Le chemin de Damas


La foi invalide la loi naturelle


La foi en la parole de rupture

14 - La foi invalide la loi naturelle

a sagesse des Hébreux est liée à la Torah : « Vois ! je vous ai enseigné préceptes et sentences, selon ce que m'a ordonné Yhwh, mon Dieu, pour y conformer votre pratique au sein du pays où vous entrerez, pour le posséder. Vous les observerez et les pratiquerez, car c'est votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples qui entendront tous ces préceptes et diront : Ce ne peut être qu'un peuple sage et intelligent, cette grande nation ! » (Dt. IV, 5-6) (Test. Lévi XIII). Le « talmid hakham » (le sage) est devenu un aristocrate du savoir qui s'est élevé dans la sagesse et dans le monde par son érudition et sa connaissance de la Torah. Le savoir du sage doit s'accompagner d'une attitude pieuse, d'une conduite et d'une apparence irréprochable. Ce savoir-vivre, sinon ce savoir-être, lui donne l'assurance et l'avantage dans la dispute.

La tradition enseigne : « Voici la voie pour arriver à la Torah : mange du pain avec du sel, bois de l’eau mesurée, dors sur la terre, mène une vie dure et peine pour la Torah ; si tu agis ainsi, heureux es-tu et plein de bien ; heureux en ce monde et plein de bien pour le siècle qui vient. Ne recherche pas les grandeurs et ne convoite pas les honneurs. Que tes actes surpassent ton savoir ; ne désire pas la table des rois, car ta table est au-dessus de la leur et ta couronne au-dessus de leur couronne. Fidèle est celui qui t’a confié ta besogne, car il récompense ton travail. La Torah est au-dessus du sacerdoce et de la royauté ; car on acquiert la royauté par vingt degrés, le sacerdoce par vingt-quatre et la Torah par quarante-huit choses, à savoir : l’étude, l’audition de l’oreille, la préparation des lèvres, l’intelligence du cœur, la pénétration du cœur, effroi et crainte, modestie, joie, servir les sages, interrogation des collègues, discussion avec les disciples à l’école, étude de l’Ecriture et de la Michnah ; diminuer les affaires, le sommeil, les plaisirs, les amusements, les préoccupations terrestres ; patience, cœur bon, foi dans les sages, support des corrections. » (Pirqé Avot VI, 4).

Néanmoins, l'indignité des Pharisiens et des Sadducéens, liés au Temple en des moments d'occupation romaine, est affirmée dans le recueil des Hymnes : « Et celle (Jérusalem) qui est enceinte de l'Aspic (Bélial) est en proie à des douleurs atroces ; et les flots de la Fosse (se déchaînent) pour toutes les œuvres d'épouvante. Et ils secouent la fondation du rempart comme un bateau sur la face des eaux ; et les nuages grondent dans un bruit de grondement. Et ceux qui habitent la poussière sont comme ceux qui parcourent les mers, terrifiés à cause du grondement des eaux. Et leurs sages sont pour eux comme des marins dans les profondeurs ; car toute leur sagesse est anéantie à cause du grondement des eaux, à cause du bouillonnement des abîmes sur les sources des eaux. » (Hy. III, 12-15). La promiscuité avec les Goyim cause la perte de la sagesse d'Israël.

Paul ne tire pas le même enseignement que le Juste (l'auteur des Hymnes) de la situation perverse que connaît la Judée. Celui-ci pleure la perte de la mesure et du droit ; il maudit les maîtres d'une religion insouciante de « la teneur exacte de la loi » (Damas VI, 14). Le Testament de Nephtali enseigne : « Car les commandements de la Loi ont un double aspect, et ils doivent être accomplis avec un certain savoir-faire (...) Devenez donc des sages en Dieu, mes enfants, des hommes prudents, qui connaissent l'ordre de ses commandements et les lois de toutes choses, pour que le Seigneur vous aime. » (Test. Neph. VIII, 7, 10). Pour le Juste, la sagesse réside dans une Torah accomplie, selon la véritable interprétation dont témoigne la Communauté des Saints.
Pour Paul, le constat est différent. Les Judéens observent la Torah de la seule manière possible à la nature humaine. La loi positive, en son principe même, contribue à la perversion du monde et au péché des hommes (1 Co. XV, 56).

La foi paulinienne, qui annule la loi, ne peut reposer sur les canons de la sagesse hébraïque, laquelle ne relève jamais que de la conformité à la Torah (1 Co. I, 26). La foi contredit le service de la loi et les valeurs attachées au droit. La sagesse, selon l'apôtre, ne conduit point l'homme de foi au-delà de la loi, comme peut le faire l'homme pieux (« Hassid ») en l'expression de sa piété (M. Berakhot V, 1), elle le guide « en dehors de la loi » (Rm. III, 21). Comme le Hassid, le Nazaréen a le devoir de dépasser la loi, par un accomplissement qui veille à la légalité (Mt. V, 17-48). Il corrige les acerbités du légalisme. Paul cherche une perfection qui n'est ni celle des Pharisiens (Sifré Dt. XVIII, 12), ni celle des Saints exilés de Damas (Règle ann. I, 28) (Hy. I, 36) ni celle des Nazaréens intransigeants sur la fidélité à la Torah (Mt. V, 18, 48). Les pauliniens sont en quête d'une perfection qui s'édifie selon les voies de la conscience libre éclairée par l’esprit (I Co. II, 6).

La tradition hébraïque enseigne que Dieu a créé le monde par la Sagesse. La source scripturaire de cette notion se retrouve en Proverbes où la Sagesse s'identifie à la Torah : « Yhwh m'a créée, principe de sa voie, antérieurement à ses œuvres, dès lors ; dès l'éternité j'ai été formée, dès le début, antérieurement à la terre. Quand il n'y avait pas d'abîmes, j'ai été enfantée, quand il n'y avait point de sources chargées d'eaux. Avant que les montagnes ne fussent immergées, avant les collines, j'ai été enfantée. » (Pr. VIII, 22-31). Le Livre des secrets d'Hénoch ajoute l'enseignement suivant : « Maintenant, Hénoch, tout ce que je t'ai expliqué, et tout ce que tu as vu dans les cieux, et tout ce que tu as vu sur la terre, et tout ce que tu as écrit dans tes livres, c'est par ma sagesse que j'ai combiné de faire tout cela. Je l'ai fait depuis le fondement du bas jusqu'à celui du haut et jusqu'à leurs extrémités, il n'y a pas de conseiller ni de continuateur, c'est moi seul éternel, sans œuvre des mains ; ma pensée immuable est mon conseiller et ma parole est acte, et mes yeux contemplent tout : tout tient si j'y porte mon regard, mais si je détourne ma face, alors tout se détruit. » (2 Hé. XXXIII, 1-3). La Tradition ajoute : « Bien aimés sont les fils d’Israël puisque leur a été donné l’instrument (la Torah) par lequel a été créé le monde. » (Pirqé Avot III, 14). Ainsi, la sagesse de l'homme consiste-t-elle à l'inscrire lui-même dans l'ensemble créé, selon la juste nature des choses et des êtres (Règle III, 15-17) (Jub. V, 13).

En abrogeant la Torah, Paul transmute le monde terrestre en un monde céleste (1 Co. XV, 47-48). La nouvelle création n'est pas le point de perfection de la création ancienne. L'apôtre ne garde pas la loi par laquelle la création terrestre est (ou redevient) elle-même. Il faut dès lors que la création céleste se retrouve et s'édifie par une nouvelle loi : la loi de l'esprit. Chaque création a sa propre loi, qui porte en elle-même la valeur du règne qu'elle crée. La puissance du dieu paulinien se dévoile dans sa capacité à renverser le monde autant qu'à le créer. Il dévoile le principe antinomique : la foi peut prétendre à une force créatrice tout aussi grande que la Torah. Si par celle-ci les montagnes ont été créées, par la foi, elles peuvent être déplacées (1 Co. XIII, 2) (Is. XL, 12). Si la loi vient du Seigneur, alors, le Seigneur peut annuler la loi. L'évangile constitue la rupture avec les valeurs temporelles et terrestres de l'idéalisme hébraïque. Telle est la volonté de Dieu !


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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