Le chemin de Damas


L'acte de foi


La foi en la parole de rupture

10 - L'acte de foi

e chapitre XV (Lettre 1) de la correspondance avec les Corinthiens proclame l'acte de foi proprement dit. Les fondements sont les suivants : 1) « Le Christ est mort pour nos péchés. » 2) « Il a été enseveli. » 3) « Il a été relevé le troisième jour. » Paul en apporte les preuves par les Ecritures (1 Co. XV, 3) et par les témoignages (Ibid. 5-8). Il affirme qu'il s'agit d'un enseignement qu'il a lui-même reçu de Dieu et non des hommes (Ibid. 3-4). Nous sommes donc en présence de l'acte de foi proprement paulinien. Il est en effet clair que l'apôtre à reçu l'évangile « par un dévoilement de Jésus Christ » (Ga. I, 11-12). Nous traduisons raisonnablement que c'est de sa propre pensée que l'évangile surgit.

Les trois articles de l'acte de foi n'ont point la même valeur :

1) La condamnation à mort de Jésus en son (apparence de) corps, répond à un dessein divin (Rm. VIII, 1-4). Celui-ci consiste à faire connaître l'injustice de la loi autant que la vanité de la chair. Le corollaire est dans l'effacement des péchés de ceux qui ont foi en cette révélation. Les convertis se libèrent du double esclavage de la loi de leur corps d'homme et de la loi du corps social. Leur édification par l'esprit procède de l'intelligence qu’ils ont de la mission du Christ (Ibid. III, 11 ; VII, 23). Il est le sauveur qui dispense la connaissance nouvelle à ceux qui croient en lui (Ibid. XVI, 25). La confiance en l'authenticité de la rébellion vaut adhésion à l'idée d'effacement proclamée par l'apôtre. L'abrogation de la loi annule le péché qu'elle comptait.

2) L'ensevelissement de Jésus est lié à son relèvement. Cette action tout humaine assure que la mort est constatée. Par conséquent, les apparitions du Christ ne sont pas à interpréter comme une survivance au supplice. Nous sommes là devant une allégation vraisemblable : Jésus est bien mort. Paul ne juge pas indispensable d'en apporter la preuve par témoignage, d'autant que l'on possède une preuve scripturaire avec « Le chant du serviteur » du Livre d'Isaïe :

« Le châtiment qui nous vaut la paix est tombé sur lui et par ses blessures il y a pour nous une guérison (5cd ...) Yhwh a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous (6bc ...) Il a été retranché de la terre des vivants, il a été frappé à cause du forfait de son peuple. On a mis sa tombe avec les méchants et son sépulcre avec les riches (8-9b…) Si tu fais de sa vie un sacrifice d'expiation, il verra une descendance, il prolongera ses jours (10bc ...) Mon serviteur juste justifiera les multitudes, et c'est lui qui se chargera de leurs fautes (11cd ...) Parce qu'il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort et qu'il a été compté parmi les transgresseurs, alors qu'il a porté le péché des multitudes et qu'il intervient pour les transgresseurs (12c-f) (Is. LIII)

Dans le contexte historique de la chute de Babylone et de la confrontation d'Israël avec les nations, il semble que le serviteur souffrant puisse être identifié au peuple d'Israël dans son ensemble. En v. 9ab, les méchants et les riches sont les Babyloniens qui retiennent Israël en son exil. En 10c, le retour d'exil et le relèvement d'Israël est vu allégoriquement comme un retour à la vie. D'un texte dont il pourrait tirer une analogie, Paul choisit de voir clairement une révélation prophétique sans considération pour sa véritable signification.

3) Le relèvement est un événement qui intervient, selon la volonté ou la grâce de Dieu, en dehors des lois de la création. Il est si peu vraisemblable qu'il est contesté par les auditeurs (1 Co. XV, 13). Cependant, il reste recevable par un esprit hébreu, influencé par le pharisaïsme. Les Esséniens qui attendent la résurrection du Maître de Justice n'y croient pas (Flor. I, 11-13). Les Nazaréens sont confortés. D'ailleurs, nombreux sont ceux qui, comme Képhas et Jacques ont vu le Christ après son relèvement (1 Co. XV, 6). Paul fait appel à leur témoignage. La question de la foi en le relèvement est majeure. Celui-ci certifie Jésus comme Messie. La vérité de la parole est attestée. Si Dieu relève le Christ d'entre les morts de la façon que l'on sait, a fortiori peut-il bouleverser l'ordre du monde en annulant la loi. Jésus, condamné et mis à mort au nom de la Torah et de la loi romaine, reçoit, par la grâce de Dieu, l'annulation du jugement (réputé divin) qui le condamne. La résurrection est le sceau de Dieu qui authentifie la fin de la Torah (Ibid. 14).

L'apôtre connaît ses prophètes. Il doit savoir qu'il extrait les sentences ou les oracles de leurs contextes, qu'il en modifie le sens. L'on est amené à penser qu'il n'en va pas de même de ses lecteurs grecs, déjà sollicités par les commentaires tordus des Esséniens. La preuve par les Ecrits serait alors trop aisément réfutée. Paul aurait-il décompté trois jours avant le relèvement de Jésus Christ sans la prophétie d'Osée ? Nous sommes fondés à penser que non. S'il n'y a pas de vérité (historique) dans le troisième jour, comment peut-on la voir dans le relèvement lui-même ? La preuve par Osée n'introduit-elle pas le doute plutôt que la conviction ?

« Il nous fera revivre après deux jours ; au troisième jour il nous ressuscitera et nous revivrons devant lui. » (Os. VI, 2)

Dans le contexte, le prophète blâme Israël, Ephraïm et Juda : « Israël et Ephraïm trébuchent par leur faute, même Juda a trébuché avec eux ! » (Ibid. V, 5). Yhwh déverse sa colère : « Les princes de Juda ont été comme ceux qui reculent une borne, sur eux je déverserai ma fureur comme de l'eau (...) Et moi, je suis comme la teigne pour Ephraïm et comme la pourriture pour la maison de Juda. Ephraïm a vu sa maladie et Juda son ulcère. » (Ibid. 10-14). Les trois tribus font alors retour à Yhwh : « Allons ! Retournons vers Yhwh, car il nous a déchirés pour qu'il nous guérisse, s'il frappe, c'est pour qu'il nous panse ! » (Ibid. VI, 1). C'est ainsi que Yhwh les ressuscite « au troisième jour ».

Après la certification par les Ecritures vient la preuve par les témoignages. Paul en appelle à Képhas, aux Douze, aux cinq cents, à Jacques et à tous les apôtres. Il témoigne enfin lui-même. Tant de témoins sont appelés à témoigner qu'il est impossible d'affirmer que tous sont de « faux témoins » (I Co. XV, 15). Mais ce faisant, l'apôtre crée une confusion par amalgame. Certes, tous proclament bien le relèvement du Christ (Ibid. 11), mais l'on sait que dans l'idée de Paul il s'agit d'une nouvelle vie dans le mode d'être spirituel (Ibid. 44, 50), alors que pour les autres envoyés, pour Képhas et pour Jacques, il s'agit probablement d'un retour à la vie en un mode charnel idéalisé, comme le croient aussi les Pharisiens et les Esséniens : « Ceux qui se lèveront de terre quand se disputeront les jugements. » (Guerre XII, 5).

L'on comprend alors l'insistance de l'apôtre à affirmer que « la chair et le sang ne peuvent hériter du règne de Dieu » (1 Co. XV, 50), après avoir expliqué au « sot » (Ibid. 36) comment concevoir la résurrection. Le témoignage de Paul ne coïncide pas avec les autres témoignages. Notons qu’une certaine confusion règne dans les croyances rapportées dans les Memoria. Elles mêlent la foi en la résurrection de la chair (Mt. XXVII, 52-53 ; Lc. IX, 19 ; Jn. V, 28 ; XI, 44 ; XX, 27), et la foi en la survivance de l'esprit (Mc. XII, 25 ; Mt. XXII, 30 ; Lc. XX, 36). Clément de Rome (XXVI, 3) affirme, en référence au Livre de Job : « Alors tu ressusciteras cette chair qui a porté toutes ces douleurs. » (Jb. XIX, 26).

Considérons enfin avec intérêt la résurrection du Juste selon le Commentaire du Psaume XXXVII : "L'explication de ceci concerne [le Prê]tre impie, qui a gu[et]té le Jus[te et] l'a mis à mort, [mais Dieu a délivré son âme de la mor]t et il l'a révéillée p[ar l'esprit] qu'il a envoyé vers lui. Et Dieu ne [l'a] point laissé pé[rir) et il ne [l'a] point [abandonné quand] il a été jugé." (IV, 8-9). « Le juste » est le titre qui échoit au Maître de Justice, le Prêtre de la Communauté des Saints, persécuté par « le Prêtre impie » d'Israël. A noter qu'ainsi est également nommé le Messie dans le livre d’Hénoch (1 Hén. XXXVIII-LXXI) et que l'auteur des Actes des Apôtres l'attribue à Jésus (Ac. III, 14 et VII, 52).

Si la recomposition du texte manquant du Commentaire est exacte, l'on retrouve les concepts de l'âme et de l'esprit (1 Co. XV, 45-46), mais afin que l'esprit de Dieu rende la vie à l' « âme vivante » qui anime le corps. La résurrection du Nazaréen contrarie l'espérance des fidèles qui attendent le retour du Maître de Justice, également ressuscité, pour la fin des temps (Flor I, 11). L'on s'intéressera plus loin à l'identique espérance du retour de Jean le Baptiste (Mt. XIV, 2 et XVI, 14).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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