements. La casuistique des Pharisiens, les prérogatives des Sadducéens et la superstition des Esséniens, ne peuvent qu'assurer Paul en sa conviction : la loi n'est qu'un complexe social fermé qui happe les êtres et les choses.
Il faut cependant comprendre que le crédit accordé par les fils d’Israël aux promesses de Yhwh représente un vrai acte de foi. La pratique de la Torah suppose la confiance en sa finalité autant qu'en son principe : « Vous observerez mes préceptes et mes sentences : l'homme qui les exécute vit par eux. » (Lv. XVIII, 5). Tout a commencé par l'acte de foi d'Abraham, authentifié par l'observance de la loi avant qu'elle ne soit proclamée. Tout a recommencé par un acte de foi en Yhwh et en Moïse son serviteur (Ex. XIV, 30-31). La foi d'Israël porte à croire que la loi donne l'existence : « Je leur ai donné ma loi et je les ai éclairés pour qu'en accomplissant cela, ils vivent, deviennent vieux et ne meurent pas. » (Ant. Bib XXIII, 10). La foi paulinienne laisse penser tout au contraire que la loi ne donne que la mort (2 Co. III, 7), parce que la vraie vie n'est guère plus dans l'existence d'un peuple qu'elle ne se trouve dans l'incarnation de l'homme.

La foi en la législation mosaïque et la foi en la liberté paulinienne procèdent indubitablement d'une semblable confiance en la parole et en la puissance de Dieu. Sans doute, l'interprétation de la parole du Seigneur n'a jamais véritablement fait l'unanimité dans l'histoire d'Israël. L'on sait qu'elle constitue un formidable enjeu de pouvoir, pour les Sadducéens et les Pharisiens qui se disputent l'autorité. Elle est source de chamailleries, depuis les disputes de Chammaï et de Hillel, scrupuleusement pérennisées par leurs disciples. Elle justifie encore les persécutions, pour le malheur de la Communauté des Saints, bientôt pour celle des Nazaréens (Mt. X, 17-18). Voici que la bonne parole paulinienne propose une nouvelle dialectique. A nulle autorité, elle ne dispute la loi.

Le peuple d'Israël a cru en Yhwh, parce qu'il avait compris que son destin serait assuré par « la grande puissance » du Seigneur (Ex. XIV, 31). Paul proclame que la vraie puissance de Dieu, celle qui sauve l'homme pour l'éternité, s'est déclarée en la résurrection du Christ. Le vrai Dieu n'intervient dans les affaires du monde, que pour informer l'homme de sa qualité d'étranger au monde, jusque dans son corps de chair qui n'est que le mauvais fruit de la faute d'Adam. Il lui révèle qu'ailleurs, dans l'éon du troisième ciel, il peut retrouver à jamais sa véritable demeure (2 Co. XII, 2).

A l’inverse, Yhwh construit l'histoire pour son peuple. Par elle, il cherche à le constituer et à le sauvegarder, depuis les promesses qu'il fit aux patriarches et la reprise en main lors au retour d'Egypte : « Appliquez votre cœur à toutes les paroles que j'atteste aujourd'hui contre vous, celle que vous commanderez à vos fils de veiller à les pratiquer, toutes les paroles de cette Loi ! Car ce n'est pas pour vous une vaine parole, c'est votre vie et c'est par cette parole que vous prolongerez vos jours sur le sol pour la possession duquel vous allez passer le Jourdain. » (Dt. XXXII, 46-47). Parce que la Torah préserve le groupe, elle lui sacrifie les individus. Elle garde la vie sauve à celui qui est intégré au peuple et, par conséquent, qui pratique la loi.
Le Dieu paulinien n'a point de peuple (séparé). Il sauve l'homme en son individualité. Il l'extrait du monde destructible, le coupe de la génération d'Adam (Rm. V, 12), le guérit de l'incarnation mortelle (1 Co. XV, 53). Il le recrée en sa nature céleste.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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