Le chemin de Damas


La foi ne distingue pas


La foi en la parole de rupture

3 - La foi ne distingue pas

a foi renouvelée rattache le converti à Jésus Christ, autant que la foi première relie le Saint (demeuré fidèle) au Maître de Justice (Com. Ha. VIII, 2-3) (Mt. XX, 16). Elle déploie les sentiments de confiance et de fidélité qui lient les pauliniens à la personnalité spirituelle du Christ, unique Oint de Dieu (2 Co. V, 16). Elle manifeste la conviction renversante que la vraie justice se révèle en dehors de la Torah (Rm. III, 21). Ainsi, le partage de la rébellion de Jésus, l'exécration des lois et des hommes qui le condamnent, marquent-ils l'adhésion à une justice qui ne peut plus être la justice du monde.

Les étrangers qui s'intègrent au peuple d'Israël participent à la (pseudo) justice de Dieu, qui exige des Prosélytes qu'ils pratiquent les lois comme de justes convertis (« géré tsèdeq »). Les rites essentiels sont la circoncision, l'immersion et le sacrifice au Temple. L’entrée dans la communauté d’Israël relève effectivement du droit public. Elle constitue un acte authentique au sens juridique du terme. Lorsque Paul dit qu'il n'y a plus de différence entre les hommes qui accèdent à la foi (Rm. III, 22), cela ne signifie pas simplement que tous, Hébreux ou Hellènes, aient accès à l'évangile. Contrairement à l'intégration des Goyim dans le peuple d'Israël, la révélation de la foi ne procède pas d'un rituel légal. Il n'est aucune cour religieuse (« bet din ») pour accepter les convertis dans la communauté nouvelle, aucune assemblée délibérante pour rapprocher ou éloigner selon des ordonnances semblables à celles de la Règle de la Communauté (Règle VI, 15-16). La foi ne se requiert point. Elle s'affirme comme une adhésion spontanée qui libère, non point comme un acte notarié qui s'enregistre pour s'inscrire dans une légalité. L’on inscrit les convertis esséniens à l'ordre de l'assemblée des Saints. Les convertis pauliniens sont en désordre. Un jugement contraire ne procède que de la loi qui recense et classe chacun, selon l'histoire de sa race ou les moments de sa vie. Or, selon Paul, nul ne peut jamais prétendre valoir mieux que l'autre (Rm. III, 23).
Certes, l'on pourrait penser que l’appel à l'Alliance de la Communauté des Saints ne fait point davantage de différence entre Hébreux et Hellènes :

« Et toutes les nations connaîtront la vérité, et tous les peuples ta gloire, car tu les as fait entrer [dans] ton [Alliance glo]rieuse. » (Hy. VI, 12).

Ce serait oublier que les Goyim n'entrent jamais dans la Communauté sans s'être préalablement convertis à la Torah. La foi en le « Maître de Justice » (Damas I, 11) n'a aucun sens si elle ne le désigne pas comme le juste interprète de la loi de Moïse (Mt. V, 17). L’opposition paulinienne vient de ce que la foi en Jésus Christ n'appelle pas à l'intégration des nations dans le peuple d'Israël. Elle exprime tout au contraire le rejet de la Torah qui le constitue. Pour les Esséniens, il n'y a plus de différence, grâce à l’intégration et à la victoire finale sur les nations (Guerre XIV, 5). Pour Paul, il n'y a jamais eu de différence, parce qu'au regard de (son) Dieu l'intelligence de l'esprit appartient à chaque homme.
L'on voit bien, dans la Règle de la Communauté, que le zèle pour la loi détermine l'adhésion a priori. Celle-ci ne peut être reçue que d'un fils d'Israël : « Et quiconque, issu d'Israël, sera volontaire pour s'adjoindre au Conseil de la Communauté, l'homme qui est l'évêque à la tête des Nombreux l'examinera sur son intelligence et sur ses actes. » (Règle VI, 13-14) (Mt. X, 5-6 et XV, 24). Non seulement la conversion des nations en tant que telles n'est pas légale, mais en outre, à l'intérieur d'Israël, l'on ne considère que ceux qui ont l'esprit droit, c'est-à-dire, qui sont aptes à la discipline (Règle VI, 13-14). La loi est ici la condition de la foi. Il est demandé aux convertis « de garder la foi et le droit strictement selon la justice de Dieu. » (Ibid. X, 25).
Avoir foi en Jésus Christ consiste au contraire à reconnaître en lui la puissance de la fin des temps qui annule la loi, parce que le malheur de l'incarnation prend fin (Rm. VIII, 3). Paul recherche désormais la justice de Dieu « en dehors de la loi » (Ibid. III, 21), en contradiction avec le législateur de la Communauté des Saints, « le Chercheur de la loi » (Damas VI, 7). Il lit dans « le langage de la croix » (1 Co. I, 18) que la mort de Jésus n'est pas plus méritée, qu'elle n'accomplit le jugement de Dieu. Le mystère est levé. La croix signale l'étroite voie dans ciel pour sortir du monde. Le Christ exhibe la victoire sur la loi du péché, aussi bien que sur la loi du monde, en abandonnant un corps mort, sans la vie duquel aucune de ces lois n'existe (1 Co. XV, 54-57).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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