Le chemin de Damas


La grâce répond à la foi


La foi en la parole de rupture

11 - La grâce répond à la foi

e salaire est à la pratique de la loi ce que la grâce est à la foi. Il est la légitime contrepartie d'une oeuvre réalisée suivant les termes du contrat (Mt. V, 12). La Torah consiste en effet en un engagement mutuel légalement contraignant, tant pour le Seigneur que pour le peuple. Elle produit la justification de l'ouvrier, lequel trouve sa subsistance ou sa raison de vivre en la juste observance du contrat. La Règle enseigne que Dieu « connaît la rétribution des œuvres » des deux esprits (Règle IV, 25). La grâce prodigue la justification de celui qui a foi : foi en l'autorité de qui justifie l'impie « gratuitement par sa grâce » (Rm. III, 24) ; foi en la parole de Jésus Christ qui annule la loi (Ga. II, 21 ; V, 4). Sans contrepartie, la grâce ne participe pas d'une légalité contractuelle. Lorsque le converti reçoit les lumières de l'esprit de grâce, qu'il soit Hébreu ou Prosélyte, Hellène ou Craignant-Dieu1, il gagne la conviction que, loin de constituer un absolu divin, la Torah ne répond pas à la volonté de Dieu (Rm. III, 21). En démasquant le mensonge de la loi, le converti reçoit ipso facto la grâce qui efface ce qu'en sa conscience enténébrée par la loi extérieure, il avait cru péché (Rm. VI, 14). Il cesse définitivement d'observer la Torah, de même que toute loi angélique (toute loi positive) (Rm. XI, 6). Si la Torah n'est point de Dieu, quelle loi extérieure pourrait prétendre l'être (1 Co. V, 5) !

Paul avance l'argument du précédent. Les Ecritures enseignent, en effet, que Dieu possède la puissance de faire grâce, quand il veut, à qui il veut. Exemple : il ne compte pas le péché de David (Rm. IV, 6-8). Certes, il ne classe pas l'affaire ; il ne donne pas au roi un passe-droit constitutif de forfaiture. Il dévoile à tous le lieu d'une existence possible en dehors de la loi. Grâce particulière pour le roi David sans doute, mais grâce universelle pour ceux qui croient que le fondement de la loi n'est pas de principe divin. Si « le Seigneur » peut suspendre la Torah (Ibid. 8), il peut aussi l'annuler. L'évocation de David par Paul ne vient pas sans raison. L'argument est d'actualité. L'Ecrit de Damas rejette la polygamie qui a cours en Israël et donne un enseignement sur ce qu'il faut savoir du cas David : « Quant à David, il n'avait pas lu le livre scellé de la loi qui était dans l'Arche (d'Alliance). Car (ce livre) ne fut pas ouvert en Israël depuis le jour où moururent Eléazar et Josué (...) et il resta caché fut révélé jusqu'à l'avènement de Sadoq ; et les œuvres de David furent prisées (par Dieu), à l'exception du meurtre d'Urie, mais Dieu le lui remit. » (Damas V, 2-6). Il semble que David se soit montré juste sans avoir connu la Torah, à l'exception notable du meurtre d'Urie et du forfait dont le roi se rendit coupable. Chaque fois que Paul fait appel à la preuve par les Ecritures, il use de la même pétition de principe : le Christ annule la loi. Dans le cas du roi, le péché de convoitise est aggravé par la force du mal qui est dans la loi. Celle-ci apparaît en effet comme « la puissance du péché » (1 Co. XV, 56) ; elle le facilite ou le provoque (Rm. VII, 5 ; 9-11). Le moins que l'on puisse dire, c'est que le roi David n'a pas accompli une œuvre en conformité avec la Torah, lorsqu'il fit tuer Urie le Hittite pour prendre sa femme Bethsabée. Elle sera mère de Salomon ! Il a même commis une terrible infamie au regard de la loi (2 S. XI-XII, XXIV). Paul affirme que « le Seigneur » (Rm. IV, 8) ne lui a pas compté son péché.

Considérons la logique de Paul : 1) Dieu justifie Abraham (prépucé) à cause de sa foi (Rm. IV, 9-10) ; 2) Dieu justifie David (circoncis), à cause de sa foi et en dépit de son péché ; 3) donc, le prépucé pécheur qui a foi sera justifié. Le raisonnement est entaché d'illogisme puisque David n'est pas prépucé. La logique se retrouve si l'on considère l'enseignement de l'Ecrit de Damas, selon lequel David (pas davantage qu'Abraham) ne connaissait la loi de Moïse. En ce cas, la démonstration est d'un autre ordre : David, comme Abraham, est justifié par sa foi, avec plus de certitude encore puisqu'il a commis une faute (selon la loi) et que le Seigneur la lui remet.
Malgré Paul, il ne nous semble pas cependant que Dieu annule le péché de David : « Ainsi a parlé Yhwh : Voici que moi, je vais susciter de ta maison le malheur. » (2 S. XII, 11-19). L'argumentation de la justice sans les œuvres (Rm. IV, 7-8) par le Psaume XXXII ne tient pas. Mais elle n'enlève rien au sens que Paul donne à la justification. Dans le Psaume, le péché est bien effacé. Cependant, on ne peut pas dire que David soit lui-même justifié sans les œuvres de la Torah : « Je te fis connaître mon péché et ne te cachai pas ma faute, je dis : "Je confesserai mes transgressions à Yhwh !" et, toi, tu as remis la peine de mon péché. » (Ps. XXXII, 5). Il y a bien ici une contrepartie légale au pardon de la faute : l'humiliant repentir qui répond aux ordonnances du Lévitique, sans lequel nulle miséricorde (Lv. XVI, 28 ; XXIII, 27). Si le forfait couronné ne se légitime point, pour le moins obtient-il le pardon.
Paul éprouve sûrement des difficultés à faire valider une démonstration qui défie la raison, au moins autant que l'esprit de la loi. Abattre des pensées (2 Co. X, 4) qui trouvent en Dieu leurs fondements est une tâche insurmontable... sans l'aide de Dieu. Pour qui ignorerait la loi et les prophètes, l'assertion que la liberté est une manifestation de l'esprit, qui dévoile à l'homme l'impératif de sa conscience pour le détacher de la contrainte des lois, pourrait se dire sans un recours forcé aux Ecritures. Ce n'est certainement pas le cas envers ceux qui y plongent leurs pensées quotidiennes : « Et qu'il ne manque pas, dans le lieu où seront les dix (Saints), un homme qui étudie la loi jour et nuit, constamment, concernant les devoirs des uns envers les autres. Et que les Nombreux2 veillent en commun durant un tiers de toutes les nuits de l'année pour lire le Livre et pour étudier le droit et pour bénir en commun. » (Règle VI, 6-8).


1 L’expression « Craignant-Dieu » est employée par Flavius Josèphe pour désigner les Goyim proches du judaïsme, au point d’en accepter certaines pratiques, sans pour autant se convertir et recevoir le sceau de la circoncision.

2 « Les Nombreux » est un terme par lequel se désignent les Saints, membres de la Communauté essénienne.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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