Le chemin de Damas


La Torah bafouée


La foi en la parole de rupture

13 - La Torah bafouée

ravée de la main de Dieu sur les tables de pierre, la Torah est transmise à Moïse afin qu'il impose le droit au peuple hébreu : « Puis il donna à Moïse, quand il eut fini de parler avec lui, au mont Sinaï, les deux tables du Témoignage, tables de pierre écrites du doigt de Dieu. » (Ex. XXXI, 18) ; « Il vous révéla son alliance qu'il vous ordonna de mettre en pratique, les dix paroles, et il les écrivit sur deux tables de pierre. » (Dt. IV, 13). Les paroles furent placées dans l'arche d'Alliance, déposée en un premier temps dans le Sanctuaire et plus tard dans le Temple de Salomon. L'on note que le Décalogue était récité matins et soirs, selon l'injonction de Moïse (Dt. VI, 7). Il semble cependant qu'après que les Nazaréens aient enseigné que les Dix Commandements portaient en eux la totalité de la Torah (Mt. XIX, 18-19), les sages d'Israël modifièrent la tradition et remplacèrent la récitation des Commandements par celle du « Chema » (T.J. Berakhot 3c). La formulation des Dix Commandements se trouve en deux versions dans la Torah (Ex. XX, 2-14 ; Dt. V, 6-18). Ils constituent les termes premiers du contrat de l'Alliance entre Yhwh et le peuple d'Israël : « Ecris pour toi ces paroles, car c'est selon la teneur de ces paroles que j'ai conclu une alliance avec toi et avec Israël. » (Ex. XXXIV, 27).

Jérémie entend des paroles à transcrire : « Procure-toi un rouleau de livre et tu écriras dessus toutes les paroles que je t'ai dites. » (Jr. XXXVI, 2). Ezéchiel reçoit un écrit céleste : « Voici qu'une main était étendue vers moi et voici qu'il y avait dedans le rouleau d'un livre. Il le déroula devant moi. » (Ez. II, 9). La parole de Dieu est au mode impératif. Les tables de pierre en marquent la référence éternelle. L'apôtre trouve chez le prophète Jérémie l'idée de la loi écrite dans le cœur (lieu de la pensée intelligente) : « Car voici l'alliance que je conclurai avec la maison d'Israël, après ces jours-là -oracle de Yhwh- je mettrai ma loi dans leur sein et je l'écrirai sur leur cœur, je deviendrai leur Dieu et, eux, deviendront mon peuple. » (Jr. XXXI, 33). (Le prophète appelle alors à la restauration d’Israël et de Juda après l’exil de Babylone. La nouvelle alliance confirme l’éternité de la Torah qui constitue le peuple devant son dieu). En Ezéchiel, l’apôtre perçoit l'idée de l'esprit agissant sur le cœur : « Je leur donnerai un seul cœur ; je mettrai au milieu de vous un esprit nouveau ; j'ôterai de leur chair le cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu'ils marchent suivant mes ordonnances, qu'ils observent mes règles, qu'ils les appliquent. » (Ez. XI, 19-20). Il va sans dire qu'il n'y a chez Ezéchiel aucun jeu de mot entre les tables de pierre qui donnent la loi et les cœurs qui la reçoivent (2 Co. III, 3)

Paul profane la part du sacré, il dévalorise absolument la Torah, jusque dans son interprétation prophétique. Il s'inscrit en faux devant l'acte de foi des Saints. Ils recherchent Dieu de tout leur cœur et s'attachent à faire « ce qui est bon et droit devant lui selon ce qu'il a prescrit par l'intermédiaire de Moïse et par l'intermédiaire de tous ses serviteurs les prophètes. » (Règle I, 2-3). Paul cherche Dieu ailleurs que dans les articles de lois, les normes et les règlements. Il n'est de loi divine qu'en la conscience libre de chaque homme. Les convertis de la communauté paulinienne deviennent chacun les mots d'une loi qui se pense et s'efface, mais jamais ne s'écrit, ni ne se parle. Objectiver la loi revient à consacrer le juge à ériger le tribunal et à parfaire le système de coercition, en lequel chacun cherchera à satisfaire au mieux les convoitises de son incarnation (Rm. VII, 8) (Test. Lévi XIV, 6). Proclamer la loi subjective, appelle l'homme à la liberté des « enfants de Dieu » (Rm. VIII, 16). Chaque homme revêt l'insigne du sacré (1 Co. III, 16). Il n'a plus peur. L'atteinte à sa liberté touche le divin, elle profane la conscience où repose désormais « la loi de Dieu » (Ibid.17).

Les Esséniens considèrent que le péché contre l'esprit naît du rejet de l'interprétation véritable de la loi, telle que l'esprit saint l'a accordée à la Communauté de la Nouvelle Alliance : « Leur esprit saint, ils l'ont souillé, et, avec une langue blasphématoire, ils ont ouvert la bouche contre les préceptes de l'Alliance de Dieu, disant : "Ils ne sont pas vrais !" » (Damas V, 11-13). Les Nazaréens affirment que ne pas reconnaître Jésus comme le Messie de Dieu constitue le péché contre l'esprit : « Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui ne rassemble pas avec moi disperse. C'est pourquoi je vous dis que tout péché ou blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'esprit ne sera pas remis. » (Mt. XII, 30-31). Pour l'apôtre, manquer de respect à l'homme qui s'est édifié comme sanctuaire de l'esprit, en recevant la loi (intérieure) de Dieu, doit être déjà considéré comme péché contre l'esprit.

La révolution paulinienne consacre la valeur de la subversion contre le dieu extérieur de la Torah, dans le but de découvrir l'amitié de ce dieu intérieur que l'on écoute comme l'on s'écoute soi-même. L'opposition entre la loi de Moïse et la loi de Dieu est irréductible. La foi en la parole nouvelle du Seigneur (sinon en la parole d'un nouveau dieu) révolutionne les pensées (2 Co. X, 4). La plénitude de la foi réside dans la capacité du converti à faire tomber la loi extérieure en ce qu'elle a de plus sacré : son principe divin.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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