Le christianisme cathare


Philosophie du catharisme





les 26 et 27 mai 2012



Programme de la rencontre et renseignements pratiques
sur le site www.catharisme.eu








Controverse sur le Paulinisme


Yves Maris

écrire l’affrontement de deux conceptions du monde essentiellement opposées, au moment de l’émergence de l’idée chrétienne fondatrice de la culture et de la pensée occidentale, opérer une remontée à leurs sources mêmes, tel est l’objet de notre recherche universitaire : « En quête de Paul ».

Ces deux conceptions du monde ne sauraient prétendre à une quelconque orthodoxie (sinon par jugement a posteriori). Toutes deux semblent issues du pharisaïsme de façon antithétique, quel que soit l’éventail des influences religieuses, mythiques ou philosophiques auxquelles elles se sont prêtées. Elles ont donné lieu à deux courants d’idées. Nous appellerons « judéo-chrétien » le courant qui s’inscrit fermement dans la conception juive de l’histoire et qui enracine profondément sa foi et ses valeurs dans le pharisaïsme. Ce courant est éminemment schismatique, il se rend à l’autorité religieuse nouvelle établie par Jésus (le Messie), descendant de David et fils de Dieu. Le courant que nous appellerons « paulinien » inaugure une toute autre conception du monde. Paul est l’initiateur. Il rompt avec le pharisaïsme ; mais sa rupture n’est pas seulement un renversement d’autorité. Il rompt avec l’essence du pharisaïsme : la loi.

Il n’est pas excessif d’opposer ici la tradition pharisienne (légaliste), qui se perpétue dans le christianisme, à un anarchisme éclairé qui n’a pas vocation à changer le monde mais à s’extraire du monde.

Marcion et ceux qui se donneront pour disciples de Paul tireront toutes les conséquences de la rupture avec la loi : le dieu qui est au fondement de la loi n’est plus dieu ! et puisqu’il faut qu’il y ait un autre dieu pour justifier une telle hardiesse, ce dieu sera étranger à la création.

A partir de cette ultime assertion, le renversement des valeurs est extrême. Quelle légitimité justifie, dès lors, le pouvoir (politique ou religieux) sinon celle du mauvais archonte ? Qui se recommande de dieu (ou de la loi !), qui le sert, qui légifère ou rend la justice, qui suit ses commandements, s’embourbe irrémédiablement dans la « malédiction » !

La vocation du paulinisme n’est-elle pas alors de ne jamais trouver sa place dans l’histoire ? Ne porte-t-il pas en lui-même le germe de ces idées « hérétiques » que le corps social s’emploie à arracher comme l’ivraie à chacune de ses repousses ? Dans une époque qui semble voir s’achever l’ère du judéo-christianisme triomphant, mais qui développe plus que toute autre une inflation de l’esprit pharisien (la nomologie laïque procédant de toute évidence de cette culture), le paulinisme peut encore constituer une sûre fondation pour un esprit libre et désenchanté qui se veut en retrait de la loi et donne à son regard une tout autre vision du monde.









La pensée cathare peut-elle constituer
un nouveau lien social ?


Yves Maris, novembre 2008

a société semble tenir pour quelques temps encore sur des bases, une structure et un ordre ancien. Le judéo-christianisme de caractère hellénistique a depuis longtemps accouché d’une règle morale qui prétend toujours désigner le bien et le mal et normaliser les relations humaines. L’empreinte est si forte que les laïques y adhèrent au moins autant que les croyants, si ce n’est que, pour les uns, les devoirs envers l’humanité effacent ceux qui sont dus à Dieu, tandis que, pour les autres, ils les complètent. Une éthique accommodée constitue la base de la démocratie parlementaire et maintient les possibilités du système économique. Le mur d’enceinte qui protège la société se fissure. L’argile qui lie ses bases idéologiques montre les limites des contraintes supportables. Le judéo-christianisme perd rapidement sa nature de liant. Les générations nouvelles ignorent tout des croyances d’autrefois. L’histoire est une séquence de civilisations ; aussi ne devons-nous pas être étonnés que la nôtre passe à son tour. Au mieux, nous entrons dans une période d’accompagnement de la délitescence.

Une autre croyance ou une idéologie originale pourrait combler le vide, relier la société, répondre aux aspirations et aux espérances d’une multitude bêtement vouée au matérialisme. Mais une religion nouvelle ne se décrète pas. Elle est souvent le rejeton d’une vieille souche toujours vivante, tel le christianisme des origines issu du judaïsme. Elle est parfois la synthèse de diverses croyances, tel le manichéisme, union du christianisme, du bouddhisme et du zoroastrisme en une seule foi. Un peuple sans aspiration spirituelle forte voit sa conscience s’évanouir. Les structures de l’Etat subsistent, mais chacun voit qu’elles plient sous la pression des foules ignorantes (a-gnostiques). Les hommes qui constituent le cadre politique post-révolutionnaire ne se distinguent plus des électeurs. Les rangs se brouillent et nul n’est à sa place. L’administration locale se complique comme un château de cartes sans que chaque pièce ajoutée ne provoque l’admiration de quiconque. A la porte des églises closes, le prêtre n’est plus qu’un souvenir qui se dissimule en habit ordinaire. L’Eglise s’est épuisée à porter douze siècles durant le credo de Nicée. Il fut la chance de l’Empire romain finissant et donna vigueur au Moyen Age. Il est la première cause de l’anéantissement des âmes. Qui ne voit la lassitude des derniers fidèles à rabâcher sans conviction une théologie éculée et des mythes antiques ?

La pensée cathare peut-elle constituer un nouveau lien social ? Peut-elle réussir dans une république démocratique égarée ce que le Moyen Age monarchique et catholique ne lui a pas permis de réaliser ? La question touche au paradoxe puisque nous savons que le catharisme se veut hors du monde qu’il sait ne pouvoir changer en son essence et qu’il n’a a fortiori aucune vocation à diriger. Il n’empêche qu’il peut s’inviter à éclairer la société moderne d’une spiritualité chrétienne retrouvée. Le renouveau cathare se rattache à la longue tradition du dualisme marcionite affirmé dès le IIe siècle, parallèlement à la théologie romaine, et qui connut une floraison remarquable dans l’Occitanie du XIIIe siècle. L’histoire montre qu’une telle vision du monde, avec la tension qu’elle présuppose entre la matière et l’esprit, a pu s’organiser en un système religieux ou quasi-religieux, délivrer un enseignement, élaborer une conduite de vie et former un groupe social particulier. Il n’empêche que le mot religion ne nous semble pas aujourd’hui pertinent pour désigner le redéploiement de la pensée cathare.

Le principe supérieur immanent au monde et cause de la destinée humaine est le dieu créateur à qui nulle obéissance n’est due. L’attitude intellectuelle et philosophique qui résulte d’un tel postulat ne peut constituer une conduite de vie et un modèle social qu’a contrario. Nous devrions presque parler d’une anti-religion dès lors que la quête du vrai interdit d’entrer dans un système de croyances, que le rejet du droit positif efface toute norme morale, que la voie de la simplicité échappe aux rituels. La gnose, le discernement de la conscience et la sagesse fondée sur la non-violence n’ont jamais formé de religions, mais plutôt des écoles philosophiques. Dans l’esprit, Jésus fut certainement plus proche de Pythagore, de Socrate, de Diogène et d’Epicure que n’importe quel grand prêtre ou pape de Rome ne le fut de lui.

Le catharisme ne peut se développer dans la modernité que comme une école de sagesse tendue vers le dieu inconnu. Les cathares privilégient la simplicité et la vie de l’esprit en eux-mêmes. Ils ne prétendent pas former un groupe particulier à l’intérieur de la société, mais autant d’individualités conscientes et reliées, sources remarquables d’une vie différente que celle que le monde impose aux vivants.









Histoire et philosophie cathare

Yves Maris

e dualisme chrétien trouve ses fondements dans la philosophie de Paul de Tarse. Son disciple, Marcion de Sinope, montre l’irréductible opposition des deux concepts de Dieu portés par la vieille Bible et par l’Evangile. Son Eglise spirituelle s’étend de l’Orient à l’Occident dès le IIème siècle, jusqu’à tendre le relais à la nouvelle Eglise des bons chrétiens (les cathares) et disparaître au XIème siècle.

Nous proclamons qu’une telle vision du monde est toujours vivante au XXIème siècle et qu’un questionnement semblable progresse dans les sciences et les consciences.

Dieu n’a pas de réalité dans le monde. Il est absent et n’est pas opposable. Pourtant, l’idée de Dieu purifiée se révèle dans les esprits. Cette purification est un chemin de vérité qui passe par la réalité des faits et la logique du discours. Toute lecture des textes fondateurs doit s’appuyer sur la méthode historico-critique qui invalide les raisonnements théologiques.

La vieille Bible montre un Dieu législateur attaché aux valeurs mondaines, tandis que l’Evangile dévoile un Dieu détaché du monde.

Paul élabore l’idée de deux créations :

  • le Dieu biblique crée un homme instinctif et passionné, issu du règne animal;
  • le Christ crée un fils d’homme, issu du règne de l’esprit, capable du discernement de conscience. Il n'annonce pas la régénération de la chair, mais le rebut.

Le monde fondamentalement mauvais dans lequel nous vivons appartient au Diable. Le mal – qui n’est, tout simplement, que ce qui fait mal – est premier et le bien ne vient jamais que soulager l’excès de mal. Le dualisme oppose la non-violence à la violence. Vu que le mal est intrinsèquement lié à la vie, pourquoi imaginons-nous un Dieu créateur de toute bonté ? Il y a là une sorte d’attachement affectif qui nous relie au Diable comme l’esclave à son maître. Ce questionnement nous situe dans la tradition paulinienne où nous retrouvons le christianisme de Marcion de Sinope et des cathares d’Occitanie.

Nous témoignons que les flammes des bûchers n’ont jamais brûlé les pensées. Une espérance nouvelle germe dans les multitudes qui pérégrinent par les sentiers escarpés des hauts lieux de la pensée cathare. Nos moyens de communication nous relient aux chrétiens en quête de sens et aux croyants cathares d’Europe et d’Occident. Notre christianisme n’est pas dogmatique. Il s’agit d’abord d’un questionnement qui a pour origine la vision douloureuse du monde. Il suscite la compassion et s’inscrit dans la simplicité de vie. Et chacun de nous se hâte à son rythme, sur le même chemin, vers le dieu inconnu.

La philosophie cathare est une philosophie de libération qui renverse la perspective commune. Elle rencontre, dans la société humaine, une difficulté aussi grande que celle de Galilée qui cherchait à démontrer que l’évidence était pourtant l’erreur.

En 1309, le dernier cathare revêtu et martyr, Guillaume Bélibaste, prophétisait : « Au bout de sept cents ans le laurier reverdira… »


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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