Philosophie cathare


Mais nous sommes dans le monde


Mais nous sommes dans le monde

Yves Maris, le 09/12/2002

es lois économiques nous sont aujourd’hui imposées comme une fatalité. L’on affirme qu’elles correspondent à l’ordre naturel du monde dans lequel nous vivons. Elles sont érigées en dogme véritable. Telle est la conclusion tirée de la fin des utopies collectivistes que « les décideurs mondiaux » dictent désormais à la multitude des hommes.

« La simplicité » constitue notre projet personnel. Nous pouvons contribuer à édifier un autre monde possible, dans lequel la puissance de l’argent se limiterait aux échanges nécessaires. Nous pouvons refuser de nous lier à des pouvoirs qui cherchent à manipuler nos vies, nos sentiments et nos désirs. Décidons de nous affranchir des impératifs de rentabilité et de profit. Affirmons que la vie biologique, la terre, l’air, l’eau et le soleil constituent les biens inaliénables de la condition humaine. Assumons notre destin collectif. Nous sommes des éclats d’intelligence, et notre responsabilité est de donner, ici-bas, une forme à l’Esprit.

Les valeurs humaines et spirituelles s’effacent, tandis que la politique se dérobe. L’emprise des forces économiques et matérielles devient tentaculaire. Les gouvernements impuissants et les citoyens abandonnés se soumettent à la fatalité de la mondialisation mercantile. Celle-ci correspond à une stratégie délibérée qui organise la course au butin par un maillage d’institutions et de lois. L’Organisation Mondiale du Commerce, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et le réseau des entreprises multinationales imposent leurs volontés aux états nanifiés.

C’est une adversité insaisissable et inaccessible, qui se situe hors du champ démocratique, que nous devons connaître. Sa puissance est gigantesque : elle concentre toutes les formes de capital. Sa sophistique est terrible : elle écoule une aimable propagande par son emprise sur les médias. Osons répéter : « Vous avez pour père le Diable » ! (Jn. VIII, 44)

Contre la ligue mondiale des faiseurs d’argent, des affameurs et des pollueurs, nous devons repenser « la politique », au sens de participation à la raison universelle (logos) que lui donnait la sagesse stoïcienne. Nous devons développer notre réflexion néo-gnostique, susciter un questionnement et proposer aux hommes un tout autre regard sur le monde, ouvert aux vertus de la conscience universelle.

La valeur de l’homme ne dépend pas de son avoir, mais de son être plein de l’Esprit. Edifions une société nouvelle dans laquelle les valeurs qualitatives (éthiques et politiques, sociales et culturelles, biologiques et spirituelles) ne seront pas réductibles à une valorisation monétaire. Cherchons les richesses de l’âme et la simplicité de vie avec méthode.

L’idée de liberté ne se limite plus à la liberté d’expression ou à celle d’aller et de venir. Elle englobe désormais le droit de vivre hors du légalisme excessif, de la tyrannie du système bancaire mondial et de la dictature des entreprises multinationales. Les hommes libres affirment que la vie, l’amour, la mort, la nature, la culture, ne sont pas des marchandises qui se vendent, s’achètent et se négocient ! Notre environnement humain appelle une nouvelle sacralité.

L’idée d’égalité n’est plus mesurable devant la loi. Doit-on croire qu’il soit équitable que le droit commercial, voire le droit du travail, soit le même pour tous ? Peut-on encore parler de justice, lorsque le paysan ou l’artisan se voit imposer un système normatif qui réfute son activité traditionnelle si profondément humaine ; tandis que ce même système favorise la production de masse et la rentabilité de la grande entreprise si extrêmement inhumaine ?

L’idée de fraternité commence, pour chacun d’entre nous, sur le pas de sa porte ; mais elle s’élargit comme expression de la solidarité mondiale. Elle refuse l’homogénéisation mercantile des territoires et du monde entier. Elle affirme la richesse de la diversité culturelle et valorise la contribution de chaque culture à l’édification d’une société mondiale.

Les gouvernants, côté pile, sont impuissants à affronter le défit majeur de la mondialisation. Ils s’accrochent à des formules démocratiques vides comme à des ombres. Ils sont paralysés, impuissants à réagir face aux menaces redoutables qui se profilent dans l’aube du siècle. Finalement, ils se désavouent eux--mêmes et se rallient à la mondialisation mercantile. Côté face, ils ne se cachent pas derrière des mots. Ils entonnent clairement la vulgate mondialiste des affairistes.

Comme des voyageurs sur la terre, nous n’avons pas d’autre choix, pour notre part, que d’affronter les tempêtes de la mondialisation dans le vaisseau européen ou de sombrer dans le déluge d’une fin de monde. La ligne politique européenne cherche l’équilibre entre le bien-être marchand qui s’acquiert par le travail, la solidarité sociale et le développement des services publics. Nous pouvons attendre de l’Union Européenne qu’elle lève son étendard politique, qu’elle démocratise la vie économique et sociale, qu’elle constitue un obstacle à la globalisation. Il n’en reste pas moins que l’utopie nous appartient.

Nous devons rendre sens à l’idée de solidarité. Son effacement entraîne, chez nous, l’irrépressible montée de la misère et la terrible aggravation des inégalités ; ailleurs, elle provoque un éloignement irrémédiable des peuples de la terre. L’immigration en excès ne se limitera que par une volonté européenne de venir en aide aux hommes qui souffrent, dans leurs pays, des maux de la misère compliquée d’indifférence.

Nous devons nous attacher à soustraire à l’économie monétaire les biens fondamentaux de la vie humaine tels que la santé, l’éducation et la culture. Les activités économiques sociales et solidaires doivent être protégées. Quant à l’amour, celui qui fait vivre l’Esprit, il dépend de chacun de nous qu’il constitue peu à peu le lien entre les hommes.

Nous apercevons une frange radicalisée de la jeunesse qui redécouvre l’engagement politique à travers l’anti-mondialisation. Les organisations politiques traditionnelles sont récusées au profit d’une organisation en réseaux. Les mots d’ordre touchent à la défense de l’environnement, à l’intérêt des consommateurs, à l’annulation de la dette des pays pauvres, à la préservation de la culture. Face à la mondialisation ultra-libérale et à l’arrogance des profiteurs, une révolution mondiale se cherche. Sachons l’accompagner et faisons en sorte qu’elle soit non-violente.

Le christianisme, dans son interprétation de détachement au regard du monde et de la matière, a un rôle éminent à jouer. Il est porteur du pur amour et des idées de liberté et de solidarité. Il nous appartient de le faire revivre, à travers nous, élargi aux dimensions de cet autre monde possible.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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