Philosophie cathare


La question de « Dieu »

La question de « Dieu »

Yves Maris, le 21 mars 2006
  • Dieu n’a pas de réalité en ce monde
  • L’erreur du Dieu « psychique »
  • L’espérance du Dieu « spirituel »
  • Dieu n’a pas de réalité en ce monde

    omment penser et dire ce qui n’a pas de réalité ? Comment se laisser porter par l’idée de Dieu au-delà de toute expérience possible ? Nous savons bien que le dragon est un concept imaginaire. Nous savons distinguer entre les choses réelles et celles qui ne le sont pas. Pourtant, l’idée de Dieu semble échapper à notre raison qui dit l’inexistence. Rien ne permet d’affirmer que l’homme est « l’image de Dieu ». Il faudrait voir le modèle pour juger de la ressemblance. Il semble, en revanche, que l’homme dessine Dieu selon ses propres passions. Il inverse les termes de la comparaison véritable pour sauvegarder la qualité du Principe. A y regarder de près, Dieu est « l’image de l’Homme ». Dieu ne serait pas ce qu’il est sans l’homme pour en tracer les traits. Ce dernier l’enferme dans les limites de son propre entendement. Il le conçoit selon le principe de causalité : puisque le monde existe, il faut que « quelqu’un » lui donne forme. Il le comprend cohérent : puisque le monde est imparfait, « quelqu’un » le guide vers l’accomplissement. L’homme se donne un « Père », un « Créateur », auquel il confie la justification de sa vie, de ses valeurs et de ses lois. Il tend les bras chargés de suppliques et d’espérance. Il plie le genou pour quémander protections et bénédictions. Il parle à « Dieu » avec ses mots. Il transcrit la parole divine dans son propre langage. Pourtant, aucun signe indubitable, aucun message authentifié ne témoigne jamais de sa réalité. L’homme est l’inventeur de cette image qu’il nomme « Dieu ».

    L’intelligence humaine rencontre ses limites face à l’impossible discours. La théologie n’a pas de fondement. L’idée de Dieu hante la pensée comme un concept errant, qui cherche vainement à expliquer la réalité. Les arguments théologiques constituent des tentatives dérisoires. Ils s’agrippent au leurre d’une transcendance qui ne peut que choir quand on croit la tenir. La raison abdique dans ce bavardage vulgaire qui nourrit la religion. Par un renversement du sens, le théologien du mirage ou du miracle prend pour sot celui qui s’attache à la rationalité du verbe.

    Que signifie « penser Dieu » ? Est-ce lever les yeux béatement vers la voûte céleste pour y découvrir un ordre cosmique ? Est-ce faire référence à l’histoire biblique, à la tradition religieuse ou à quelque théogonie ? Est-ce concevoir les notions absolues de puissance, de perfection, d’infini, d’éternité ? Ce n’est certes pas ne rien penser, ni penser le Néant !

    Témoigner des actions ou des qualités divines constitue une nouvelle inversion de l’ordre de la raison. Celles-ci ne peuvent fournir la preuve de l’existence, puisqu’elles la présupposent. Il y a l’acteur et puis l’action. Notre incompréhension de l’univers ne nous donne pas une compréhension de Dieu. La lecture du sens que nous donnons à l’Histoire ne dévoile rien à l’horizon de la fin. Nous ne pouvons gratifier Dieu d’attributs que nous avons nous-mêmes forgés. Il ne peut se révéler dans un assemblage de caractères suspendus à un nom qui finalement ne signifie rien. Bref, l’Etre parfait ne peut surgir de sa seule représentation !

    L’homme accorde à Dieu la paternité des fondements et des actes de sa propre histoire. Il lui attribue une personnalité violente, passionnée, miséricordieuse, paternelle, pour justifier sa propre nature. Si l’idée de Dieu n’est pas rationnelle, elle est assurément passionnelle. Il est nécessaire pour l’homme que son Dieu soit l’unique et vrai Dieu. Ainsi, là où la raison échoue, il se donne de bonnes raisons pour affirmer la réalité de Dieu. La norme morale, les lois et les superstitions, qui fondent la communauté des croyants, sont sacralisées, comme paroles issues de quelque transcendance.

    La foi transgresse la raison. Elle prétend à une connaissance hors du champ de l’expérience, à une intuition qui dépasse toute représentation. Elle consiste en l’adhésion à une idée fondatrice, dont on ne sait généralement rien, sinon que l’on y tient. La détresse humaine la veut et s’en saisit comme d’un remède contre l’ignorance. Telle est la foi, que toute enquête sur Dieu, sa psychologie, ses actions ou ses forfaits, s’avère impossible. Dieu ne peut être mis en accusation, parce qu’il est Dieu, parce qu’il fonde le droit. Le condamner revient à invalider l’idée même de Dieu et, par conséquent, à perdre la foi. A l’absurdité du monde répond l’absurdité de la foi. Enfermé dans son existence par les éléments cosmiques qui la composent, l’homme tente vainement de dépasser les limites de l’expérience possible et de l’entendement. Il est clos dans un espace-temps.

    L’idée de Dieu échappe, parce que celui-ci ne se montre pas dans le concept. Son absence appelle sans cesse de nouvelles idées pour échafauder l’idée première. L’idée de Dieu devient un discours sans fin, parce qu’il n’est pas étayé par les termes solides d’une interrogation ; parce que l’argumentation ne démontre pas la crédibilité de l’expérience. L’affirmation « Dieu existe » s’impose comme une croyance, non comme une démonstration. Elle se déclare avec passion, s’écrie avec humilité, se profère avec violence. L’absence de discours rationnel autorise à dire ce qui n’est pas, à occulter le doute de celui qui affirme sa foi.

    La négation de Dieu est symétrique à son affirmation. Dire « Dieu n’existe pas » est un jugement contradictoire au jugement « Dieu existe ». Le négateur ne met pas en cause le concept « Dieu », puisqu’il le pose comme sujet. Il refuse le discours théologique porteur d’une idée (l’existence de Dieu) qui n’a point de réalité. Mais, ce faisant, il commet l’erreur de prononcer « le Nom », et de reconnaître, malgré lui, cette idée de Dieu dont il affirme qu’elle n’a pas de réalité. Il ne dispute vraiment que de « l’existence » de Dieu. Le discours porte non sur Dieu mais sur l’idée de Dieu. Le négateur ne peut s’échapper en formulant une tautologie : « le Néant n’existe pas ». C’est en effet « le Nom » qui pose question.

    L’affirmation de « Dieu » est première dans l’ordre du discours. Elle pose des valeurs, des notions de principe et de fin, que le contradicteur est amené à reconnaître a priori. Or, la négation de Dieu cherche à nier celui-ci en même temps que l’existence qui lui est attribuée. Ne pouvant nier cette dernière sans préalablement poser le concept de Dieu (« Dieu » n’existe pas), le négateur ne peut que rester en dehors du discours. Le nom de Dieu devient pour lui imprononçable.

    La question du Diable est première pour le penseur cathare. Il perçoit la réalité du monde comme indifférente à l’homme. Il ne parle plus, aujourd’hui, de « la Création » mais de l’organisation de la matière. Lorsqu’il considère l’évolution des espèces, il voit qu’elle produit des crocs, des griffes, des cornes, des dards, du venin, mais aussi la ruse et l’intelligence perverse. La vie et la mort sont étroitement liées en ce monde de douleurs et de souffrances. Prise dans le filet de l’existence, chaque espèce est à la fois proie et prédatrice. Toute vie se nourrit de la mort. La question n’est pas celle de l’origine du mal, puisque celui-ci résulte des nécessités de la vie. La question est : Comment les hommes ont-ils pu imaginer qu’un dieu bon était à l’origine du monde ?

    Le cathare conçoit l’idée du Diable par le regard qu’il porte sur la réalité du monde. Celle-ci forme la représentation négative, à partir de laquelle il imagine Dieu en tant que représentation positive. Dieu n’a donc pas de réalité. L’existence appartient au Diable ! Le discours cathare apparaît plus vrai que le discours judéo-chrétien. Il ne cherche pas à justifier Dieu en accusant les hommes. Il n’occulte ni les souffrances, ni les gémissements de la nature entière. Il n’établit pas une théologie compliquée pour disculper Dieu de l’existence du mal. L’étonnement scientifique supplante la curiosité des mythes. Dieu demeure à jamais inconnu pour le cathare immergé dans la réalité. Aussi ne peut-il prétendre toucher à « l’Esprit de Dieu » qu’en se défaisant peu à peu du monde. Son regard sur la nature de l’homme est, certes, pessimiste. Mais la pensée qui l’appelle à le débarrasser de sa méchante nature le pousse vers l’optimisme.

    L’erreur du Dieu « psychique »

    e concept de Dieu ne correspond pas à une représentation réelle. Il n’empêche que Dieu réside, à l’évidence, dans le for intérieur de la pensée humaine. Puisque l’idée de Dieu surgit dans sa psyché (mot grec signifiant âme), c’est donc en lui-même que l’homme doit connaître Dieu. C’est en lui qu’il réside et nulle part ailleurs. L’erreur manifeste consiste à vouloir donner une positivité à un concept détaché de toute réalité. Dire que l’idée de Dieu est en moi est vrai et rationnel. Dire que Dieu parle en ma conscience l’est également. J’en suis seul juge. En revanche, proclamer que « Dieu » attend de moi que j’impose sa loi est folie. En effet, si l’idée de Dieu est authentique au cœur de ma conscience, elle perd toute légitimité dès lors que je prétends l’imposer sous quelque forme que ce soit, sous la forme d’une loi positive en particulier. S’agirait-il du Décalogue, désigner un texte de loi comme « Parole de Dieu » est déraisonnable et mensonger.

    L’Ancien Testament (du latin testamentum : contrat) révèle l’action de Dieu dans la chronique d’Israël et la réalité de l’histoire. Yhwh se manifeste dans la proclamation prophétique et l’accomplissement d’engagements contractuels à l’égard du peuple élu. Il est le Dieu qui profère une loi positive, à l’obéissance de laquelle tout fidèle se trouve sévèrement soumis. Il n’est plus le Dieu cosmique des religions naturelles qui rendait compte de la raison du monde et des lois universelles. Il est le Dieu de l’Alliance, vivant et personnel.

    « Moïse dit à Elohim : « Voici que, moi, j’arriverai vers les fils d’Israël et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous ; ils me diront : Quel est son nom ? Que leur dirai-je ? » Elohim dit à Moïse : « Je suis qui je suis ! » Puis il dit : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : Je Suis m’a envoyé vers vous ! »1 » (Ex. III, 13-14). L’être de Dieu, c’est-à-dire l’idée de Dieu, veut s’imposer comme une réalité extérieure à l’homme. Yhwh apparaît dans une flamme de feu au milieu d’un buisson. Il crie de la montagne. Il vitupère. Il ordonne. Sa colère s’enflamme. Bref, Yhwh est revêtu de la personnalité morale et de l’autorité cinglante qui justifient qu’il impose le droit et tienne Israël pour cocontractant. L’Alliance se signe avec le sang des hommes : « Alors Moïse se tint debout, à la porte du camp, et il dit : « A moi quiconque est pour Yhwh ! » et vers lui se rassemblèrent tous les fils de Lévi. Il leur dit : « Ainsi a parlé Yhwh, le dieu d’Israël : Mettez chacun l’épée à la hanche ! Passez et repassez de porte en porte dans le camp, tuez, qui son frère, qui son compagnon, qui son proche ! » Les fils de Lévi agirent selon la parole de Moïse et il tomba du peuple, en ce jour, environ trois mille hommes. » (Ex. XXXII, 26-28) Dieu existe puisqu’il parle ! Sa parole (la loi) est déposée en témoignage dans l’Arche d’Alliance. Moïse prend le pouvoir au nom du Seigneur-Yhwh : l’Histoire est en marche !

    Nous parlons d’un Dieu « psychique », dans le sens où il partage avec les hommes ses états d’âme, ses sentiments et ses passions. Nous comprenons qu’un tel concept de Dieu constitue le cœur de la controverse née de la révolte nazaréenne. Le reniement de l’apôtre Paul est clair : « Je suis mort à la loi. » (Ga. II, 19). Mort à cette loi extérieure qu’il regarde comme « le service de la mort aux lettres gravées sur pierres » (2 Co. III, 7). L’Alliance « partie du mont Sinaï » enfanta, dit-il, « à l’esclavage » (Ga. IV, 24). Ainsi en est-il de toute loi positive qui ôte la liberté de conscience et impose à l’homme une « parole » extérieure à lui-même. Il doit être clair, une fois pour toute, qu’entre Dieu et l’homme « il n’y a pas de médiateur » (Ga. III, 20). La loi intérieure est seule divine ; à condition qu’elle demeure intérieure. Si elle vient à manquer à cette condition qui la justifie, elle donne à l’idée de Dieu une réalité dans le monde qu’elle n’a pas ; elle nie la liberté de conscience. Or, « si vous êtes menés par l’Esprit, vous n’êtes pas sous la loi. » (Ga. V, 18) La loi intérieure et la loi extérieure procèdent de deux principes qui s’opposent.

    Le christianisme paulinien se heurte immédiatement au légalisme judéo-chrétien : « Tant que n’auront pas passé le ciel et la terre, pas un i, pas un point ne passera de la loi. » (Mat. V, 18) A l’adresse de l’Apôtre, l’évangile de Matthieu ajoute : « Celui donc qui délie l’un des moindres des commandements et qui enseigne ainsi les hommes sera appelé le moindre dans le règne des cieux, mais celui qui le pratique et l’enseigne sera appelé grand dans le règne des cieux. » (Mat. V, 19) La dispute est vive : « Quand Képhas (Pierre) est venu à Antioche, je [Paul] lui ai résisté en face, car il était à blâmer. » (Ga. II, 11)

    Tel est l’enjeu qui perdure depuis deux millénaires. En proclamant la fin de la loi, Paul proclame la mort du Dieu du monde : ce principe des lois qui condamne Jésus. L’Eglise romaine a cherché à construire un discours théologique qui rende compatibles la loi intérieure et la loi extérieure. Elle a proposé le concept de Trinité qui mariait « mystérieusement » l’ensemble des contradictions : Le Père hébraïque, le Fils nazaréen, l’Esprit paulinien. Aujourd’hui, la Trinité a perdu le sens du compromis. Elle se dissout dans l’insignifiance et l’oubli des enjeux du christianisme primitif.

    Le premier terme de la Trinité, le Père hébraïque, s’interprète comme « Dieu et la Torah » (la loi de Moïse) : Dieu en deux personnes. Dieu le Père se meurt maintenant d’une grande vieillesse. Pourtant, sa parole revient sans cesse comme l’écho. Il édite chaque année, ici et là, de nouveaux codes de lois, et ses éclats de voix tonnent comme des bombes. Le moralisme des législateurs, des procureurs et des censeurs, garde l’empreinte religieuse. Il ne cède en rien au pharisaïsme. Qu’on le veuille ou non, la norme morale est toujours la loi de Dieu.

    Le Nazaréen n’est plus reconnu depuis longtemps, ni comme Messie, ni comme Fils de Dieu. Quant au troisième terme de la Trinité, l’Esprit, il partage la qualité de rareté avec l’antimatière. Que reste-t-il de l’avènement de Jésus, de sa révolte contre la loi, du règne de l’amour annoncé ? Une Eglise occidentale qui se fane après avoir éradiqué les « hérétiques », parce qu’ils voulaient brûler d’amour et brûler la loi. Ils désiraient changer le monde en affirmant que « Dieu » n’en était point le maître. Ils disaient que le vrai Dieu est inconnu. Deux mille ans ont passé, tout est à recommencer !

    L’espérance du Dieu « spirituel »

    e judéo-christianisme ne s’est jamais détaché de ses racines hébraïques. Le Nouveau Testament (les quatre évangiles) actualise l’Ancien Testament sans l’abolir. Dieu reste identique à lui-même. L’Eglise n’assume pas la rupture qui s’inscrit dans le drame de la crucifixion. En mourant sur la croix, Jésus le nazaréen montre deux choses : La première est que la loi qui le condamne est injuste ; or, il s’agit de la parole authentique de Yhwh. La seconde est que la vraie vie est ailleurs qu’en ce monde ; qu’il faut savoir abandonner son corps pendu sur une croix.

    Le Grand Sanhédrin s’est réuni pour condamner Jésus. Dans le recueillement et les prières, les légistes se sont déterminés en toute justice, conformément au chapitre XIII du Deutéronome. Ils ont appliqué la parole du Seigneur-Yhwh : « S’il surgit en ton sein un prophète ou un songeur de songe et qu’il te propose un signe ou un prodige qu’il t’a prédit, en disant : « Allons à la suite d’autres dieux et servons-les ! », tu n’écouteras pas ses paroles (…) Ce prophète ou ce songeur de songe sera mis à mort, car il a prêché la révolte contre Yhwh, votre Dieu (…) Ainsi tu ôteras le mal du milieu de toi. » (Dt. XIII, 2-6).

    Il fallait une raison supérieure pour que l’Eglise conservât cette loi qui condamna Jésus. L’on expliqua que Dieu, dans sa miséricordieuse bonté, exigeait la mort de son Fils. La rhétorique aidant, l’on accusa les Juifs et non la loi. Il est vraisemblable que l’on comprît que cette vieille loi pouvait encore servir.

    Combien de fois le Tribunal de la Sainte-Inquisition, au nom de ce même Seigneur, a-t-il jugé, en sa grande sagesse, conformément à ce même chapitre XIII ? « Si ton frère, fils de ta mère, ton fils ou ta fille, la femme qui est sur ton sein, ton ami qui est un autre toi-même, voulaient te séduire en cachette, en disant : « Allons et servons d’autres dieux ! » (…) tu n’acquiesceras pas et tu ne l’écouteras pas, ton œil ne s’apitoiera pas sur lui, pour le mettre à mort, et ensuite la main de tout le peuple, tu le lapideras avec des pierres et il mourra, parce qu’il a cherché à t’égarer de Yhwh, ton Dieu (…) Si tu entends qu’en l’une de tes villes (…) on dit : « Des hommes, des vauriens, sont sortis de ton sein et égarent les habitants de leur ville, en disant : « Allons et servons d’autres dieux ! » que tu ne connaissais pas, tu consulteras, tu enquêteras, tu questionneras bien, et si c’est vrai, si la chose est constatée, à savoir que cette abomination a été commise en ton sein, alors tu devras frapper au fil de l’épée les habitants de cette ville, tu la voueras à l’anathème, avec tout ce qui est en elle, et même son bétail [tu le passeras] au fil de l’épée. Toutes ses dépouilles, tu les rassembleras au milieu de sa place et tu brûleras par le feu la ville avec toutes ses dépouilles, le tout pour Yhwh, ton Dieu. » (Dt. XIII, 13-17).

    Le Dieu des Hébreux était en guerre contre les dieux de la terre et les peuples sans loi. Le chapitre XIII s’appliqua contre Jésus qui bafouait le droit. L’Eglise refusa la rupture avec ce Dieu, si puissant que sa parole, ses phrases, ses mots mêmes étaient la loi. Elle adora ce Dieu « psychique », si ressemblant à l’homme. Elle le dressa contre le Dieu « spirituel » des hérétiques.

    Pour la tradition clémentine, l’apôtre Paul est le premier parmi les « hérétiques ». Elle le confond même avec Simon le Mage. Que dit Paul ? « Même si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. » (2 Co. V, 16) L’Histoire est close. L’aventure de l’Esprit commence. « Le premier homme, Adam, fut une âme vivante ; le dernier Adam est un esprit qui fait vivre. » (1 Co. XV, 45) La contradiction apparaît entre l’homme « psychique » et l’homme « spirituel ». A la loi positive, « la loi du péché et de la mort », s’oppose la loi intérieure, « la loi de l’Esprit de vie. » (Rm. VIII, 2) Le Paulinien ne demeure pas figé face à la croix. Il a compris qu’elle est derrière lui !

    Deux mille ans ont passé. La rupture n’est pas consommée. Paul est l’Apôtre qui nous parle encore à travers les âges. Nous savons que Dieu n’a pas de réalité en ce monde. Nous savons qu’un Dieu qui nous ressemble justifie toutes nos turpitudes et que, loin de nous délivrer de la mort, il nous encourage à exploiter les hommes aussi bien que la terre, à courir sur les champs de bataille, à aimer nos amis, à haïr nos ennemis. Il nous reste toujours à rencontrer ce Dieu « spirituel » qui est au-dedans de nous-mêmes. Sa parole est silence. Sans doute s’agit-il encore d’une idée de Dieu ; mais elle parle la langue universelle de la conscience.

    Comme tout vivant, l’homme n’a de cesse que de survivre et d’apporter sa contribution à la succession des générations. Il imagine la résurrection de la chair pour répondre à l’absurde par l’absurde. Tout vivant participe à la chaîne trophique et à la rivalité à l’intérieur de son espèce. L’homme postule un Dieu créateur pour justifier ses appétits démesurés, ses désirs en excès et ses conquêtes sanglantes. Ce Dieu « psychique » répond de la cruauté des lois de la nature. Il en assume la responsabilité, au point de demander à l’homme de lui sacrifier. Celui-ci juge en son nom toute atteinte portée à sa propre survie.

    Nous pouvons dire non au « Créateur ». Nous pouvons décider de ne plus jouer le jeu de vie et de mort. Nous pouvons choisir de compatir avec les créatures et de refuser la prédation ou la course au butin. Nous pouvons nous engager à ne point consommer en excès. Nous pouvons choisir d’aimer gratuitement. Oui, refusons le statut de « Fils d’Adam », c’est-à-dire de créatures naturellement soumises à la méchante loi du « Créateur » ! Soyons « Fils de l’Homme » et dépassons les conditions de ce monde en donnant vie à l’Esprit d’un Dieu tout autre ! Un tel projet vaut bien celui de conquérir le monde ou l’espace interplanétaire !

    Qui n’est pas volontaire pour porter par lui-même le pur amour au cœur de l’univers ? S’il nous est possible d’inventer le Dieu « spirituel » sur cette terre infime emportée par l’expansion cosmique, ne devons-nous pas le faire ? Ne sommes-nous pas aussi responsables de Dieu ? Ne tombons pas dans l’erreur de reproduire la cruauté du monde et des lois naturelles. Inventons cette relation d’amour qui fait vivre l’Esprit. Elle n’appartient pas à ce monde ? Pour cela, précisément, elle devrait ressembler à ce Dieu que nous ne connaissons pas.

    1 Première étymologie du nom Yhwh, tiré du verbe hâyah (araméen hawâh) qui signifie « être ». La révélation du nom Yhwh est au § VI de l’Exode.


    cathares, philosphie cathare, catharisme

    Yves Maris, philosophe cathare
    Yves MARIS
    8 mai 1950 - 29 juillet 2009
    Biographie


    RESURGENCE CATHARE


    Le Manifeste
    Ouvrage présenté et recommandé
    aux auditeurs de France Culture
    par Michel Cazenave, producteur de
    l'émission «Les Vivants et les Dieux»

    Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
    de l'Université de Navarre (Espagne)
    LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



    THESE DE DOCTORAT


    En quête de Paul
    L’affrontement de deux conceptions opposées
    du monde au moment de l’émergence de
    l’idée chrétienne fondatrice de la culture
    et de la pensée occidentale, tel est l’objet
    de cette quête

    En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





    Cathares, catharisme, philosophie cathare