Philosophie cathare


De Babylone à Manhattan

De Babylone à Manhattan

e Seigneur envoya un vent violent sur la tour et la renversa à terre. Elle se trouvait entre Assur et Babylone, dans le pays de Sinear. On l’appela « La Ruine ». (Jub. X, 26). La légende de la tour de Babel, telle que nous la découvrons dans la tradition des Hébreux, représente un mythe fondateur de la société en laquelle nous vivons. En quoi l’écroulement des Twin Towers de Manhattan pourrait-il devenir, avec le temps, un drame également fondateur ?

Au regard de Yhwh, le délit est constitué par le désir de Nemrod et des bâtisseurs de Babel (Bâb-ili : « Porte de Dieu ») d’exister en tant que « peuple de la terre », et d’adorer Marduk, cet autre créateur que lui-même : « Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons ! Briquetons des briques et flambons-les à la flambée ! » » La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Puis ils dirent : « Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour, dont la tête soit dans les cieux et faisons-nous un nom. » (Gn. XI, 2-5). Le briqueteur grave son nom sur l’objet de sa fabrication pour en réclamer le paiement. Autour d’Abraham (1ère moitié du 2e millénaire av JC), douze fidèles de Yhwh refusent d’inscrire leurs noms sur les briques d’argile: « Nous ne plaçons pas nos pierres avec vous et nous ne joignons pas notre volonté à la vôtre. Nous ne connaissons qu’un Seigneur, et c’est lui que nous adorons. » (Ant. bib. VI, 4).

La rhétorique de ce récit est habituelle dans la Genèse : Le délit est suivi d’un terrible châtiment et, finalement, de la miséricorde qui sauve. C’est ainsi que, chassés du paradis, Adam et Eve sont revêtus de tuniques de peau ; condamné à l’errance, après le meurtre de son frère, Caïn est marqué d’un signe de protection ; proche de Noé, « un reste » est sauvé des eaux déversées sur le genre humain. Dans l’épisode de la tour de Babel, les hommes oublient l’hébreu (langue originelle) ; ils sont condamnés à la confusion du langage et à la dispersion ; mais « le peuple du Seigneur » retrouve son unité grâce à Abraham, qui guide les Hébreux hors de Chaldée, vers le pays de Canaan. Cette logique récurrente à valeur de paradigme dans la pensée judéo-chrétienne.

Dans le récit de la Genèse, il n’est pas dit explicitement que les hommes fussent pécheurs. Mais l’on connaît les fonctions de la ziggourat, comme trait d’union entre le ciel et la terre et comme observatoire astrologique. « Ils voulaient s’élever jusqu’au ciel étoilé. » (Or. sib. III, 100).

L’effondrement des Twin Towers de Manhattan représente, à n’en pas douter, un moment aussi considérable que la réalité historique qui créa la légende de Babel. Le World Trade Center constituait l’œuvre de l’ingéniosité, du travail et de la science des hommes. Il s’élevait dans le ciel étoilé et témoignait de la puissance des Etats-Unis d’Amérique, comme la ziggourat affirmait la puissance chaldéenne. Son édification ne répondait pas à un vrai sentiment religieux. Mais il se donnait comme justification d’un dieu qui reconnaît la valeur du dollar, si ce n’est celle du denier de l’impôt dû à César. Le World Trade Center était en effet voué à la circulation de l’argent. Idole d’une religion temporelle, il prétendait signaler le centre du monde en un sens hautement matérialiste.

Comme dans le récit de la tour de Babel, deux dieux créateurs sont en contradiction, et leurs fidèles s’affrontent. D’une part, l’opulence des Etats-Unis et le prestige des Twin Towers résultent de la fidélité à Yhwh (par le biais de la tradition judéo-chrétienne). D’autre part, le dieu de Oussama Ben Laden est réputé avoir guidé les kamikazes, pour mettre à bas l’objet d’orgueil. Certes, en termes bibliques, nous avons à faire, de part et d’autre, au même dieu créateur et grand ordonnateur de l’histoire des hommes : le dieu d’Abraham. Or, si chaque parti est fondé à revendiquer sa parole et le concours de sa puissance, le Créateur ne possède pas cette première qualité divine qu’est l’universalité.

Il est intéressant de remarquer que le drame de Manhattan est mis en relation avec Bagdad, c’est-à-dire Babylone, comme s’il y avait une mystique de l’histoire, pour un clin d’œil. Avec quelques quatre mille ans d’écart, Babylone et New-York ont été également frappées pour avoir eu la prétention de dominer le monde du haut de leur tour. Si un mythe moderne devait se former sur l’événement du 11 septembre 2001, il devrait dire que les tours de Manhattan sont tombées parce que l’Amérique avait oublié Yhwh et choisi Mamon (« La Richesse » en araméen). Oussama ben Laden devrait alors apparaître comme la main de Yhwh ; d’autant que celui-ci nous a montré par ailleurs qu’il sait châtier, à son tour, celui qu’il a lui-même utilisé en vue du châtiment. Il semble cependant que l’Amérique ne soit pas prête à un tel acte de contrition, ni à remettre en question le way of life qu’elle cherche à rendre universel.

L’on a voulu nous faire accroire que tandis que les hommes commercent, ils ne se font pas la guerre. Pourtant, lorsque la satisfaction des désirs devient excessive, le commerce et la guerre ont le même but : l’enrichissement des gagneurs. Après l’anéantissement des rebelles d’Afghanistan, la logique devrait conduire les Etats-Unis d’Amérique à pousser leur avantage moral, en cherchant à maîtriser les gisements pétrolifères du Moyen-Orient. Bagdad devient opportunément la nouvelle Babylone ou le royaume du mal. La rhétorique biblique voudrait, en effet, que le châtiment passé, Yhwh accorde la miséricorde à l’Amérique, par un nouvel avantage économique issu d’une guerre victorieuse au joli nom de « bénédiction ».

L’erreur en tout cela consiste à vouloir croire en un dieu personnel et à lui confier la justification de l’histoire des hommes. En tant que créateur, ce dieu adhère nécessairement aux lois cruelles de la nature. Ainsi parle Yhwh à Moïse : « J’enverrai ma terreur au-devant de toi et je mettrai en déroute tout peuple chez qui tu entreras. » (Ex. XXIII, 27). La condition humaine, chargée d’appétits, de violences et de passions, est bien plus sûrement l’apanage du diable que celle de Dieu. Les choses seraient plus claires si les hommes commettaient leurs férocités et leurs conquêtes au nom même de Satan.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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