Philosophie cathare


L’éthique des affaires


L'éthique des affaires

L’éthique a un sens
que les affaires ne peuvent corrompre

eu à peu, la conscience humaine a élaboré une pensée, touchant aux manières de vivre et d’agir dans le monde, comme un fruit de l’évolution. Un ordre s’est établi dans la vie individuelle et sociale. Il pose les règles qui mesurent les actes de chacun et objectivent les jugements de valeur. Les deux termes « éthique » et « morale » existent dans toutes les langues philosophiques. Ils viennent du grec « ethos » et du latin « mores » qui signifient tous deux « mœurs ».

Dans la langue française, « éthique » et « morale » sont des substantifs synonymes. Cependant, l’on peut attribuer une nuance philosophique au premier et religieuse au second. En ce sens, la morale constitue un ensemble de jugements d’existence, relatifs à un code social particulier. Elle concerne l’individu au regard d’une société morale donnée. Plongeant ses racines dans l’affectivité, elle est d’ordre psychique. Par différence, l’on peut dire que l’éthique est une règle de vie raisonnable, en quête de l’absolu. Elle implique une conscience universelle qui procède de la connaissance, par opposition à la révélation. Elle touche à l’ordre spirituel de la sagesse.

Associée au « moralisme », « la morale » est une expression marquée par le discrédit. Elle apparaît comme une maladie de l’âme, inoculée par des idéologies religieuses, mourantes ou encore bien vivantes. C’est probablement la raison pour laquelle le terme «éthique » a la préférence pour signifier, aujourd’hui, une nouvelle quête de sens. Le moralisme reste attaché à un chapelet d’interdits liberticides qui contredit l’éthique, en lui ôtant ce fondement qu’est la liberté de conscience. Il vise à confondre l’homme, coupable d’une infraction à la norme, avec la faute commise. Or, l’éthique ne peut porter de jugements de valeur que sur des actes objectivement blâmables, non sur des personnes subjectivement excusables.

Un penchant machiavélique veut considérer « l’éthique des affaires » comme un sous-ensemble de la gestion des entreprises. Le concept d’éthique est alors corrompu en une sorte de « produit éthique » qui cherche à répondre à une attente du marché, dans le but d’optimiser les profits. Il s’agit là d’une terrible perversion du sens qui donne à voir l’abîme en lequel les valeurs peuvent être précipitées. Mieux vaudrait parler alors de « l’hypocrisie des affaires », dans le sens grec du terme hypocrisis qui signifie « le jeu de l’acteur », et utiliser l’expression « l’éthique des hommes d’affaires » pour parler véritablement de valeurs.

La philosophie stoïcienne enseigne que la nature, prise dans sa globalité physique, biologique et humaine, parle un langage. Ce langage est appelé « raison ». La sagesse consiste à reconnaître et à parler ce langage en chacun des actes de vie. C’est ainsi qu’à l’image de l’ordre cosmique, la société des hommes devrait se déployer dans l’harmonie.

Bien plus encore que l’individu, l’entreprise peut concourir à l’ordre ou au désordre planétaire. En ce sens, elle peut être raisonnable ou déraisonnable. C’est là qu’intervient le concept d’« éthique des affaires ». Il s’agit d’un questionnement moral sur les conséquences des actes de gestion, d’un point de vue qui englobe l’homme, la société et la nature. L’éthique constitue le point de rencontre du philosophe et du dirigeant, au moment où l’entreprise est interpellée sur ses responsabilités morales, dans les domaines de l’environnement social et naturel.

Non seulement l’éthique n’est pas contradictoire avec l’efficacité et le bonheur, mais, à bien penser, elle en constitue la condition vraie. Ne confondons pas éthique et moralisme. Loin de se borner à un code d’obligations et d’interdits, l’éthique est l’expression de la liberté de l’homme en quête de bonheur et d’harmonie. Elle se caractérise comme un état d’esprit qui vise à situer l’homme dans un équilibre parfait. Elle concourt à la réalisation de l’humain dans ses trois composantes, corps, âme et esprit.

Chaque homme naît avec les qualités particulières qui édifient sa personnalité. Il ne s’agit pas pour lui de se ranger sans concession sous quelque autorité morale que ce soit, mais de savoir à quel bonheur ses qualités le destinent. Son but est de réaliser au mieux sa nature humaine, d’ouvrir les voies qui le conduisent à lui-même, d’avoir la volonté de refuser la médiocrité et de concourir pour la perfection. Fruit de la personnalité, l’éthique devient une œuvre originale. L’ouvrage de chaque jour en constitue peu à peu la forme, l’éclat et la beauté.

L’éthique est une forme qui donne vie à l’esprit, une référence constante à la fraternité humaine. Seul l’amour conduit au comportement idéal, l’amour absolu qui sourd de soi-même et s’étend à l’ensemble du vivant. Ces mots du philosophe ont-ils une puissance qui les rendrait inaudibles au dirigeant d’entreprise ? Deux hommes se parlent. Et l’intérêt de la problématique réside dans le mouvement dialectique entre le discours de sagesse et celui de l’action.

La problématique de la mondialisation

epuis les accords de Bretton Woods, qui ont légalisé le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT) en 1947, le principe économique du libre-échange s’est étendu progressivement au monde entier. Le mouvement a provoqué la multiplication des entreprises transnationales en recherche d’avantages fiscaux, de main d’œuvre servile, d’atouts commerciaux et d’espaces à polluer librement. L’éthique des affaires s’inscrit dans cette problématique de la mondialisation libérale, qui suscita, dès les années 60 et 70, une interrogation sur la dimension politique et l’activité internationale des entreprises.

Au début des années 80 les taux d’intérêts redeviennent structurellement positifs. La nouvelle rente financière donne naissance à un « capitalisme mutualiste ». Il s’agit d’investisseurs institutionnels, tels que les fonds de pension. Leurs orientations modifient les critères courants de placements, en privilégiant la valeur monétaire sur toute autre considération. L’enjeu consiste à augmenter la mise, en récupérant l’épargne des ménages, en substituant, notamment, les régimes de retraite par répartition régulés par les pouvoirs publics, par des fonds de pension laissés à l’initiative privée. Ainsi les conditions d’une formidable expansion des marchés financiers et de la privatisation des services publics (par voie de conséquence) sont créées. Les Etats se trouvent relégués au rang de puissances économiques mineures par les entreprises transnationales. La question du « management par la valeur (monétaire) » se pose. Elle conduit à considérer la responsabilité sociale des entreprises et les conséquences politiques de cette révolution économique et financière de dimension planétaire.

Depuis le début des années 90, les techniques de l’information et de la communication ont constitué une force pénétrante contre les frontières étatiques sur lesquelles butait la mondialisation libérale. Elles autorisent désormais le franchissement des lignes politiques de rupture et aplanissent l’espace géographique.

L’ensemble des thèmes de mondialisation, de rente financière et de capitalisme mutualiste, de techniques de l’information et de la communication, conduisent à une nouvelle représentation de l’entreprise et de sa responsabilité au cœur de la société. Ils suscitent une problématique qui fonde « l’éthique des affaires ».

C’est ainsi que, dès les années 60 et 70, la Corporate Social Responsability théorisa l’implication des entreprises envers la société, et que la Corporate Social Responsiveness affirma leur responsabilité sociale. Dans les années 80 est apparue l’approche globalisante des « parties prenantes » (stakeholders). Dans les années 90, le « nouveau contrat social » est théorisé ; la notion de vertu et la notion d’intégrité sont posées, en vue de dépasser une approche purement légaliste dans la vie des affaires.

La notion de « développement durable » est apparue il y a trente ans (conférence de Stockholm 1972). Le rapport Brundtland le définit ainsi : « La capacité des générations présentes à satisfaire leurs besoins sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs propres besoins. » (Our Common Future 1987). Le concept devient la référence pour les 150 pays qui, lors de la conférence de Rio de Janeiro (1992) ont adopté un programme visant à concilier le développement économique avec la protection de l’environnement et l’équité sociale (Agenda 21).

L’opinion publique exerce une pression croissante sur les entreprises, dans le sens d’une plus grande responsabilité de leur management, notamment sur les plans social et environnemental. Il s’agit bien de réclamer un engagement éthique. L’opinion attend de l’entreprise qu’elle s’implique dans la vie de la cité et qu’elle certifie que ses produits sont socialement, humainement et écologiquement corrects. Ainsi est apparue l’expression « parties prenantes » (stakeholders) qui comprend aussi bien les collectivités locales et les organisations non gouvernementales (ONG) que les actionnaires et les partenaires économiques de l’entreprise. Plus généralement, sont parties prenantes tous ceux qui sont touchés par l’activité de l’entreprise, à quelque titre que ce soit.

Les entreprises prennent alors conscience de leurs responsabilités. La réflexion sur « l’entreprise citoyenne » (Centre des Jeunes Dirigeants 1992) est suivie de l’idée de « performance globale » (Commissariat Général du Plan 1993). La question se pose de savoir si les entreprises dotées d’un management éthique bénéficient d’un avantage concurrentiel et sont plus performantes à long terme. La Commission européenne a inauguré la méthode du « triple bottom line » afin de mesurer la valeur globale des entreprises : leur performance économique, leur adhésion au principe de précaution environnementale, l’impact de leurs activités sur la cohésion sociale.

L’on peut affirmer que le modèle productiviste ne correspond plus aux aspirations des hommes du XXI e siècle. Des scientifiques et des chercheurs, venus de diverses disciplines (philosophie, gestion administrative et financière, sciences sociales…), tentent d’élaborer un « nouveau contrat social » pour définir les nouvelles relations entre les hommes, les entreprises et les pouvoirs publics, dans un environnement protégé.

La quête de sens pour l’aventure humaine

’éthique des affaires surgit comme une réponse aux questions que les hommes se posent dans un cadre historique particulier. Les idéologies collectivistes se sont évaporées dans la chute du bloc communiste, favorisant la légitimité politique de l’individualisme. L’idéologie du progrès est secouée par des interrogations sur le sens de l’activité économique des entreprises (« L’horreur économique » de Viviane Forester).

La quête de sens devient universelle. Mais elle se heurte à la mondialisation libérale, marquée par le prima de la valeur monétaire. La valeur d’usage s’effondre au profit de la valeur d’échange. L’entreprise moderne crée de nouveaux produits, non parce qu’ils sont utiles, mais parce qu’elle peut les faire et qu’elle sait les vendre. L’entreprise, autant que les objets qu’elle fabrique, devient une fin en soi. La consommation de l’inutile, les maladies de la terre et le gaspillage des ressources limitées heurtent les consciences.

La mondialisation libérale apparaît comme le résultat d’un rapport social de domination et d’exploitation à l’échelle planétaire. Elle rétrécit l’imaginaire et les représentations culturelles, sans proposer de nouvelles valeurs de référence. Le matérialisme effréné qui la sous-tend provoque des réactions identitaires et des résistances nationales. Un nouveau discours idéologique se construit (Seattle 1999). Une sorte d’éclectisme qui mêle l’humanisme, le prophétisme, le panthéisme, l’universalisme.

Dans un tel contexte de rapport de forces, l’éthique des affaires s’annonce comme la réponse exigée. Elle apporte des normes et des compensations dans une économie mondiale dérégulée. Elle produit un questionnement qui permet de justifier l’entreprise. Elle répond à la quête de sens dont témoigne singulièrement le Forum social de Porto Alegre.

La centaine de milliers de personnes venues de la société civile, qui se rassemblent lors du Forum social mondial de Porto Alegre, en contrepoint du World Economic Forum de Davos, témoigne d’une prise de conscience mondiale qui ne peut être ignorée. Elus, ONG, syndicalistes, religieux, représentants des associations les plus diverses, viennent des quatre coins du monde. Tous témoignent de l’espérance d’une société solidaire, en vue d’un développement humain qui s’accommode peu des contraintes du capitalisme libéral. Il s’agit d’une réflexion critique sur les responsabilités économiques et politiques, face à la misère humaine et au saccage de la planète.

Les grandes entreprises sont directement mises en cause par la société civile mondiale. L’une après l’autre, elles seront toutes confrontées aux pressions de l’opinion publique, bientôt suivies des injonctions gouvernementales. Elles doivent rapidement modifier leurs pratiques si elles ne veulent pas se trouver, un jour ou l’autre, désignées à la vindicte publique.

La société américaine a pris conscience que la responsabilité des entreprises allait bien au-delà du seul « bottom Line » des résultats financiers. Au Royaume-Uni, les entreprises Royal Dutch/Shell (violation des droits de l’homme au Nigeria), British Petroleum (forages dans l’Arctique, énergies renouvelables, Petrochina), Rio Tinto (gouvernement d’entreprise, respect des droits de l’homme) ont été confrontées à des résolutions signalant leur absence d’éthique. Toutes trois ont modifié leurs politiques sous la pression des « stakeholders ». Dans la période de crise économique qui pointe à l’horizon, l’on peut penser que les entreprises françaises seront sévèrement confrontées à leurs responsabilités sociales.

La logique des « investissements éthiques » (« Socially Responsible Investments ») se développe. Elle lie la performance financière à la plus-value sociale et environnementale. Les paramètres de « développement durable » viennent compléter les critères financiers classiques (Dow Jones Sustainability Indexes). L’idée est qu’à long terme, la rentabilité globale d’une entreprise dépend de son environnement social et naturel. Aux Etats-Unis, 10 % des sommes investies sont aujourd’hui placées dans les fonds « SRI ». En France, les grandes banques proposent de tels investissements (OPCVM « éthiques » ou « de partage »). L’on assiste indubitablement à l'arrivée d’une catégorie d’investisseurs qui cherchent à affirmer leur « citoyenneté mondiale », en donnant du sens à leurs placements.

« L’activisme d’actionnariat » constitue une pression croissante sur le gouvernement d’entreprise en vue d’une stratégie de développement durable. Initié par Greenpeace, ce biais consiste à acquérir la part minimale de capital qui permet, notamment, de déposer une résolution en assemblée générale, dans le but de dénoncer certaines pratiques et d’infléchir les orientations stratégiques. Aujourd’hui, plusieurs ONG abandonnent les actions radicales pour se rapprocher des entreprises et s’engager dans des relations de partenariat à long terme (FIDH/Carrefour, Friend of the Earth/ LVMH-GDF-Ciments Calcia, WWF/Lafarge). Peu à peu, il appert que l’entreprise doit se conformer aux exigences fondamentales de l’opinion publique mondiale, sauf à courir le risque d’une grave désaffection préjudiciable à son développement.

La gouvernance et les parties prenantes

a problématique engagée sur l’éthique des affaires pose les questions de corruption, d’entreprise citoyenne et de gouvernance d’entreprise. Elle interroge sur les problèmes d’organisation du travail, d’accords d’entreprise et de comportements. Sa formalisation vise à bâtir une identité sociale en abordant les problèmes d’organisation avec les salariés.

La conception française du « gouvernement des entreprises » (rapport Viénot 1995) se différencie de la conception anglo-saxone. Celle-ci consacre la primauté des actionnaires sur l’ensemble des différents acteurs. Celle-là considère que la mission du Conseil d’administration consiste à défendre en toutes circonstances l’intérêt de la société, qui ne peut se confondre avec celui des seuls actionnaires. Les recommandations de l’OCDE en ce domaine sont les suivantes : Assurer le respect des droits des actionnaires ; Améliorer la transparence de l’information fournie par les entreprises ; Séparer les fonctions de président du Conseil d’administration et de directeur général ; Nommer au Conseil des administrateurs indépendants en nombre suffisant ; Créer des comités spécialisés.

La notion de gouvernement d’entreprise appelle à une limitation des pouvoirs des dirigeants par la prise en compte d’un ensemble organisationnel. En faisant intervenir l’ensemble des « parties prenantes », cette notion fait clairement connaître la responsabilité morale des dirigeants. De fait, le gouvernement d’entreprise permet de contrôler que les objectifs poursuivis sont légitimes et que les moyens mis en œuvre pour les atteindre sont adéquats. La question de la légitimité du pouvoir d’entreprise est posée.

L’éthique des affaires semble conduire l’entreprise vers un nouveau conformisme, puisqu’il s’agit pour elle de se conformer à des normes. La politique de responsabilité sociale et environnementale se situe tant au plan opérationnel qu’au plan stratégique. Elle recoupe les différentes disciplines de gestion.

Les pratiques d’évaluation des politiques de responsabilité sociale de l’entreprise interfèrent avec les logiques de normes et de certifications : qualité (ISO 9000), environnement (ISO 14000), sécurité (ISO 18000), codes d’éthique et labels éthiques (SA 8000). L’Institute of Social and Ethical Accountability propose une norme globale (AA 1000). Une entreprise qui s’en tiendrait à un strict alignement sur les éléments normatifs courrait effectivement le risque du conformisme. Or, la question de l’éthique dépasse cet ordre.

L’on attend de l’entreprise qu’elle développe une politique de responsabilité dynamique, en quête d’efficacité sociale et environnementale. L’éthique constitue toujours le cadre grâce auquel s’affirme la personnalité et l’originalité. Il appartient à chaque entreprise d’être inventive pour construire une stratégie non-conformiste, dans le but de répondre à la problématique de sa responsabilité sociale. La prise en compte du « développement durable » doit se manifester, tant par des actions extérieures à son activité économique (mécénat de solidarité, partenariat avec les associations, missions d’entreprise), qu’à travers cette activité même (ressources humaines, développement local). L’enjeu stratégique consiste à concevoir l’adéquation des capacités de l’entreprise avec son environnement. Il montre que l’Etat ne dispose plus des moyens pour répondre à l’intérêt général et que les « parties prenantes » se tournent vers les entreprises créatrices de richesses, en quête d’une légitime participation à l’intérêt commun.

Le management éthique redécouvre l’homme
comme la véritable valeur

e travail est pour l’homme, et non l’homme pour le travail. La première conséquence est que l’intérêt des actionnaires doit laisser la priorité aux intérêts des travailleurs. Les premiers fournissent à l’entreprise une capacité financière, tandis que les seconds investissent leurs vies. La forme sauvage du capitalisme, ou l’inversion de l’ordre éthique, procède d’une idéologie matérialiste qui considère l’homme comme un moyen, autrement dit, une chose. C’est ainsi que l’individu devient « une charge fixe », que l’on essaie de minimiser en faisant appel à une « fourniture de main d’œuvre extérieure », par le biais de sociétés d’intérim en charge de stocker et de commercialiser « la force de travail ».

L’homme n’étant pas une machine, il ne saurait lui être imposé un rythme de travail calculé en terme de résistance. La difficulté et la durée du labeur ne sont acceptables, du point de vue éthique, que si elles sont techniquement et socialement indispensables, autrement dit, si elles revêtent un caractère impératif. Par le travail, l’homme se réalise dans son humanité. Il la perd en devenant esclave ou bien chômeur. Mais le travail n’étant pas le but de l’existence, l’entreprise ne doit pas confisquer à l’homme le temps de sa vie. Le management éthique redécouvre heureusement l’homme comme la véritable valeur ; l’homme en tant que travailleur, mais également en tant que client, consommateur, citoyen.

Les dirigeants sont invités à faire valoir l’imagination des équipes au travail. L’heure est à la communication et non plus aux diktats, à la transparence et non plus aux secrets qui couvrent les bassesses, au dialogue, aux décisions préparées par des entretiens. La considération passe aussi par le juste salaire, celui du haut tout autant que celui du bas. Le succès économique est désormais lié à la paix sociale. Toute décision de management qui implique fortement les hommes, telle la fermeture d’un site de production, sera d’autant mieux comprise que les dirigeants poseront d’abord le problème en terme d’éthique, c’est-à-dire en considérant les hommes. Finalement, l’éthique donne de surcroît une plus-value économique.

Comme tout travailleur, le cadre dirigeant a le droit de préserver sa liberté. Elle s’enracine dans la confiance. Elle revêt les formes de l’initiative et de la responsabilité. Le dialogue et la transparence en constituent le système. Les droits des dirigeants sont étroitement liés à leurs devoirs. Tout au long de la chaîne du management, les notions de responsabilité et de subsidiarité se déclinent. Le cadre dirigeant se voit reconnaître des responsabilités réelles, un espace où déployer ses capacités et affirmer sa personnalité.

L’épanouissement et le bien-être des cadres dirigeants, et plus largement de l’ensemble des salariés, constituent, pour l’entreprise, un objectif aussi majeur que le profit. Il s’agit tout simplement du respect des hommes. L’amplification de la motivation du personnel, dans un système de subsidiarité et de responsabilité, implique la confiance, par opposition à l’obéissance. Il s’agit d’un type de management relationnel où la communication et la transparence remplacent les raisons impénétrables et les ténébreux secrets. Nul ne saurait être sacrifié dans une course à la productivité, menée dans le système peu glorieux du « management aux résultats ».

Il existe un danger de récupération qui consiste à dévoyer subrepticement l’éthique en la détournant de sa finalité. Là où il s’agissait d’affirmer la dignité de l’homme, celle-ci se trouve finalement abaissée. Il arrive ainsi que l’homme se trouve insidieusement manipulé sous un prétexte « éthique », en vue d’obtenir soumission et efficacité. « Le management par les valeurs » se traduit alors par une pression de caractère totalitaire exercée sur le travailleur.

L’éthique est un questionnement permanent
de la conscience

dictée dans le cadre d’une entreprise et dans le but de fixer un comportement, écrite dans une charte ou un code déontologique, l’éthique s’apparente à une réglementation. L’entreprise devient conceptrice de valeurs.

Ces chartes et codes éveillent la critique. L’on peut craindre qu’ils ne forment une limite à la conscience individuelle et ne conduisent à un retour à une morale des obligations et des interdits. Il est vrai que les écrits rappellent parfois les vieilles pages de la casuistique, si ce n’est celles du pharisaïsme. L’on peut craindre également que ces chartes et codes ne soient finalement que des faire-valoir.

Si l’on veut que le code se justifie, dans le cadre de telle ou telle entreprise, les préceptes et les sentences doivent être précis. Il est nécessaire que le code s’articule avec le règlement intérieur dont la valeur légale est reconnue. Les meilleurs codes éthiques sont élaborés en concertation avec l’ensemble du personnel et largement publiés. L’on peut ajouter qu’une charte des valeurs ou un code déontologique, une fois diffusé, devrait engager légalement l’entreprise qui l’a établi, tout comme certains documents publicitaires que la jurisprudence intègre dans « l’ensemble contractuel ».

Afin de conforter l’engouement en faveur de l’éthique des affaires, il semble nécessaire d’instituer dans les entreprises une « fonction éthique », en charge de veiller au respect des valeurs morales et d’élaborer une « stratégie éthique ». Un audit éthique devient alors aussi pertinent qu’un audit social.

Quelles que soient les valeurs éthiques particulières que l’entreprise partage en tant que collectivité, c’est toujours un homme qui, le moment venu, en vertu de la responsabilité qui lui est confiée, décide seul au nom de l’entreprise. Chaque membre du personnel accepte et reconnaît le code déontologique. A chaque moment de l’action, il s’agit d’appliquer personnellement l’éthique de l’entreprise. Celle-ci s’est élaborée à partir d’une culture et d’un échange d’informations, en résonance avec la morale fondamentale de la société dans laquelle s’inscrit l’entreprise. L’éthique de l’entreprise ne saurait, bien entendu, consister en une réduction de l’éthique universelle. Elle en développe l’application dans un contexte professionnel donné. Le cadre dirigeant qui prend une décision agit en conscience.

L’éthique d’entreprise ne procède pas seulement d’une procédure discursive. Le maître d’éthique la dévoile par son être tout entier. C’est ici qu’intervient la personnalité du dirigeant, dont les actions constituent la référence de comportement des hommes dans l’entreprise. L’éthique ne se réduit pas à un code. Elle s’édifie en chacun comme une construction personnelle. Elle résulte du discernement de chacun face à une situation particulière. L’individu doit être apte à trancher et à prendre la décision éthique sans crainte.

Le cadre dirigeant est confronté à des dilemmes. L’«éthique universelle » rencontre l’«éthique du gestionnaire ». Cette dernière cède au compromis. Il ne s’agit pas de rechercher le consensus à tout prix ou d’abdiquer sa personnalité en se conformant à un code, mais de prendre, en conscience, la meilleure décision possible. Bien entendu, la concession accordée ne peut pas dépasser les limites du tolérable. En outre, l’obligation du compromis résulte d’un état de fait qu’il convient immédiatement de corriger. Cette éthique imparfaite du compromis ne peut être que transitoire.

L’éthique est finalement un questionnement permanent de la conscience. Elle ne se résume certainement pas à un code de bonne conduite, qui voudrait donner bonne conscience sans effort ni dépassement de soi. L’éthique naît du discernement de la conscience de chacun face aux choix dans l’action. L’homme se parle à lui-même dans une forme de procès dialectique intérieur, qui tente de discerner la voie droite pour l’accomplissement de la vie.


cathares, philosphie cathare, catharisme

Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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