Le chemin de Damas


L'œuvre de foi


La foi en la parole de rupture

8 - L'œuvre de foi

e questionnement de l'apôtre introduit la foi comme fondement de la prédication évangélique (Rm. X, 14-15a). Il ne s'agit plus d'être fidèle à Jésus « selon la chair » (2 Co. V, 16), le « serviteur de la circoncision » (Rm. XV, 8). L'observance de la Torah par le Nazaréen ne peut plus constituer le modèle de vie des convertis. Nul ne saurait pratiquer la loi qui condamne le Christ, sauf à dire que « le Christ est (...) mort pour rien. » (Ga. II, 21). La difficulté consiste, pour chacun, à faire le saut hors du domaine clos de la Torah (Ibid. III, 21). Les adversaires de la mission paulinienne, qui ne prennent pas le risque de la désobéissance, ne sont pas autorisés, selon Paul, à parler au nom du Christ (Rm. X, 14)

L'acte de foi manifeste une révolution de la pensée et une résistance résolue aux lois du monde. La révélation de la grâce libératrice se produit par l'écoute de la parole évangélique (Ibid.). Celle-ci se donne pour but de gagner la confiance du plus grand nombre. Comme Moïse fut le « témoin » de Yhwh lors de la publication de la loi (positive) (Ant. Bib XXXII, 8), chaque homme de foi doit se présenter en témoin du Christ pour attester de la (vraie) loi de Dieu.
La prédication apparaît comme une nécessité inhérente à la foi (2 Co. IV, 13) (Mt. XXV, 14-30). La qualité de l'argumentation doit convaincre (2 Co. XII, 12) que l'obéissance à Dieu ne peut aller sans la désobéissance aux lois angéliques (Ga. III, 19, 21). La foi n'est pas seulement une confiance attentive du converti en son (nouveau) seigneur ; il lui est demandé de répondre de son engagement. Sa vie nouvelle constitue un témoignage de la vérité qui actualise l'annonce (Php. I, 27-30). Parce que les adhérents ont foi, qu'ils le disent, qu’ils le prouvent, leur foi déplace les foules (Rm. X, 15). Le risque encouru, pour celui qui use de sa liberté de parole contre l'ordre établi, ne doit point constituer un frein à l'obligation que donne la foi envers l'humanité. La peur de la répression est l'envers de la foi, c’est-à-dire, la soumission à la loi. Nul n'abandonne sa vie à tous les dangers de la prédication évangélique sans qu'un impératif divin ne l'engage dans une telle folie (2 Co. VI, 4-8). Son espérance le porte à sauver les hommes parce que ce faisant il se sauve lui-même (Rm. X, 13). La révélation de l'esprit renverse la relation avec le prochain. Celui-ci ne constitue plus un obstacle à la convoitise ; il est le témoin d'une perfection.

Les racines de la loi sont si profondément accrochées dans la roche rouge du Sinaï que Paul éprouve de la difficulté à convaincre. La loi est devenue une seconde nature ! Paul inverse la causalité : c'est parce qu'il est en mission qu'il est envoyé (Rm. X, 15). Il cherche la preuve par les Ecritures dans le Livre d'Isaïe. Il en retourne le sens : « Qu'ils sont beaux sur les montagnes, les pieds du messager qui proclame la paix, qui annonce de bonnes nouvelles, qui proclame le salut, qui dit à Sion : "Ton Dieu règne". » (Is. LII, 7). L'Ecrit met en scène le retour d'exil vu par les guetteurs d'une Jérusalem ruinée et captive : « Ils ne viendront désormais plus chez toi, les incirconcis et les impurs. » (Ibid. 1). Le prophète jette l'anathème sur les nations ! Cela n'empêche aucunement l'apôtre d'utiliser l'alignement des mots pour une signification contradictoire.
Paul se plie à la culture prophétique qui accorde la validité au discours, par l'oracle et non par la logique : « Seigneur, qui a eu foi en nous entendant ? » (Rm. X, 16). Le « nous » indique les prêcheurs de l'évangile qui proclament « la fin de la loi » (Rm. X, 4). En Isaïe : « Qui a cru à ce qui nous était annoncé ? » (Is. LIII, 1). Ici, le « nous » est mis pour le peuple d'Israël, qui n'a pas cru à la chute de Babylone et à la restauration du culte et de la loi ! Rien ne nous permet de dire que Paul n'a point conscience de tricher avec les Ecritures. Le fait que ses adversaires aient utilisé avant lui une exégèse tout aussi tordue ne le justifie nullement. L'apôtre use des textes comme s'ils n'avaient d'autre valeur que celle de ses choix rhétoriques, face à la nécessité de ne jamais contredire la vérité prophétique.
La Torah, selon qu'on la garde ou qu'on l'abroge devient le formidable enjeu de la controverse qui met aux prises, d'une part, les fidèles du Maître de justice, (dont on ne voit pas ce qui les différencie des disciples de Jean) et les disciples du Nazaréen ; d'autre part, les Pauliniens. Tous sont des Saints consacrés au Seigneur. Notons bien, que si les Esséniens et les Nazaréens sont liés par la pratique de la Torah et par une règle de doctrine semblable, ils s'opposent sur la reconnaissance messianique, laquelle rapproche au contraire les Pauliniens des Nazaréens.


cathares, philosphie cathare, catharisme

Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





Cathares, catharisme, philosophie cathare