Le chemin de Damas


Universalité de la foi


La foi en la parole de rupture

4 - Universalité de la foi

e soumettre à la foi signifie, selon l'argumentation choisie, réaliser objectivement les prophéties qui « annoncent » l'évangile (Rm. I, 1-2). Néanmoins, s'ils projettent bien une unité religieuse, les oracles sur lesquels Paul choisit d'appuyer la crédibilité de l'évangile, ne conçoivent cette unité que par la reconnaissance universelle de la seule Torah et par la soumission des nations à Yhwh, le Dieu d'Israël :

« La révélation qu’a vue Isaïe, fils d’Amos, au sujet de Juda et de Jérusalem. Il adviendra, dans la suite des jours, que la montagne de la maison de Yhwh sera située au sommet des monts, elle s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle affluera le gros des nations et marcheront des peuples nombreux. Ils diront : venez et montons à la montagne de Yhwh, à la maison du Dieu de Jacob, pour qu’il nous instruise de ses voies et que nous marchions sur ses chemins. Car de Sion provient la loi et de Jérusalem la parole de Yhwh. Il jugera entre les nations et sera l’arbitre de peuples nombreux. Ils martèleront leurs épées pour en tirer des hoyaux, et leurs lances pour en tirer des faucilles. Une nation ne lèvera plus l’épée contre une autre, et ils n’apprendront plus la guerre. Maison de Jacob, venez et marchons dans la lumière de Yhwh ! » (Is. II, 1-5).

Le fameux oracle d’Isaïe se retrouve également en Michée (Mi. IV, 3). Il représente une vision eschatologique du pèlerinage des Goyim défaits au Temple de Jérusalem, pour y recevoir la Torah et inaugurer la paix universelle.
L'on demeure toujours interloqué devant l'exégèse paulinienne des écrits prophétiques. La lecture du Commentaire d'Habacuc, du Commentaire de Nahum ou encore du Commentaire du Psaume XXXVII, parmi les fragments extraits de la bibliothèque de Qourân, nous laisse entrevoir que les pétitions de principe des commentateurs Esséniens sont tout aussi surprenantes que celles de l'apôtre. De même en est-il des interprétations que l'on retrouve dans les Memoria de Matthieu (Mt. II, 15). L'enjeu est déterminant, puisque la parole prophétique prend sa source en l'esprit de Dieu. Ainsi est-elle acceptée comme vérité révélée, dévoilement de « ce qui est bon et droit » (Règle I, 2). La doctrine élaborée par la Communauté des Saints se nourrit de l'idéologie de la loi et des prophètes, dont elle donne l'interprétation fanatique que Paul a probablement combattue violemment avant sa conversion (Php. III, 6), au nom d'un fanatisme institué, et qu'il essaie maintenant d'infléchir selon sa propre révélation des mystères de Dieu (2 Co. X, 4).

Sans doute la prophétie du Livre d'Isaïe est-elle au cœur de la controverse sur l'évangélisation des nations. Israël est « jaloux » de son Dieu (Dt. XXXII, 21). Il est lui-même « le lot de Yhwh ». Il est « son peuple » (Ibid. 8-9). L'on relève dans les Memoria de Matthieu une apparente contradiction entre, d'une part l'injonction de ne point proclamer la venue du règne auprès des nations (Mt. X, 5-6), d'autre part l'espérance de ces dernières (Mt. XII, 21). Celle-ci s'explique par le décalage des actes. Le Christ n'a été envoyé « qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël » (Mt. XV, 24), parce que l'on se situe en l'acte un. A son retour attendu de la fin des temps, en l'acte deux, « il annoncera aux nations un jugement », selon la conversion dont elles auront témoigné (Ibid. XII, 18).

Pour Paul, la scène se joue différemment : l'évangile, sinon le règne, doit être dès maintenant proclamé aux nations, comme dans un contexte d'après guerre, puisque le Christ « est mort pour tous » (2 Co. V, 14). Point de dieu d'Israël qui ne soit aussi le dieu des Goyim (Rm. III, 29). « Puisqu'il n'y a qu'un dieu » (Ibid. 30). Les Hébreux doivent en tirer la conséquence ; sauf à reconnaître qu'il n'y a point de dieu pour veiller sur la création en dehors de la terre d'Israël : « Nombreuses sont les nations, nombreux les peuples, et tous sont à lui et sur tous il a donné pouvoir à des esprits pour qu'ils les égarent loin de lui, mais sur Israël il n'a pas donné de pouvoir à un ange ni à un esprit : lui seul est leur souverain, c'est lui qui les garde, c'est lui qui les revendique auprès de ses anges, auprès de ses esprits, auprès de toutes ses , pour les garder et les bénir et pour qu'ils soient à lui et lui à eux, dès maintenant et à jamais. » (Jub. XV, 32).

Le Règlement de la Guerre nous donne à comprendre l'interprétation des prophéties selon les Saints, et la façon dont ceux-ci attendent la réalisation universelle de la vérité. Pour que Yhwh acquière véritablement la reconnaissance qui lui est naturellement due, il n'a d'autre moyen que de faire la guerre, « une bataille et un rude carnage » (Guerre I, 9). La guerre de la fin des temps devient irrémédiablement « la guerre d'extermination » (Ibid. 10). Le « Prince » messianique d'Israël (Ibid. V, 1), conduira « la grande bataille (...) pour exterminer tous les fils de ténèbre » (Ibid. XIII, 14-15). « Par les parfaits de voie disparaîtront toutes les nations impies. » (Ibid. XIV, 7). Le combat cessera faute de Goy, il n'y aura plus de nations (impies) pour faire obstacle à l'universalité de Yhwh et à la gloire d'Israël.

Paul proclame l'unité de (son) Dieu, en contradiction avec la prophétie qu'il met en exergue. Il s'oppose en effet à l'universalité du droit positif que la guerre impose et dont il ne reconnaît point la vérité. Pour lui, l'unité possible ne s'édifie que par l'universalité de la « loi de la foi » (Rm. III, 27), c'est-à-dire, par le discernement de la conscience qui se révèle en la pensée éclairée de chaque homme, comme impératif absolu de la relation vraie aux autres et à Dieu (Ga. III, 28). La Torah ordonne la séparation des hommes, selon qu'ils sont Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, mâles ou femelles. Paul refuse l'ordre social que la loi institue. Dès lors qu'elle est posée comme objet, et par conséquent, comme objet de convoitise, la Torah n'a pas vocation à réconcilier l'humanité entière.

L'apôtre parle d'obéissance à la foi (Rm. I, 5). Il utilise en contraste le même terme que la prophétie qui prévoit la soumission universelle à la loi de Moïse. Mais il faut comprendre le changement extrême de perspective, considérer la révolution qui s'opère, par une soumission que l'homme ne doit plus qu'à lui-même ou à la loi de sa conscience libre. Le paradoxe de l'obéissance à la loi subjective de la foi, c'est-à-dire l'acceptation de la contrainte de l'impératif comme expression de la liberté, entraîne nécessairement la désobéissance à la loi objective.
L'idée paulinienne de l'universalité de la foi répond à l'idée prophétique de l'universalité de la Torah. Mais les deux mots ne recouvrent plus le même concept. Seule la liberté de l'esprit peut qualifier l'unité, non point la force de la loi. Paul occulte cependant le sens obvie de la prophétie du Livre d'Isaïe, dans le but d'apporter un fondement prophétique à la mission qu'il se donne.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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