Philosophie cathare


La pensée cathare peut-elle constituer un nouveau lien social ?


La pensée cathare peut-elle
constituer un nouveau lien social ?

Yves Maris - Novembre 2008

A société semble tenir pour quelques temps encore sur des bases, une structure et un ordre ancien. Le judéo-christianisme de caractère hellénistique a depuis longtemps accouché d’une règle morale qui prétend toujours désigner le bien et le mal et normaliser les relations humaines. L’empreinte est si forte que les laïques y adhèrent au moins autant que les croyants, si ce n’est que, pour les uns, les devoirs envers l’humanité effacent ceux qui sont dus à Dieu, tandis que, pour les autres, ils les complètent. Une éthique accommodée constitue la base de la démocratie parlementaire et maintient les possibilités du système économique. Le mur d’enceinte qui protège la société se fissure. L’argile qui lie ses bases idéologiques montre les limites des contraintes supportables. Le judéo-christianisme perd rapidement sa nature de liant. Les générations nouvelles ignorent tout des croyances d’autrefois. L’histoire est une séquence de civilisations ; aussi ne devons-nous pas être étonnés que la nôtre passe à son tour. Au mieux, nous entrons dans une période d’accompagnement de la délitescence.

Une autre croyance ou une idéologie originale pourrait combler le vide, relier la société, répondre aux aspirations et aux espérances d’une multitude bêtement vouée au matérialisme. Mais une religion nouvelle ne se décrète pas. Elle est souvent le rejeton d’une vieille souche toujours vivante, tel le christianisme des origines issu du judaïsme. Elle est parfois la synthèse de diverses croyances, tel le manichéisme, union du christianisme, du bouddhisme et du zoroastrisme en une seule foi. Un peuple sans aspiration spirituelle forte voit sa conscience s’évanouir. Les structures de l’Etat subsistent, mais chacun voit qu’elles plient sous la pression des foules ignorantes (a-gnostiques). Les hommes qui constituent le cadre politique post-révolutionnaire ne se distinguent plus des électeurs. Les rangs se brouillent et nul n’est à sa place. L’administration locale se complique comme un château de cartes sans que chaque pièce ajoutée ne provoque l’admiration de quiconque. A la porte des églises closes, le prêtre n’est plus qu’un souvenir qui se dissimule en habit ordinaire. L’Eglise s’est épuisée à porter douze siècles durant le credo de Nicée. Il fut la chance de l’Empire romain finissant et donna vigueur au Moyen Age. Il est la première cause de l’anéantissement des âmes. Qui ne voit la lassitude des derniers fidèles à rabâcher sans conviction une théologie éculée et des mythes antiques ?

La pensée cathare peut-elle constituer un nouveau lien social ? Peut-elle réussir dans une république démocratique égarée ce que le Moyen Age monarchique et catholique ne lui a pas permis de réaliser ? La question touche au paradoxe puisque nous savons que le catharisme se veut hors du monde qu’il sait ne pouvoir changer en son essence et qu’il n’a a fortiori aucune vocation à diriger. Il n’empêche qu’il peut s’inviter à éclairer la société moderne d’une spiritualité chrétienne retrouvée. Le renouveau cathare se rattache à la longue tradition du dualisme marcionite affirmé dès le IIe siècle, parallèlement à la théologie romaine, et qui connut une floraison remarquable dans l’Occitanie du XIIIe siècle. L’histoire montre qu’une telle vision du monde, avec la tension qu’elle présuppose entre la matière et l’esprit, a pu s’organiser en un système religieux ou quasi-religieux, délivrer un enseignement et élaborer une conduite de vie. Il n’empêche que le mot religion ne nous semble pas aujourd’hui pertinent pour désigner le redéploiement de la pensée cathare.

Le principe supérieur immanent au monde et cause de la destinée humaine est le dieu créateur à qui nulle obéissance n’est due. L’attitude intellectuelle et philosophique qui résulte d’un tel postulat ne peut constituer une conduite de vie et un modèle social qu’a contrario. Nous devrions presque parler d’une anti-religion dès lors que la quête du vrai interdit d’entrer dans un système de croyances, que le rejet du droit positif efface toute norme morale, que la voie de la simplicité échappe aux rituels. La gnose, le discernement de la conscience et la sagesse fondée sur la non-violence n’ont jamais formé de religions, mais plutôt des écoles philosophiques. Dans l’esprit, Jésus fut certainement plus proche de Pythagore, de Socrate, de Diogène et d’Epicure que n’importe quel grand prêtre ou pape de Rome ne le fut de lui.

Le catharisme ne peut se développer dans la modernité que comme une école de sagesse tendue vers le dieu inconnu. Les cathares privilégient la simplicité et la vie de l’esprit en eux-mêmes. Ils ne prétendent pas former un groupe particulier à l’intérieur de la société, mais autant d’individualités conscientes et reliées, sources remarquables d’une vie différente que celle que le monde impose aux vivants.



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