Philosophie cathare


La conscience universelle contre l'Empire

La conscience universelle
contre l'empire

Yves Maris, le 17/03/2003

e Conseil de sécurité de l’Organisation des nations unies (ONU) a la responsabilité de veiller aux menaces pour la paix. Il garantit l’action rapide et efficace de l’Organisation. La Charte de l’ONU lui confère la charge principale du maintien de la paix et de la sécurité. La guerre n’est pas la raison d’être de l’Organisation. La paix constitue son fondement. Le prix Nobel 2001 lui a été attribué, en même temps qu’à son secrétaire général, Kofi Annan. L’on ne compte pas moins de treize prix Nobel de la paix décernés à des personnalités ou à des organisations liées à l’ONU.

Si l’autorité morale de l’ONU et le droit international dont elle est garante venaient à être bafoués, l’image d’une Société des nations déconsidérée resurgirait de l’Histoire. Rien ne justifie en droit une guerre contre l’Irak. La Charte de l’ONU prévoit d’autoriser les forces armées dans deux conditions : En cas de légitime défense, d’une part ; lorsque le Conseil de sécurité décide de répondre à une attaque ou à une menace pour la paix, d’autre part.

Dans la crise irakienne, la deuxième condition a fait l’objet de toutes les pressions diplomatiques pour justifier le recours aux forces armées. En forme de pétition de principe, l’argumentaire des Etats-Unis est étonnamment vide. Si chacun reconnaît que Saddam Hussein est un homme dangereux, l’Irak, considérablement affaibli, est loin de menacer la paix mondiale. Le Conseil de sécurité, dans sa majorité qualifiée, n’est donc pas prêt à donner un blanc seing à une coalition menée par les Américains. La fameuse résolution 1441 exige le désarmement de l’Irak. L’ensemble des armes « de destruction massive » qu’il possède encore doit être remis à la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection de l’ONU (UNMOVIC) et à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Il est avéré que le désarmement se poursuit dans des conditions relativement bonnes, compte tenu des circonstances paradoxales qui semblent indiquer que le désarmement précède la guerre !

Les Etats-Unis ont vainement tenté d’obtenir un vote favorable à la guerre auprès du Conseil de sécurité. Le Premier ministre du Royaume-Uni a qualifié de « déraisonnable » l’intention de la France de voter contre la guerre « quelles que soient les circonstances ». Il indiquait qu’il serait raisonnable de ne pas en tenir compte. Faute de majorité au Conseil de sécurité, les Etats-Unis ont finalement décidé de se placer en dehors de la légalité internationale pour faire la guerre en Irak. Les va-t-en guerre sont donc prêts à faire fi de l’autorité de l’ONU, pour une raison que la raison internationale ignorerait. L’on comprend que la crise irakienne dépasse la question d’une guerre à laquelle chacun se prépare. L’alignement des combattants touche la conscience universelle. Un déni de droit international aussi caractérisé consacrera le droit du plus fort. Il justifiera, par avance, toute agression en vue de le contester. Il ébranlera l’ONU. Mais l’intransigeance des membres du Conseil de sécurité donne à l’Organisation une nouvelle dimension.

Si les Etats-Unis s’engagent seuls dans une guerre contre l’Irak (avec le Royaume-Uni et l’Espagne en troupes auxiliaires), le déploiement de leurs légions inaugurera l’Empire. Néanmoins, l’attaque provoquera une instabilité politique du monde arabe dont nul ne peut véritablement dire quelle en sera l’issue. L’on sait seulement que la guerre s’accompagne de grandes souffrances, qu’elle apporte la mort et la désolation, qu’elle nourrit la haine des vivants. Loin d’être vaincu, le terrorisme redoublera. Il trouvera sa justification dans l’absence de droit, et sa légitimité dans la disproportion des forces que l’affrontement militaire révèlera.

Le 15 février dernier, des millions de personnes ont représenté les citoyens du monde dans les rues de Washington, Londres, Madrid, Berlin, Paris, Varsovie, Istanbul… Ils imploraient la paix. Les militants contre la guerre recrutent bien au-delà du pacifisme ou de l’antiaméricanisme. Ils rassemblent largement les organisations non gouvernementales (ONG) et ceux qui, depuis quelques années, appellent à une révolte des consciences pour l’organisation d’un monde meilleur. La guerre contre l’Irak leur apparaît comme une réplique d’un autre siècle. Une régression dans la quête de l’humain. La guerre est un fléau qui vient s’ajouter à l’exploitation excessive des hommes et de la Terre, à l’ignorance, à la misère, aux maladies endémiques, à la monétarisation des relations humaines. L’on a pu dire, en d’autres temps, que la guerre était la continuation de la diplomatie par d’autres moyens. L’on voit aujourd’hui qu’elle est aussi le prolongement d’une stratégie économique. Elle nécessite un financement considérable qui doit présenter en retour une rentabilité proportionnelle. Cette règle de gestion qui condamne l’Irak sauve de nombreux pays.

Dans la défense des droits de l’homme et des peuples, la France est de retour. Son soutien à la paix et son attachement à la légalité internationale sont exemplaires. Lorsque l’invasion de l’Irak interviendra, il lui appartiendra de demander la convocation d’une cession extraordinaire de l’ONU, en vue d’arrêter l’engagement des armées. Certes, l'attachement qui unit depuis longtemps la France aux Etats-Unis s’en trouvera secoué. Mais si le choix est entre l’Organisation des nations unies et l’Empire, notre conscience nous appelle à choisir la solidarité entre les peuples.

Le hasard du calendrier veut que la Cour Pénale Internationale (CPI) vienne d’être inaugurée à la Haye le 11 mars. Elus à New York par les pays qui ont ratifié le traité de Rome le 17 juillet 1998, les juges ont prêté serment dans la salle des Chevaliers du parlement néerlandais. Issus de différentes cultures et traditions juridiques, ces hommes et ces femmes venus des cinq continents ont la lourde responsabilité de représenter la conscience universelle. Ils ont élu un diplomate canadien, Philippe Kirsch, président de la Cour. Le poste de procureur sera pourvu avant le 23 avril. Après quoi, la Cour commencera à examiner les premiers dossiers et à diligenter les premières enquêtes sur les individus accusés de crimes de guerre, de génocides, de crimes contre l’humanité et de les traduire en justice.

La Cour Pénale Internationale doit son existence à une puissante action de lobbying, exercée depuis plusieurs années par une « coalition », forte d’un millier d’ONG : Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), Human Rights Watch (URW), Amnesty International… En outre, elles ont joué un rôle critique dans la rédaction du code de procédure pénale et dans l’organisation de la Cour. Mission accomplie, ces ONG retrouvent leurs engagements humanitaires de terrain. Elles dénoncent les horreurs criminelles et les violations des droits de l’homme, avec ce nouvel et considérable avantage de pouvoir saisir le procureur des violations à la loi internationale. La Cour Pénale Internationale est saisie des dénis de justice. Elle intervient en complément aux systèmes judiciaires nationaux existants et n’intervient que si les cours nationales ne veulent ou ne peuvent enquêter ou traduire les criminels en justice.

Il n’est pas inutile de préciser que lors de la conférence internationale de Rome, 120 pays ont voté en faveur de l’adoption du traité portant création de la Cour. Seuls 7 pays ont voté contre, parmi lesquels les Etats-Unis, l’Irak et Israël ! 21 autres se sont abstenus.

Voici quelques semaines, Médecin sans frontières a réclamé la venue de la Mission d’observation des Nations Unies (MONUC) en République démocratique du Congo, afin de constater les massacres commis aux limites de l’Ouganda. Saisi de l’affaire, le Conseil de sécurité a publiquement accusé le Mouvement de libération du Congo de Jean-Pierre Bemba, soutenu par l’Ouganda, et le Rassemblement congolais pour la démocratie. La République démocratique du Congo ayant ratifié le traité de Rome, les criminels savent désormais que leur terrible forfait ne demeurera pas impuni.

Suite à un rapport demandé par la France au Haut-Commissariat pour les droits de l’homme de l’ONU, qui fait état des crimes perpétrés par les « escadrons de la mort » depuis le 19 septembre 2002 en Côte d’Ivoire, le Conseil de sécurité a mis en garde le président Laurent Gbagho. Des bandes de criminels se forment à partir d’une milice tribale de l’ethnie du président et de la garde présidentielle. Le Conseil de sécurité demande instamment à Laurent Gbagho de prendre les mesures nécessaires pour traduire en justice les responsables. Dans le cas contraire, en l’absence de ratification du traité de Rome par la Côte d’Ivoire, la Cour Pénale Internationale pourrait se saisir directement de l’affaire.

L’Afghanistan est le 89e état à avoir ratifié le traité de Rome. Les « seigneurs de la guerre » qui tranchent, brisent et font la loi sont exposés aux poursuites de la Cour Pénale Internationale dès la date d’entrée en vigueur du traité en Afghanistan, le 1er mai prochain. Indéniablement, la Cour Pénale Internationale constitue un formidable moyen de pression aux mains de ceux qui sont chargés de résoudre les crises portant atteinte aux droits de l’homme. En outre, elle constitue un instrument de dissuasion remarquable pour tous ceux qui perpétraient leurs crimes à l’intérieur des frontières, avec le sentiment d’impunité que donne la force du pouvoir.

Les Etats-Unis, après avoir mené vainement campagne et voté contre la Cour Pénale Internationale, contactent les gouvernements les uns après les autres afin de conclure avec eux des accords d’impunité, par lesquels ils s’engagent à ne pas remettre de ressortissants américains à la Cour. Ces accords visent à l’impunité des militaires américains. A la fin janvier, 18 états avaient signé de tels accords d’impunité avec les Etats-Unis, parmi lesquels l’Afghanistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et Israël. L’on peut s’attendre à ce que l’Irak ayant été vaincu, les nouveaux dirigeants du pays signent à leur tour de tels accords.


cathares, philosphie cathare, catharisme