Le chemin de Damas


Héritiers par la foi


La foi en la parole de rupture

12 - Héritiers par la foi

a « loi de la foi » (Rm. III, 27) peut seule réaliser « la promesse » (Ibid. IV, 14), c'est-à-dire l'unité (du reste) des hommes au lendemain du « Jour de la colère » (Ibid. II, 5). La justice de la Torah n'a pas la puissance requise. Elle ne peut prétendre imposer son joug que par une guerre vaine (Guerre I, 9-14 ; XIII, 13-16). Ainsi en est-il de toute justice qui cherche à étendre au monde son domaine du droit. En termes prophétiques, « puisque la loi produit la colère » (Rm. IV, 15), c'est-à-dire, « la colère en vue du Jugement » (Règle V, 12), Dieu devrait exterminer tous les hommes sans laisser de reste (Ibid. V, 11-13), car l'on n'en trouvera jamais un seul pour pratiquer parfaitement la Torah (Ga. III, 10) (Ant. Bib XIX, 9). Per absurdum, la promesse ne pouvant jamais s'accomplir par la loi, elle ne le peut que par la foi. Or, si la confiance en l'engagement divin ne donne point l'héritage attendu, Dieu n'a pas été vrai et la foi en sa parole est vaine (Rm. IV, 14). Ce qui ne se peut puisque chacun reconnaît la valeur de la parole divine.

Les Hymnes proclament ainsi la volonté de Dieu :

« C'est seulement par ta bonté que l'homme est justifié, et par l'immensité de ta misé[ricorde] (...) Car [toi, tu l'as juré], [et] ta parole ne reviendra pas en arrière ! Et moi, ton serviteur, je sais, par l'esprit que tu as mis en moi, [que tu es vérité] et que toutes tes œuvres sont justice. » (Hy. XIII, 16-19)

Comme chez Paul, la foi est un don de l'esprit que Dieu met en l'homme afin qu'il parvienne à la connaissance de la vérité (Guerre XIII, 3). Néanmoins, contrairement aux Esséniens, l'apôtre ne voit aucune vérité en la Torah. Ces derniers gardent confiance en la légalité du contrat : « Et [toi], ô Dieu de nos pères, nous bénirons ton nom à jamais ! Et nous, nous sommes un peuple é[ter]nel ; et tu as conclu une alliance avec nos pères, et tu l'as établie avec leur postérité pour les tem[p]s éternels. Et en tous tes témoignages glorieux, un mémorial de ta [grâce] existe au milieu de nous pour secourir le reste et les survivants de ton alliance. » (Guerre XIII, 7-9 ; XVIII, 6-12).

L'Alliance d'Abraham constitue l'enjeu. Elle forme le centre de la polémique entre Paul et les Saints. Pour ces derniers, l'héritage est passé aux premiers « convertis d'Israël », fondateurs de la Communauté. Il appartient maintenant à ceux qui sont venus après eux, les exilés de Damas (Damas VIII, 14-18 et B, I, 26-32). Pour Paul, il est patent que ces derniers perdent l'héritage en refusant d'adhérer au renouvellement de l'Alliance, par la reconnaissance de Jésus Christ (Ga. III, 29).

Pour les Hébreux, la foi (« bittahon ») dans le Seigneur correspond à la confiance que met Israël en l'accomplissement des promesses divines. La question de la réalité des promesses faites à Abraham se pose moins que de savoir si le peuple peut véritablement se fier à la parole divine. Le manque de foi s'exprime par exemple dans le psaume intitulé « Le Dieu vengeur » : « Iah ne le voit pas, le Dieu de Jacob ne le remarque pas. » (Ps. XCIV, 7). Manquer de foi consiste à croire que le Seigneur laisse aller le monde en dehors de toute justice, qu'il n'intervient pas dans le déroulement de l'histoire en faveur de son peuple élu. En toute circonstance, il est demandé à Israël de demeurer ferme dans la foi (« émounah »). Cette fermeté s'exprime par le terme « Amen ».

Pour Paul, Abraham est, certes, au fondement de l'acte de foi en la parole de Dieu qui conduit l’homme. Mais il ne révèle rien de l'esprit. Il reste l' « ancêtre selon la chair » (Rm. IV, 1). A lui et à sa race, Yhwh se déclare et promet de les rétablir dans le pays de Canaan (le maudit), en lui assurant la fécondité de sa descendance sur la terre convoitée. Selon le Livre des Jubilés, après que Noé eut réparti la terre en trois lots, pour Sem, Cham et Japhet (Jub. VIII, 10), Cham divisa son territoire alloué entre ses fils. A Canaan échut la part Ouest de l'Afrique (Ibid. IX, 1). Cependant, Canaan refusa son lot et demeura dans le territoire que le sort avait donné à Sem et à ses fils : « Il s'établit dans le pays du Liban, depuis Hamath jusqu'à l'entrée d'Egypte. » (Jub. X, 33). Cham, son père, Coush et Misrayim, ses frères, lui dirent : « Tu t'es établi dans un pays qui n'est pas le tien et qui ne nous est pas échu par le sort (...) Tu es maudit et tu seras maudit parmi tous les fils de Noé à cause de la malédiction à laquelle nous nous sommes engagés en prêtant serment en présence du saint Juge et de Noé notre père. » (Ibid.30-32).

Il n'est pas besoin de dire que Paul n'adhère plus à l'alliance d'une terre à conquérir pour accueillir la sainteté d'un peuple comme l'image conforme à la volonté du Seigneur-créateur (Jub. XVI, 26). Il cherche argument. Or Dieu a bien promis à Abraham : « En toi seront bénies toutes les familles du sol » (Gn. XII, 3). Engagement renouvelé à Isaac : « En ta race se béniront toutes les nations de la terre » (Gn. XXVI, 4). L'apôtre cherche l'instant, avant le temps où Dieu parlait sans dire la loi. Il veut un dieu qui ne cherche plus à arranger vainement la nature humaine au moyen d’une machinerie légale. Il revendique néanmoins l'héritage promis à Abraham, c'est-à-dire, la reconnaissance universelle d'un dieu d'avant Moïse et la Torah (Rm. IV, 13), d'un dieu qui ne peut plus être le dieu d'Israël (Ibid. 16). Paul ne peut évidemment que tricher une nouvelle fois dans sa lecture des Ecritures. Il omet en effet la condition majeure sans laquelle les promesses ne tiennent plus et qui justifie bien Abraham selon l'arrangement d'une loi positive : « Parce qu'Abraham a écouté ma voix et qu'il a observé mon observance, mes ordres, mes préceptes et mes lois. » (Gn. XXVI, 5). Dieu parla peut-être dans le for intérieur d'Abraham ; mais une loi inspirée qui s'impose aux autres n'est jamais qu'une loi positive édictée par un législateur.

La foi forme un état d'esprit sans lequel il n'est point de grâce agissante. Elle est la clé du ciel, sinon la clé des champs, le seul accès possible à Dieu, le préalable à la connaissance de la loi de l'esprit qui seule possède, pour Paul, la qualité céleste de vérité. Une justice de « la colère » (Rm. IV, 15) est attachée à la loi, tandis qu'à la foi appartient une justice qui ne compte pas les péchés (Ibid.. 7-8). La foi occupe un lieu où l'on ne connaît pas la transgression parce qu'il n'y a point de règle (Ibid. 15). L'intensité de la foi, c'est-à-dire la mesure de l'adhésion à l'évangile, est propre à chaque converti. Elle relève de la relation qu'il établit avec l'esprit de Dieu (Ibid. XIV, 22). La foi est une pensée intelligente qui se dévoile, à elle-même, la connaissance du langage divin. Elle ne peut toiser la foi de l'autre sans reconstruire une norme pour le jugement, c'est-à-dire, sans être autre chose qu'elle-même. Contrairement à la loi, qui s'impose à tous de manière identique, la foi n'appartient qu'à la conscience de chacun (Ibid. 5). Elle ne constitue ni une conformité ni une règle de jugement. Le Spirituel ne juge point et ne peut être jugé par personne (1 Co. II, 15).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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