Raison chrétienne


Un choix d'Ecritures


Un choix d'Ecritures

Yves Maris, juillet 2007
Introduction

es évangiles connus sous les noms de Marc (le secrétaire de Pierre), Matthieu, Luc (le compagnon de voyage de Paul) et Jean constituaient des mémoires anonymes avant d’être attribués aux auteurs ainsi nommés. Il s’agissait probablement de mieux asseoir l’autorité des textes, quand de nombreux évangiles, indûment signés, circulaient déjà dans différentes communautés, tels les évangiles de Pierre, de Marie de Magdala et de Thomas. L’inscription des quatre évangiles au canon des Ecritures résulta d’un choix partisan. Il en fut de même pour les Actes des apôtres (attribués à Luc) qui furent préférés aux Actes de Pierre ou de Paul. Le corpus évangélique accueillit également des lettres apostoliques, dont un certain nombre de faux. Ce qui n’empêcha pas que la Lettre de Barnabé fût repoussée. L’Apocalypse de Jean ne se trouva intégrée que par confusion du presbytre Jean avec le disciple de Jésus, tandis que l’Apocalypse de Pierre était écartée. Finalement, vingt-sept textes furent retenus. En l’an 367 l’évêque Athanase d’Alexandrie adressa une directive fixant le canon des Ecritures aux Eglises d’Egypte placées sous sa juridiction. Une bonne centaine d’ouvrages furent interdits de lecture dans les communautés judéo-chrétiennes, mais reçus par d’autres communautés comme des Ecrits inspirés.

La forme unique du christianisme, que nous voyons se déployer dans la diversité des confessions modernes, s’est imposée à l’issu des conflits qui ont marqué l’origine du mouvement chrétien. Dans le choix des idées que portait l’ensemble du christianisme primitif, l’Eglise romaine infligea le dogme et l’autorité en vue d’établir une croyance légitime et de désigner les formes hérétiques. Bénéficiant de l’appui décisif de l’empereur Constantin et de ses successeurs, elle réécrivit l’histoire en gommant les conflits, en inventant la succession apostolique, en imposant le canon des Ecritures, en faisant croire que son enseignement trouvait toute sa justification en Jésus lui-même.

Nous ne sommes pas surpris que des apôtres du christianisme primitif aient rédigé des faux en vue de certifier et de faire prévaloir leurs orientations théologiques. Il est toutefois surprenant qu’une religion qui prétend à la vérité ait tenu de tels faits aussi longtemps secrets. Les érudits ont couramment dissimulé ces mystifications en définissant les faux comme des écrits sous pseudonyme : une école de pensée était supposée avoir poursuivi l’œuvre de son initiateur et placé sous son autorité des textes ultérieurs. Il n’y avait donc pas si grand péché. Il n’empêche qu’un auteur qui donne à croire que son propre écrit est l’œuvre d’un autre est évidemment un faussaire. Il se double d’un manipulateur lorsque le nouveau texte infléchit la pensée du signataire présumé, ce qui est habituellement la raison du faux. Le faux se reconnaît à un style d’écriture différent de celui des œuvres authentifiées de l’auteur dont il prétend être l’œuvre. Il utilise des mots ou des expressions, il développe des idées, qui peuvent être datés d’un autre temps. A cela s’ajoutent des indices remarquables, telles les références à des événements ou à un environnement social qui correspondent à une époque ultérieure. Nous vérifions ainsi que la lettre attribuée à Paul et destinée à Tite (Lettre à Tite) est un faux. Or, si cette lettre est incorporée au corpus évangélique, la lettre de Tite à Paul (Lettre du Pseudo-Tite), qui est également un faux, n’y figure pas. Pourquoi ? Nous remarquons que le faux intégré au corpus appelle l’esclave à se soumettre à son maître et chaque chrétien à obéir aux pouvoirs établis, tandis que le faux rejeté est fortement marqué d’encratisme, rigueur ascétique condamnée par le groupe ecclésial dominant.

L’ensemble des « épîtres pastorales » (Première et Deuxième lettres à Timothée, Lettre à Tite), rédigé longtemps après que l’apôtre fut mort, sont des faux attribués à Paul dans l’intention de corriger radicalement son enseignement. Elles traitent largement des questions ecclésiastiques et donnent à Paul un rôle majeur dans l’organisation de l’Eglise dominante. La caution de l’apôtre est acquise ! Au contraire, la Lettre de Paul aux Laodicéens, qui dévalorise Dieu le père et décrie la tradition apostolique, fut écartée du canon des Ecritures. Il est intéressant de voir que la Deuxième lettre aux Thessaloniciens met le lecteur et l’auditeur en garde contre un faux : « Une lettre qu’on dirait de nous. » (2 Th II, 2.) Nous avons donc une attestation claire que des faux circulaient déjà aux temps apostoliques. La Deuxième lettre étant elle-même probablement un faux, il est amusant de voir qu’un faux commis sous le nom de Paul condamne un autre faux commis sous la même signature. Parmi les faux avérés, intégrés dans le corpus, nous pouvons encore citer la Deuxième lettre de Pierre qui s’attaque aux courant chrétiens gnostiques. Selon leur orientation théologique, les faux sont canoniques ou ne le sont pas.

L’évangile de Pierre

la fin du IIème siècle, la communauté de Rhossos 1 appuie sa foi sur l’Evangile de Pierre. Eusèbe de Césarée rapporte que l’évêque Sérapion d’Antioche 2 ne pensait que du bien de cet évangile, jusqu’à ce qu’il comprit qu’il faisait l’objet d’une lecture hétérodoxe. Eusèbe cite un extrait de l’écrit de Sérapion, intitulé « Sur l’Evangile dit selon Pierre » et visant à réfuter le document : « Pour nous, frères, nous recevons Pierre et les autres apôtres comme le Christ ; mais, en hommes d’expérience, nous rejetons les pseudépigraphes mis sous leurs noms. Nous les rejetons, car nous savons que nous n’avons pas reçu les écrits sous cette forme. Moi-même, en effet, quand j’étais chez vous, je supposais que vous étiez tous attachés à la foi droite, et, sans avoir lu cet évangile présenté par eux sous le nom de Pierre, j’ai déclaré : « S’il n’y a que cette signature qui paraisse vous contrarier, il peut être lu. » Mais, maintenant, j’ai appris qu’il y avait quelque hérésie dissimulée dans leur pensée d’après les passages qu’on m’en a lus, et je vais me hâter de revenir chez vous. Ainsi, frères, attendez-moi bientôt. Pour nous, frères, c’est après avoir compris quelle était l’hérésie de Marcianus (…) que nous avons pu, par d’autres personnes qui pratiquaient ce même évangile, c’est-à-dire par les successeurs de ceux qui l’ont introduit d’abord, et que nous appelons docètes (…), nous avons pu, dis-je, par ce moyen, emprunter ce livre, le parcourir et découvrir que l’ensemble est bien la vraie doctrine du Sauveur, mais que certains passages ont été ajoutés. » (HE VI, 12.) L’évêque d’Antioche, qui confirme la pratique de l’altération des textes, paraît ignorer les évangiles de Marc, Matthieu, Luc et Jean qui se présentent sous la même forme que l’Evangile de Pierre. De plus, Matthieu et Jean sont également attribués à des apôtres. Lorsqu’il dit que les textes n’ont pas été reçus « sous cette forme » (de roman historique), il semble faire référence aux transcriptions des paroles de Jésus sans arrangements.

Les idées qui s’épanouiront dans le docétisme sont en germe chez l’apôtre Paul : « De sorte que désormais nous ne connaissons plus personnes selon la chair ; même si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. » (2 Co V, 16.) Paul veut dire que la mort de Jésus signe la fin de la création ancienne et inaugure la création nouvelle. Le Christ a clôturé l’histoire juive pour entrer dans le cœur des hommes. Ressuscité, il ne peut revêtir qu’une existence spirituelle. La pensée de Paul étant susceptible d’alimenter le courant docétiste, un faux grossier apparaît au IIe siècle, sous la forme d’une troisième lettre aux Corinthiens, en réponse à une lettre émanant de cette même communauté et dans le but de contrarier les idées portées par le courant gnostique de Satornil 3 . Par l’opposition qu’il suscite, le docétisme transparaît déjà dans la Première lettre de Jean : « Nous reconnaissons l’esprit de Dieu à ceci : tout esprit qui avoue que Jésus Christ est venu dans la chair est de Dieu, et tout esprit qui n’avoue pas Jésus n’est pas de Dieu. » (1 Jn IV, 2-3.) Cette opposition au docétisme a probablement inspiré la scène de l’Evangile de Jean où l’incrédulité de Thomas permet d’attester la réalité de la résurrection 4 (Jn XX, 19-29).

Tandis que les judéo-chrétiens édifiaient une théologie du Christ, mort et ressuscité, pour dépasser le drame de la croix, les docètes (en grec dokêtai, du verbe dokein : « paraître ») niaient la réalité de la passion et de la mort de Jésus et, par conséquent, les fondement de la théologie concurrente. Parmi les docètes, les uns se représentaient le Christ comme un être absolument divin dont le corps charnel ne pouvait avoir été qu’une apparence. Les autres imaginaient que le Christ avait investi Jésus le jour de son baptême, sous la forme de la colombe : « Aussitôt en remontant des eaux il vit les cieux se fendre et l’Esprit descendre vers lui comme une colombe. » (Mc I, 10.) Venu des cieux, le Christ apporta l’Evangile puis il se retira de Jésus sur la croix et retourna d’où il venait : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », qui se traduit littéralement par « pourquoi m’as-tu laissé en arrière ? » (Mc XV, 34.) Le cri de déréliction prend alors valeur de témoignage.

Une première interprétation docétiste de l’Evangile de Pierre peut découler du verset suivant : « Et ils amenèrent deux malfaiteurs et ils crucifièrent le Seigneur au milieu d’eux. Mais lui se taisait comme s’il n’éprouvait aucune souffrance. » (v. 10.) Cette perspective est néanmoins contredite par un autre verset : « Et, s’étant irrités contre lui, ils ordonnèrent qu’on ne lui brisât pas les jambes afin qu’il mourût dans les tourments. » (v. 14.) La deuxième interprétation docétiste s’appuie sur le verset suivant : « Ma force, ô force, tu m’as abandonné. » (v. 19) qui se poursuit ainsi : « Et, ayant parlé, il fut élevé. » Sur le point de mourir, Jésus sent une force qui n’est autre que le Christ divin se retirer de lui pour être enlevée vers les cieux, tandis qu’il demeure, en son corps, pendu à la croix.

Nous ne pouvons pas reprocher à l’évêque d’Antioche d’avoir dit que l’Evangile de Pierre était un faux, puisqu’il est effectivement signé par Pierre sans pouvoir lui être attribué : « Quant à moi, Simon Pierre… » (v. 60.) L’élément majeur pour la détermination de l’époque de la composition du texte est constitué par une forte opposition au courant pharisien et rabbinique. Or, nous savons que celle-ci n’apparaît que dans les deux dernières décennies du Ier siècle pour se développer au début du IIe. Rappelons que Pierre est probablement mort en l’an 64, lors des persécutions de Néron. Il ne semble pas que l’auteur de l’Evangile de Pierre ait utilisé les Evangiles synoptiques, ni l’Evangile de Jean comme sources. Nous ne trouvons pas de mot à mot comme chez Matthieu ou Luc qui ont largement puisé dans Marc. L’auteur a probablement bénéficié d’une tradition orale qu’il a transcrite avec des arrangements conformes à ses intentions théologiques. S’il en est ainsi, les récits légendaires, absents des évangiles canoniques, qui se trouvent dans l’Evangile de Pierre revêtent une originalité intéressante. Par exemple, la triple vision de la garde au tombeau décrit le mystère de l’élévation glorieuse de Jésus et celui du tombeau vide, sans revêtir le sens d’une résurrection (Ev Pierre 35-43).

Nous possédons trois fois plus de manuscrits partiels de l’Evangile de Pierre que de manuscrits de l’Evangile de Marc. Nous pouvons avancer que celui-là fut mieux connu par les premières communautés que celui-ci. Découvert en Egypte, le manuscrit le plus complet que nous avons de l’Evangile de Pierre date du IXème siècle. Il témoigne que cet écrit était encore révéré sur les rives du Nil à cette date.

Les Actes de Paul

es Actes de Paul offrent une narration de la vie missionnaire de l’apôtre, depuis sa conversion sur le chemin de Damas jusqu’à sa mort à Rome. L’itinéraire, différent de celui des Actes des apôtres, indique que les Actes de Paul ne dépendent pas de cet ouvrage. Il n’y a que la persécution de Paul par les orfèvres d’Ephèse qui se retrouve dans les deux écrits (Ac Paul IX, 14 ; Ac XIX, 23-40). Le rédacteur, qui a rassemblé différentes traditions orales a également intégré une correspondance avec les Corinthiens (X, 2 et X, 4-5). L’ensemble est habituellement daté de la première moitié du IIe siècle. Les actes de Thècle occupent une large part de l’œuvre. Disciple de l’apôtre, Thècle bénéficiait d’une grande vénération et son prestige perdura jusqu’au Moyen Age. Au VIe siècle, l’empereur Zénon dédia une église à son nom à Séleucie et dévots et pèlerins se recueillaient sur ses mausolées d’Asie Mineure, de Syrie et d’Egypte. Elle fut sans doute une grande femme de l’imaginaire chrétien, avant Marie, la mère de Jésus. Son souvenir est toujours vivant en Europe orientale. Il n’empêche que, à cause de sa foi et de sa liberté, elle fut la plaie du courant judéo-chrétien.

Dans son opuscule « Sur le baptême », Tertullien dénie aux femmes la capacité à administrer un tel sacrement (§ 17). Il rapporte que des chrétiens s’appuient sur les actes de Thècle pour affirmer qu’elle enseignait et baptisait au même titre que les hommes. Il réfute l’argument en affirmant que le récit de la vie de Thècle est l’invention d’un prêtre de l’Eglise d’Asie (Mineure) : « Mais l’effronterie de la femme qui déjà a usurpé le droit d’enseigner n’ira pas jusqu’à s’arroger celui de baptiser, à moins que ne surgissent quelques nouvelles bêtes semblables à la première 5 . Celle-ci prétendait supprimer le baptême ; une autre va vouloir l’administrer elle-même ! Et si l’on allègue l’exemple de Thècle, à cause des Actes qui à tort portent le nom de Paul, pour défendre le droit des femmes à enseigner et à baptiser, qu’on sache ceci : c’est un prêtre d’Asie qui a forgé cette œuvre, couvrant pour ainsi dire sa propre autorité par celle de Paul. Convaincu de fraude, il avoua avoir agi ainsi par amour de Paul et il fut déposé. De fait, est-il vraisemblable que l’apôtre donne à la femme le pouvoir d’enseigner et de baptiser, lui qui ne donna aux épouses qu’avec restriction la permission de s’instruire ? » (Baptême VII, 4.) Tertullien ne justifie pas son accusation, ni ne désigne le faussaire ; par contre, il tire argument de l’apôtre en citant lui-même un faux (1 Co XIV, 35). En fait, il rejette les Actes de Paul pour résister à la popularité de Thècle et refuser l’accès des femmes à la hiérarchie ecclésiastique que le texte autorise.

Les Actes de Paul ne disent pas que Thècle baptise, mais qu’elle se baptise elle-même : « On lâcha alors de nombreuses bêtes fauves, pendant que, debout, Thècle étendait les mains et priait. Lorsqu’elle eut fini sa prière, elle se retourna, vit une grande fosse pleine d’eau et dit : « C’est maintenant le moment de recevoir le bain. » Et elle s’y jeta en disant : « Au nom de Jésus Christ, je suis baptisée à mon dernier jour. » » (Ac Paul IV, 9.) Thècle ne prétend pas fonder le droit des femmes à baptiser, mais justifie son geste de la façon suivante : « J’ai reçu le baptême, Paul. En effet, celui qui a œuvré avec toi pour la Bonne Nouvelle a aussi œuvré avec moi pour que je sois baptisée. » (Ibid. IV, 15.) Après qu’elle a traversé les épreuves du feu et des bêtes et qu’elle a reçu le baptême, Paul juge Thècle digne de l’apostolat : « Et Thècle, s’étant levée dit à Paul : « Je vais à Iconium. » Paul lui répondit : « Va, et enseigne la parole de Dieu. » » (Ac Paul IV, 16.) Quant au rédacteur des Actes, il n’a probablement pas inventé le récit. De même qu’il a évoqué la persécution de Paul à Ephèse, il a dû compiler des histoires et des légendes qui se racontaient dans son environnement, pour bâtir un roman historique.

En rejetant les Actes de Paul et en accusant le rédacteur d’avoir commis un faux « par amour de Paul », Tertullien témoigne que le véritable enseignement de Paul fait l’objet de disputes. Or, en citant la correspondance de Paul aux Corinthiens pour attester que les femmes n’ont pas droit à la parole, nous avons indiqué qu’il s’appuie lui-même sur un faux : « Comme dans toutes les communautés des saints, que les femmes se taisent dans les communautés. Non, il ne leur est pas permis de parler, mais qu’elles soient soumises comme dit la Torah. Si elles veulent apprendre, qu’elles questionnent leurs maris à la maison, car il est honteux pour une femme de parler dans une communauté. » (1 Co XIV, 33b-35.) Cette interpolation reprend la Première lettre à Timothée, elle-même reconnue comme un faux : « Que la femme apprenne en silence, en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de prendre une initiative avant l’homme, mais de garder le silence. » (1 Ti II, 11-12.) Le style d’écriture, les doctrines théologiques, la situation historique, l’ordre dans les communautés, tout, dans les lettres pastorales, diffère des lettres authentiques de l’apôtre et témoigne de la manipulation visant à corrompre son enseignement. Si Paul a bien écrit la quasi totalité de la correspondance regroupée dans la Première lettre aux Corinthiens, il n’a pas écrit les versets misogynes. Une lecture attentive montre que 1 Co XIV, 33b-35 vient briser la fluidité du texte. Nous rétablissons la logique du questionnement sur les prophètes dans la communauté en enlevant les versets interpolés. En outre, ceux-ci sont différemment placés dans le texte selon les manuscrits, comme si les scribes avaient cherché la meilleure place pour « corriger » l’enseignement de Paul en regard de la doctrine judéo-chrétienne.

Sans pousser plus avant la démonstration, nous remarquons que l’interpolation moins récente en 1 Co XI, 2-16 admet encore que la femme prophétise (v. 5), c’est-à-dire qu’elle déclame un enseignement à haute voix. La clé de la doctrine de Paul à l’égard des femmes réside dans l’abrogation de la loi et, de ce fait, dans la disparition de toute différence légale ou normative entre l’homme et la femme (Ga III, 28). Paul ne peut pas abolir la Torah : « Vous n’êtes plus sous la loi. » (Rm VI, 14.) et s’appuyer sur elle : « Comme dit la loi. » (1 Co XIV, 34.) Les communautés pauliniennes témoignent toujours de la part éminente occupées par les femmes. A l’occasion des salutations à l’Eglise de Rome (Rm XVI), l’apôtre cite plusieurs femmes qui participent activement à sa mission : Phoebé, au service de la communauté de Cenchrées (v. 1), Prisca, collaboratrice de Paul (v. 3), Junias, qualifiée de remarquable apôtre. Dans les communautés pauliniennes, les femmes servaient à l’égal des hommes ; ce qui constituait un point épineux dans leurs relations avec les communautés judéo-chrétiennes. Au fur et à mesure que celles-ci organisaient leur prééminence, elles imposaient une tout autre lecture de Paul en insérant des corrections théologiques dans la correspondance de l’apôtre et en produisant des faux, pour constituer, au bout du compte, un ensemble baroque de treize lettres dont six seulement revêtent un caractère d’authenticité. Pendant ce temps, une communauté paulinienne produisait les Actes de Paul dans le but de populariser l’enseignement dont elle était dépositaire.

Les Actes de Paul témoignent d’une révolte de l’esprit contre la société normative. Ils ne portent pas les valeurs du monde qui s’appuient sur la famille patriarcale et déroulent les hiérarchies sociales. Leur quête du bonheur ne cherche pas à satisfaire les appétences terrestres ; elle conduit les nouvelles communautés par les chemins extérieurs de l’ascèse et de la simplicité de vie. Thècle est le modèle des femmes qui choisissent la liberté plutôt que les contraintes d’un pater familias ou d’un époux. La vie ascétique libère les corps des grossesses multiples, évite l’esclavage du foyer et prédispose aux voyages : « Je vous veux sans inquiétude. » avait dit l’apôtre (1 Co VII, 32.) Cette libération des femmes, propre à la pensée paulinienne authentique, suscita une sévère opposition du parti judéo-chrétien. Il déclara hérétiques les textes qui célébraient l’opposition aux valeurs conjugales et, dans le contexte social de l’Antiquité, il se montra le plus puissant pour imposer ses vues.

L’Evangile de Thomas

e cœur du recueil appartient au christianisme le plus ancien. L’Evangile se compose de 114 paroles de Jésus ou logia, sans structure narrative, introduites par un seul verset d’auteur. La mise par écrit des enseignements est signée : « Voici les paroles secrètes que Jésus le Vivant a dites et que Didyme Jude Thomas a écrites. » Le nom est doublé par la traduction : Thomas, en araméen, et Didyme, en grec, signifient tous deux « jumeau ». Les évangiles canoniques connaissent Thomas ou Thomas Didyme, l’un des douze disciples, également nommé Jude Thomas dans la traduction syriaque de l’Evangile de Jean (XIV, 22).

Plus de la moitié des paroles rapportées par l’Evangile de Thomas ont des parallèles dans les évangiles de Marc, Matthieu et Luc, plus rarement dans l’Evangile de Jean. Il est intéressant de voir que les paraboles communes avec les évangiles synoptiques ne s’embarrassent pas ici de développements allégoriques. Or, ceux-ci peuvent être considérés comme des développements tardifs. Par sa mesure et son réalisme, l’Evangile de Thomas semble donc recueillir des paroles de Jésus plus authentiques. Repris et élaborés par le courant théologique dominant, les mêmes enseignements trouveront leur place au cœur des évangiles canoniques. Il n’empêche que l’Evangile de Thomas est aussi le résultat d’une compilation et d’un travail rédactionnel. Un certain nombre de logia revêt un caractère gnostique.

Pour mieux comprendre la composition de l’Evangile de Thomas, rappelons que les évangiles de Marc, Matthieu et Luc ont été composés sur une même trame. Aussi comportent-ils maints passages semblables. Matthieu et Luc reprennent l’essentiel de Marc. De plus, ils ont en commun un grand nombre d’enseignements retranscrits à partir d’un recueil ignoré mais facilement restitué de paroles de Jésus. Nous avons ainsi deux textes primitifs : un mémoire de Marc et un recueil de paroles que nous appelons « la Source » ou « Q ». La rédaction des évangiles a connu de nombreuses étapes. Les textes furent plusieurs fois retouchés pour répondre aux développements théologiques des communautés chrétiennes, jusqu’à la fixation du canon. L’Evangile de Marc fut finalement harmonisé avec Matthieu et Luc. Tout un processus éditorial semble conduire d’un mémoire primitif de Matthieu, en langue araméenne, (env. l’an 50) à l’Evangile de Matthieu (Antioche, env. l’an 80) ; d’un mémoire primitif de Marc (Rome, env. l’an 60) à l’Evangile de Marc (env. l’an 70) ; d’un mémoire primitif de Luc (Grèce, env. l’an 60) à l’Evangile de Luc (env. l’an 90) tardivement augmenté des Actes des apôtres. Nous comprenons bien que la foi des Eglises judéo-chrétiennes n’est pas fondée sur des recueils fidèles des paroles et des actes de Jésus, mais sur des ouvrages qui ressortent d’une succession de projets théologiques. L’Evangile de Jean eut sa propre source (Judée, env. l’an 40) ; mais, dans son édition actuelle, il est le plus récent des évangiles (Ephèse, env. l’an 100). La critique du texte révèle un long développement de rédactions et d’interprétations théologiques qui font plus particulièrement de ce document une œuvre collective. L’Evangile de Thomas a connu un processus éditorial semblable. Le recueil de paroles de Jésus qu’il constitue rappelle la Source utilisée dans la composition des évangiles de Matthieu et de Luc. Probablement de la même époque (env. l’an 40), l’édition actuelle doit être contemporaine de celle de l’Evangile de Jean (Egypte ou Syrie orientale env. l’an 100). Le logion 12 prend parti pour Jacques le Juste. Chef de la Communauté de Jérusalem, le frère de Jésus joue un rôle important chez les gnostiques. Il représente une tradition secrète, différente de celle des douze : « Les disciples dirent à Jésus : « Nous savons que tu nous quitteras. Qui deviendra le plus grand parmi nous ? » Jésus leur dit : « Où que vous soyez allés, vous irez vers Jacques le Juste, pour qui ont été faits le ciel et la terre. » »

La Source, à laquelle ont puisé Matthieu et Luc, était un document grec de référence pour la première génération chrétienne. Nous y trouvons notamment le récit des tentations de Jésus (Mt IV, 3-11 ; Luc IV, 3-13) et celui de la guérison du fils du centurion (Mt VIII, 5-13 ; Lc VII, 1-10). Sans cette Source nous ne connaîtrions davantage ni la prière enseignée par Jésus (Mt VI, 9-13 ; Lc XI, 2-4), ni les béatitudes (Mt V, 2-12 ; Lc VI, 20-23), deux enseignements fondamentaux inconnus de Marc et de Jean. Par contre, les recueils de paroles que constituent la Source primitive et l’Evangile de Thomas ne soufflent mot de la mort et de la résurrection de Jésus. Le drame de la crucifixion n’est encore ni exalté ni sublimé et la théologie de la rédemption par la croix du Christ n’est pas élaborée. Rejeter l’Evangile de Thomas parce qu’il ne dit rien du « mystère de la rédemption », c’est aussi rejeter la Source des paroles de Jésus qui constitue le cœur primitif des évangiles de Matthieu et de Luc. De même que les évangiles synoptiques construisent l’originalité judéo-chrétienne sur une théologie de la croix, l’Evangile de Thomas inaugure la gnose chrétienne et fonde une sagesse basée sur la connaissance des mystères de la vie et de la mort. Il nous montre que l’interprétation de l’avènement de Jésus par l’Eglise dominante est un choix théologique et qu’une interprétation différente n’enlève rien à la qualité chrétienne.

Correctement décryptés et suivis, les logia rapportés par l’Evangile de Thomas donnent accès à la vie éternelle : « Celui qui trouvera l’interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort. » (v. 1.) Effectivement, le sens des sentences n’est pas immédiatement compréhensible. Le chrétien doit élever son intelligence et suivre la démarche initiatique qui éclaire les paroles de Jésus. Le discernement n’est pas le commencement de la vie chrétienne, mais son accomplissement. L’Evangile de Thomas s’adresse à des esprits illuminés par la gnose. D’ordre ésotérique, les enseignements ne peuvent être compris que de ceux qui possèdent la clé du système spirituel et de sa symbolique.

La pensée gnostique, inspiratrice d’un certain nombre de logia de l’Evangile de Thomas, constitue la synthèse du platonisme et du christianisme. Le mythe de la création y revêt le caractère d’une catastrophe cosmique par laquelle des parcelles d’esprit furent jetées dans la matière, comme autant d’étincelles divines, pour, finalement, se retrouver emprisonnées dans des corps humains. L’esprit est a priori étranger à ce monde. A partir d’une prise de conscience qui inverse les valeurs mondaines, le gnostique acquiert la connaissance de lui-même et découvre une sagesse qui n’est pas la sagesse du monde. Le projet d’immortalité le conduit à s’arracher de la nature du monde. Le cheminement vers la connaissance l’amène à un retournement de la pensée et à une vision pessimiste de la création : « Celui qui a connu le monde a trouvé un cadavre, et celui qui a trouvé un cadavre, le monde n’est pas digne de lui. » (logion 56.) La nature du monde consiste en effet à mêler la mort à la vie, au point que cette vie-là, la vie des corps et des organismes vivants, ne peut-être, à proprement parler, la vie. Les deux termes complémentaires, vie et mort, sont si étroitement liés, qu’ils sont interchangeables. Dans le cycle des réincarnations, toute vie se nourrit de la mort et toute mort nourrit la vie.

Le gnostique sait qu’une âme dans l’erreur porte des pensées réduites aux appétences du corps. Elle est ainsi prisonnière d’un ensemble de désirs et de passions liés aux sens. L’ignorant ne vise pas la connaissance vraie, mais la satisfaction de ses intérêts pour une vie qui ne se différencie pas de la mort. Au contraire, en élevant l’esprit en son âme, le gnostique parvient à se connaître lui-même. Il perçoit son corps comme un simple vêtement. Il s’agit d’un bien qui lui appartient, sans pour autant être lui-même. Grâce à ce changement de perspective, le gnostique se libère peu à peu des nécessités du corps jusqu’à concevoir sa propre éternité dans l’immortalité de l’âme. Il a alors vaincu la mort : « Lorsque, pareils à de petits enfants, vous vous déshabillerez sans avoir honte et que vous prendrez vos vêtements et les piétinerez, c’est alors que vous verrez le fils du Vivant ; et vous n’aurez pas peur. » (logion 37.) Cette sentence reflète la vision de Paul déjà citée : « De sorte que désormais nous ne connaissons plus personne selon la chair ; même si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. »

Conscients que l’esprit éclaire leurs âmes, les gnostiques se présentent ainsi : « Nous sommes venus de la lumière, du lieu où la lumière est issue d’elle-même ; elle s’est dressée et elle s’est manifestée dans l’image des hommes. » ; « Nous sommes ses fils et les élus du Père vivant. » Parce que la connaissance d’eux-mêmes leur révèle qu’ils ne sont pas la contradiction du corps et de l’âme, mais seulement l’âme spirituelle, les gnostiques peuvent se dire fils de la lumière, élus du Père vivant (logion 50). Leur sagesse consiste à se connaître en tant qu’âme et à considérer le corps comme une chose extérieure. En ce sens, Jésus peut dire de lui-même qu’il n’a pas été engendré par une femme. Sa mère a engendré son corps ; mais le corps, ce n’est pas lui : « Jésus a dit : « Quand vous verrez celui qui n’a pas été engendré par une femme, alors, prosternez-vous, la face contre terre, et adorez-le : c’est lui votre Père. » (logion 15.) Le Père du gnostique n’est pas le créateur, père des corps mortels, mais Jésus lui-même qui, en tant que modèle et source d’inspiration enfante dans l’esprit : « Jésus dit : « Celui qui s’abreuvera à ma bouche deviendra comme moi. Moi-même, je deviendrai lui et ce qui est caché lui sera révélé. » » (logion 108.)

La question existentielle est posée de savoir si les corps sont apparus pour servir de vêtements aux étincelles d’esprit tombées dans la matière ou si les corps, dans leur complexité et par l’élévation des âme, ont suscité l’esprit en eux : « Jésus dit : « Si la chair est venue à l’existence à cause de l’esprit, c’est une merveille ; mais si l’esprit est venu à l’existence à cause du corps, c’est une merveille des merveilles. Mais moi, je m’émerveille de ceci : Comment cette grande richesse a-t-elle habité dans cette pauvreté ? » » (logion 29.) La problématique de l’immortalité amène le gnostique à penser la mort différemment. A l’écart du monde de la matière, c’est-à-dire du monde sensible, il fait la part de ce qui dépend du corps et de ce qui est du ressort de l’âme. Il se sent âme, un instant sur la terre : « Jésus a dit : « Devenez passant. » » (logion 42.) Sachant que le corps est mortel, ceux qui ne savent vivre que par et pour le corps, ceux qui ignorent la qualité immortelle de l’âme sont comme morts. Seule l’âme en effet ne peut périr, puisqu’elle est, par définition, la vie. La question de la mort trouve alors sa réponse : « Ceux qui sont morts ne vivent pas, et ceux qui vivent ne mourront pas. » (logion 11.)

Le royaume de Dieu revêt ici la forme d’un concept abstrait. L’âme purifiée de toute sensualité est pleine de l’esprit. Par le regard intérieur, le gnostique contemple le royaume de Dieu en lui-même et le perçoit en tous les fils du Christ : « Jésus dit : « Si ceux qui vous guident vous disent : « Voici, le Royaume est dans le ciel », alors les oiseaux du ciel vous précèderont ; s’ils vous disent qu’il est dans la mer, alors les poissons vous précèderont. Mais le Royaume est à l’intérieur de vous ; et il est à l’extérieur de vous. Lorsque vous vous reconnaîtrez, alors on vous reconnaîtra ; et vous saurez que c’est vous les fils du Père vivant. Si au contraire vous ne vous connaissez pas, alors vous êtes dans la pauvreté, et c’est vous la pauvreté. » » (logion 3.) La clé du royaume réside dans l’unité de la personne, c’est-à-dire dans la plénitude de l’âme. Celle-ci ne s’acquiert pas sans effacer les fausses croyances, sans s’affranchir du joug des traditions, sans se libérer des émotions et de l’illusion des sens, bref, sans se détacher des perversions du monde sensible. C’est alors que les âmes communient dans le même esprit, sans contradiction possible.

Tel est le royaume de Dieu : « Jésus vit des petits qui suçaient le lait. Il dit à ses disciples : « Ces petits qui sucent le lait sont semblables à ceux qui entrent dans le royaume. » Ils lui dirent : « Alors, en devenant petits, nous entrerons dans le royaume ? Jésus leur répondit : « Lorsque vous ferez des deux un, et que vous ferez l’intérieur comme l’extérieur, et l’extérieur comme l’intérieur, et le haut comme le bas, et que vous ferez du mâle et de la femelle un seul et même être, de façon que le mâle ne soit plus mâle et que la femelle ne soit plus femelle, (…) c’est alors que vous entrerez dans le Royaume. » » (logion 22.) Cet appel à l’unité est déjà chez Paul : « Il n’y a pas de Juif ni de Grec ; il n’y a pas d’esclave ni d’homme libre ; il n’y a pas de mâle ni de femelle ; car tous, vous êtes un dans le christ Jésus. » (Ga III, 28.) Il s’agit ici de la conséquence de l’abolition de la loi et de l’instauration de la relation d’amour entre chrétiens. Le sens ésotérique du logion de l’Evangile de Thomas renvoie à l’âme purifiée, élevée au-delà des catégories de l’entendement. L’enfant à la mamelle n’a pas encore pris conscience de son extériorité. Il ne possède pas davantage la notion du haut et du bas.

Nous trouvons un logion intéressant sur l’opposition entre la doctrine judéo-chrétienne, qui écarte les femmes, et la doctrine gnostique, qui les intègre au rang des hommes : « Simon Pierre leur dit : « Que Marie (de Magdala) nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie. » Jésus dit : « Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle de façon qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui sera mâle entrera dans le royaume des cieux. » » (logion 114) En référence au logion 22 précédemment cité, se faire mâle signifie indifférencier l’homme et la femme.
Nous savons que dans les communautés gnostiques, de même que dans les communautés pauliniennes, les femmes étaient admises à l’égal des hommes. Nous pouvons faire appel à Thècle pour comprendre le logion 114 qui clôt le recueil. Lorsque, après avoir échappé au bûcher, Thècle retrouve Paul, elle lui dit ceci : « Je vais me faire couper les cheveux, et je te suivrai partout où tu te rendras. » (Ac Paul III, 25.) Par ce geste, Thècle se fait homme. Après avoir échappé aux bêtes, elle décide de rejoindre Paul à Myre : « Elle prit alors de jeunes serviteurs et de jeunes servantes, se ceignit les reins, et, arrangeant sa tunique pour en faire un manteau à la manière des hommes, elle s’en alla à Myre. » (Ibid. IV, 15.) Ayant retrouvé Paul, elle lui annonce son intention de se rendre à Iconium. Celui-ci lui répond : « Va, et enseigne la parole de Dieu. » (Ibid. IV, 16.) Thècle ne devient donc apôtre qu’après avoir revêtu l’apparence d’un homme. Dans une société fortement patriarcale, la femme ne peut avoir accès à l’intensité de la vie spirituelle sans se libérer des contraintes qui pèsent sur elle, c’est-à-dire, sans refuser la condition de servante, de parturiente et de mère au foyer. Sauf à être socialement considérée comme une prostituée, la femme célibataire doit se glorifier par sa chasteté et se présenter comme vierge.
Subjuguée par le discours de Paul, Thècle, « ennemie du mariage » (Ibid. III, 20), décide de ne pas épouser Thamyris pour devenir, tel un homme, maîtresse de sa propre vie.

1 Il peut s’agir de Rhossos de Cœlé-Syrie, au sud du Liban actuel, ou de Cilicie, au sud de la Turquie, les deux se trouvant sous la mouvance de l’évêque d’Antioche.

2 Sérapion est devenu évêque d’Antioche en l’an 199.

3 « Il ne faut pas, disent-ils, recourir aux prophètes » ; « Dieu n’est pas le Tout-Puissant » ; « Il n’existe pas de résurrection de la chair » ; « Le modelage des humains n’est pas l’œuvre de Dieu » ; « Il ne faut pas croire que le Seigneur est venu dans la chair, ni qu’il a été engendré de Marie » ; « Le monde n’est pas l’ouvrage de Dieu, mais des anges ». (3 Co in Ac Paul X, 2.)

4 Les cathares du Moyen Age s’opposent ici à la doctrine de l’Evangile de Jean, puisqu’ils portent l’idée que le Christ n’a reçu aucune servitude corporelle, qu’il n’est ni mort, ni ressuscité. Ils nient que le Christ ait eu part à la création ancienne et se révèlent en cela comme des ultra pauliniens.

5 La « première bête » est une femme qui dirige la communauté caïnite de Carthage. L’enseignement porté par ce courant gnostique oppose le dieu créateur et le dieu rédempteur, le corps et l’âme. Il réhabilite Caïn, injustement persécutés par le créateur et dépositaire de la vérité révélée. Les caïnites auraient argué du caractère naturel du corps pour justifier la libération des moeurs. Leur dualisme absolu et leur doctrine de la justification par la foi leur faisaient rejeter l’action spirituelle d’un élément naturel tel que l’eau.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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