Le chemin de Damas


L'intelligence de la foi


La foi en la parole de rupture

9 - L'intelligence de la foi

a soumission durable à des contraintes légales témoigne d’une confiance relative (Rm. XIV, 2, 5). L'intensité de la foi se mesure à l’intelligence de la parole libératrice. La compréhension de l'avènement du Christ, l'attachement des fidèles à son incarnation ou au contraire à son relèvement d’entre les morts, font que leur rupture d'avec le monde apparaît mitigée ou bien radicale. La proclamation de Paul vise à les amener à la rupture absolue d'avec la Torah (la première des lois), et à regarder toute loi extérieure comme une entrave à l’esprit du Christ (Ga. V, 1).

La Règle de la Communauté s'adresse à « [l'homme intelligent, afin qu'il instruise les saints] » (Règle I, 1). Les Hymnes disent que Dieu a placé l'intelligence dans la pensée du Juste, « pour qu'il ouvrît la source de connaissance pour tous les intelligents » (Hy. II, 18). Pour les Esséniens, il n'y a de connaissance que dans la Torah et les prophètes, « selon l'esprit d'intelligence du Seigneur » (Test. Lévi II, 3), selon la voie droite enseignée par la règle de doctrine (Règle I, 1-3). Pour Paul, l'homme intelligent n'est certes pas celui qui cherche Dieu dans la loi positive et dans sa juste pratique, mais celui qui le trouve dans la foi (Rm. III, 11, 21 ; Ga. V, 5).

L'idée de l'intensité de la connaissance que l'apôtre exprime, en considérant les forts et les faibles (Rm. XIV, 1), rejoint toutefois la doctrine des Saints : « Et à tes fils de vérité tu as donné l'intel[ligence], [et ils te connaîtront pour toujours et à] jamais ; [et] à la mesure de leur connaissance, ils seront glorifiés l'un plus que l'autre. » (Hy. X, 27). Il est également enseigné : « A la mesure de son [in}telligence je ferai progresser un (chacun) » (Ibid. XIV, 18-19), sachant que Dieu lui-même place l'intelligence dans la pensée des hommes (Ibid. II, 18).
La foi qui reconnaît la vérité en dehors de la loi, « selon la part de chacun » (1 Co. XII, 11), peut être également imparfaite, bien que Dieu lui-même distribue « l'esprit de foi » (2 Co. IV, 13 ; Ga. III, 2, 5), l' « esprit neuf » (Rm. VII, 6). L'on retrouve donc l’idée que l'intelligence peut être inachevée. Elle comprend la vérité dans la loi que procure l' « esprit saint » (Hy. XII, 12), dans les limites du « partage » de Dieu (Ibid. XIV, 19).
La foi tend pour l'apôtre à une nouvelle écoute intelligente du Seigneur (Rm. XII, 2). La révélation est une prise de conscience individuelle de la vérité de la parole, Elle reste déterminée par la part que chacun reçoit de l'esprit (1 Co. 9 et 11). La connaissance nouvelle est intrinsèquement liée à « l'intelligence » de la personne (Rm. VII, 23) (Hy. I, 31) qui reçoit le discernement de l'esprit avec l'enseignement évangélique. Paul souligne les contrastes en dénommant « les faibles » (Rm. V, 6) et « les forts » selon qu'ils demeurent plus ou moins marqués par l'empreinte de la Torah, mais aussi probablement par la Règle de la Communauté. Sans doute doit-on comprendre que les forts sont plutôt les Hellènes, et les faibles, plutôt les Hébreux. En effet, les convertis à la conviction assurée, ne pratiquent pas (ou ne pratiquent plus) les règles de pureté, ils n'observent pas les interdits alimentaires (Ibid. XIV, 17). Il est d'autres fidèles du Nazaréen qui n'ont pas abandonné les traditions et les commandements. A ces derniers s'adresse plus particulièrement la Lettre aux Romains en sa première partie. Paul tente de les convertir radicalement, même s'il affirme que son succès ne dépend que de Dieu (Ibid. 4) (Règle XI, 17-18) (Mt. XIX, 26).

Les repas, pris en commun dans un environnement romain, laissent peut-être accroire que certains, parmi les convertis, refusent les viandes pour lesquelles le rituel de mise à mort n'a pas été observé. Nous pensons plutôt que les fidèles s'abstiennent tout simplement de manger de la viande parce qu'ils observent toujours la Règle de la Communauté. Paul dit que le faible « mange des légumes » (Rm. XIV, 2) ; ce qui laisse entendre qu'il pratique un régime végétarien. Or, l'Ecrit de Damas donne l'ordonnance suivante : « Qu'on ne se souille pas par quelque animal ou être rampant en en mangeant, depuis les larves d'abeilles jusqu'à tous les êtres vivants qui rampent dans l'eau. Et quant aux poissons, qu'on ne les mange pas, à moins qu'ils n'aient été fendus vivants et qu'on n'en ait répandu le sang. Et quant à toutes les sauterelles, en leurs diverses espèces, qu'on les mette dans le feu ou dans l'eau tant qu'elles sont vivantes ; car telle est l'ordonnance conforme à leur nature. » (Damas XII, 11-15) (Mt. III, 4). C'est sans doute dans la fidélité aux ordonnances de la Règle que nous devons découvrir le fondement du végétarisme, pour l'institution duquel l'apôtre n'a point d'égard.
Lorsque Paul emploie l'expression « ne pas manger de viande » (Rm. XIV, 21), il l'associe à une autre : « ne pas boire de vin » (Ibid.). Si Jean ne semble pas boire (Mt. XI, 18), selon la règle propre aux Nazirs (Saints) de Dieu, les Saints de la Communauté boivent le vin, sans que l'on puisse toutefois généraliser (Test Jud. XVI, 3). L'on peut alors être amené à penser que, de même que la viande n'est probablement pas consommée parce que l'animal ne peut être sacrifié dans le Sanctuaire véritable (Damas IV, 18), le vin ne peut être bu en l'absence d'un prêtre saint, pour imposer les mains et prononcer la bénédiction rituelle :

« En tout lieu où il y aura dix personnes du Conseil de la Communauté, qu'il ne manque pas parmi eux un homme qui soit prêtre (...) Quand ils disposeront la table pour manger ou (prépareront) le vin pour boire, le prêtre étendra en premier sa main pour qu'on prononce la bénédiction sur les prémices du pain et du vin. » (Règle VI, 3-5)

Relevons enfin que lorsque Paul dit que pour ne pas faire trébucher son frère en Jésus Christ, il est prêt à ne plus manger de viande « jusqu'à la fin du monde » (1 Co. VIII, 13) (Test. Jud. XV, 4), en dépit de l'emphase de la déclaration, l'on comprend qu'il s'agit bien de ne plus manger de viande du tout et non point de choisir la viande apte (« cacher ») à être mangée.

Par ailleurs, les jours de jeûne marquent des différences d'élection (Rm. XIV, 5). Cela indique que la règle contestée est traditionnelle et non mosaïque. Les Memoria de Marc laissent entendre que les disciples de Jean et les Pharisiens pratiquent les mêmes jours de jeûne (Mc. II, 18-19). La Didachè mettra les points sur les i : « Que vos jeûnes n’aient pas lieu en même temps que ceux des hypocrites. Ils jeûnent en effet le lundi et le jeudi ; pour vous, jeûnez le mercredi et le vendredi. » (Didachè VIII, 1).
Mais, plus sûrement, il faut penser que l'on se trouve face à la controverse sur la détermination du Jour des expiations, le « Jour du Jeûne » (Damas VI, 19) qui doit être observé « selon les < commandements > de ceux qui sont entrés dans la Nouvelle Alliance au pays de Damas. » (Ibid.). Comme toutes les fêtes et les Chabbats, la plus grande des célébrations doit se dérouler, en effet, aux dates fixées avec précision par le calendrier (solaire) de la Communauté : « Et il affermira ses pas pour aller de façon parfaite en toutes les voies de Dieu, selon ce qu'il a prescrit concernant ses fêtes réglementaires ; et il ne s'écartera ni à droite ni à gauche, et il ne fera pas un seul pas hors d'aucune de ses paroles. Alors, il plaira à Dieu par des expiations agréables, et celles-ci lui vaudront l'Alliance de la Communauté éternelle. » (Règle III, 9-12).
La détermination des jours de jeûne semble être la source d’un différent entre Esséniens (Johannites) et Nazaréens (Mt. IX, 14 ; XI, 18-19). Paul ne se sent pas concerné par la légalité calendaire. Néanmoins, l'on perçoit la difficulté qu'il rencontre à abolir les règles et à vaincre une adversité légaliste (1 Co. III, 5 ; IV, 6). Avant que l’apôtre n'apporte un jugement libre sur la question (« A chacun d'avoir en conscience sa certitude »), nous pouvons inférer de ce qu'il nous apprend, que les disciples de Jésus se partagent entre Esséniens (Johannites) et Nazaréens. Ces derniers nous apparaissent de plus en plus comme des Saints qui se sont écartés de la Communauté exilée et, par contre-coup (Damas IV 13- V-15) (Mt. III, 7), se sont peut-être rapprochés des pharisiens de la diaspora.


cathares, philosphie cathare, catharisme

Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





Cathares, catharisme, philosophie cathare