Philosophie cathare


L’objectivité en histoire peut conduire...


Quand l’objectivité en histoire
peut conduire à l’inverse du but recherché

Yves Maris - Avril 2008

En tant qu’auditeur, j’ai assisté à une « conférence à deux voix » donnée par Mme Anne Brenon, historienne du catharisme médiéval, et par M. Michel Jas, pasteur protestant (Eglise réformée de France). M. Roger Parmentier, pasteur « hérétique », a présenté les conférenciers. « Je pense, a-t-il affirmé, que les cathares étaient plus chrétiens que ne le sont et que ne l’ont été les catholiques et les protestants. » Dans son enthousiasme, il a dit tout le bien qu’il pensait de l’œuvre de Mme Brenon et tenta de conclure en suggérant que celle-ci, par son travail, « ressuscitait » les cathares. Le contresens n’a pas échappé à l’historienne qui a rapidement rectifié l’erreur d’interprétation en assurant le public de sa démarche strictement « laïque » : « Je ne crois ni à diable ni à dieu, a-t-elle dit, je suis une vivante d’aujourd’hui qui parle des vivants d’autrefois. »

L’objectivité en histoire peut conduire à l’inverse du but recherché. Le bon historien devrait dépasser les faits et chercher à pénétrer l’intériorité des acteurs qu’il fréquente. Le refus de l’esprit condamne l’historienne de la religion à ne connaître les cathares du Moyen Age que du dehors. Comment entrer en intimité avec eux sans une connivence philosophique et religieuse, sans tenter aussi de reprendre leur expérience de vie ? En dressant une barrière idéologique, l’historienne ne fait-elle pas preuve de réductionnisme ? Elle pose a priori l’hypothèse qu’il n’y a rien à connaître au-delà des faits. Il n’y aurait que des éléments factuels et le néant.

Dénier l’existence aux cathares d’aujourd’hui ne résulte pas d’une analyse scientifique. L’argumentaire emprunte tant à la magie qu’à la théologie catholique.

Pour Mme Brenon, les cathares sont définitivement morts et leurs cendres dispersées, parce que « l’imposition des mains ne peut plus être pratiquée ».




De deux choses l’une,

- ou la perfection de vie est liée à ce rituel, et il prend alors valeur d’incantation magique,

- ou le rituel atteste la transmission conforme de l’enseignement de Jésus et l’argument n’est pas davantage recevable.

Croire que la chaîne spirituelle par imposition des mains fut ininterrompue depuis le premier baptême au nom de Jésus est de l’ordre de la foi, non de la certitude historique. Quand bien même la chaîne serait en principe sans défaut, quelle valeur de parfaite continuité pourrait-on donner à un lien arborescent qui dessine la variété des interprétations du message initial ? Seul un nouvel inquisiteur pourrait refuser la vie à un cathare d’aujourd’hui et effacer la pensée originale qu’il porte dans son âme.

Lorsque j’ai été invité à l’ouverture du synode de l’Eglise réformée évangélique de France, il y a quelques jours au Mas d’Azil, j’ai trouvé le pasteur Bernard Bordes bien plus charitable que l’historienne. Il a présenté « le théologien cathare » et l’évêque catholique avec une égale simplicité à l’assemblée.

La thèse de Mme Brenon n’est pas nouvelle. Irénée de Lyon l’a élaborée à la fin du IIème siècle. Le pape Benoît XVI se fonde sur cette doctrine pour refuser aux protestants la légitimité de se constituer en Eglise. Ils ne sont à ses yeux qu’une communauté ecclésiale « en rupture avec la chaîne sacramentale ». Il n’est pas suivi par l’évêque de Pamiers pour qui l’unité en Jésus le Nazaréen est première. Aussi, importe-t-il moins que l’arborescence des Eglises se déploie dans la diversité des textes et des interprétations.



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