Les cathares et le catharisme


Histoire et philosophie cathare

« CHEMINS CATHARES » propose des articles et essais de Yves MARIS en vue d’approfondir la philosophie des cathares.

La voix de Yves MARIS s'est tue le 29 juillet 2009.
Nous souhaitons que sa parole continue à circuler.

Mais, conscient que la « Parole essentielle » est présente
en chacun de nous, notre père disait aussi :

« Les mots ont une limite, le discours s’épuise lorsque l’ineffable, l’indicible, le sublime vient toucher la conscience.
Il ne reste alors que le silence à partager. »


Ses enfants.
Le 29 juillet 2009, Yves Maris déposait son corps de souffrance.

Cette dépouille, vide de l'esprit qui l'habitait, ne représente rien pour le cathare. Mais, si la silhouette familière et le regard s'effacent peu à peu, la pensée, elle, demeure vive, pertinente, à même de nous aider à poursuivre nos chemins, de nous y accompagner.

Ainsi cette Lettre de Yves du 13 novembre 2008. Importante. Yves montre comment une pensée cathare renouvelée peut s'inscrire dans le monde actuel. Il conclut en évoquant ces "individualités conscientes et reliées" qui ne "prétendent pas former un groupe particulier à l'intérieur de la société", autrement dit qui ne cherchent pas à rebâtir des églises ou à construire des réseaux, mais se hissent individuellement à un niveau de conscience où les liens se tissent en communion d'esprit, dans la simplicité et l'Agapè, telles des lucioles dans la nuit du monde.










Yves Maris

Lettre du 13 novembre 2008
Chers amis,

La société semble tenir pour quelques temps encore sur des bases, une structure et un ordre ancien. Le judéo-christianisme de caractère hellénistique a depuis longtemps accouché d’une règle morale qui prétend toujours désigner le bien et le mal et normaliser les relations humaines. L’empreinte est si forte que les laïques y adhèrent au moins autant que les croyants, si ce n’est que, pour les uns, les devoirs envers l’humanité effacent ceux qui sont dus à Dieu, tandis que, pour les autres, ils les complètent. Une éthique accommodée constitue la base de la démocratie parlementaire et maintient les possibilités du système économique. Le mur d’enceinte qui protège la société se fissure. L’argile qui lie ses bases idéologiques montre les limites des contraintes supportables. Le judéo-christianisme perd rapidement sa nature de liant. Les générations nouvelles ignorent tout des croyances d’autrefois. La religion traditionnelle est attaquée par l’archaïsme islamique et contrariée par diverses religiosités orientales ou des sectes extravagantes. L’histoire est une séquence de civilisations ; aussi ne devons-nous pas être étonnés que la nôtre passe à son tour. Au mieux, nous entrons dans une période d’accompagnement de la délitescence.

Une autre croyance ou une idéologie originale pourrait combler le vide, relier la société, répondre aux aspirations et aux espérances d’une multitude bêtement vouée au matérialisme. Mais une religion nouvelle ne se décrète pas. Elle est souvent le rejeton d’une vieille souche toujours vivante, tel le christianisme des origines issu du judaïsme. Elle est parfois la synthèse de diverses croyances, tel le manichéisme, union du christianisme, du bouddhisme et du zoroastrisme en une seule foi. Un peuple sans aspiration spirituelle forte voit sa conscience s’évanouir. Les structures de l’Etat subsistent, mais chacun voit qu’elles plient sous la pression des foules ignorantes (a-gnostiques). Les hommes qui constituent le cadre politique post-révolutionnaire ne se distinguent plus des électeurs. Les rangs se brouillent et nul n’est à sa place. L’administration locale se complique comme un château de cartes sans que chaque pièce ajoutée ne provoque l’admiration de quiconque. A la porte des églises closes, le prêtre n’est plus qu’un souvenir qui se dissimule en habit ordinaire. L’Eglise s’est épuisée à porter douze siècles durant le credo de Nicée. Il fut la chance de l’Empire romain finissant et donna vigueur au Moyen Age. Il est la première cause de l’anéantissement des âmes. Qui ne voit la lassitude des derniers fidèles à rabâcher sans conviction une théologie éculée et des mythes antiques ?

La pensée cathare peut-elle constituer un nouveau lien social ? Peut-elle réussir dans une république démocratique égarée ce que le Moyen Age monarchique et catholique ne lui a pas permis de réaliser ? La question touche au paradoxe puisque nous savons que le catharisme se veut hors du monde qu’il sait ne pouvoir changer en son essence et qu’il n’a a fortiori aucune vocation à diriger. Il n’empêche qu’il peut s’inviter à éclairer la société moderne d’une spiritualité chrétienne retrouvée. Le renouveau cathare se rattache à la longue tradition du dualisme marcionite affirmé dès le IIe siècle, parallèlement à la théologie romaine, et qui connut une floraison remarquable dans l’Occitanie du XIIIe siècle. L’histoire montre qu’une telle vision du monde, avec la tension qu’elle présuppose entre la matière et l’esprit, a pu s’organiser en un système religieux ou quasi-religieux, délivrer un enseignement, élaborer une conduite de vie et former un groupe social particulier. Il n’empêche que le mot religion ne nous semble pas aujourd’hui pertinent pour désigner le redéploiement de la pensée cathare.

Le principe supérieur immanent au monde et cause de la destinée humaine est le dieu créateur à qui nulle obéissance n’est due. L’attitude intellectuelle et philosophique qui résulte d’un tel postulat ne peut constituer une conduite de vie et un modèle social qu’a contrario. Nous devrions presque parler d’une anti-religion dès lors que la quête du vrai interdit d’entrer dans un système de croyances, que le rejet du droit positif efface toute norme morale, que la voie de la simplicité échappe aux rituels. La gnose, le discernement de la conscience et la sagesse fondée sur la non-violence n’ont jamais formé de religions, mais plutôt des écoles philosophiques. Dans l’esprit, Jésus fut certainement plus proche de Pythagore, de Socrate, de Diogène et d’Epicure que n’importe quel grand prêtre ou pape de Rome ne le fut de lui.

Le catharisme ne peut se développer dans la modernité que comme une école de sagesse tendue vers le dieu inconnu. Les cathares privilégient la simplicité et la vie de l’esprit en eux-mêmes. Ils ne prétendent pas former un groupe particulier à l’intérieur de la société, mais autant d’individualités conscientes et reliées, sources remarquables d’une vie différente que celle que le monde impose aux vivants.


Histoire et philosophie cathare

e dualisme chrétien trouve ses fondements dans la philosophie de Paul de Tarse. Son disciple, Marcion de Sinope, montre l’irréductible opposition des deux concepts de Dieu portés par la vieille Bible et par l’Evangile. Son Eglise spirituelle s’étend de l’Orient à l’Occident dès le IIème siècle, jusqu’à tendre le relais à la nouvelle Eglise des bons chrétiens (les cathares) et disparaître au XIème siècle.

Nous proclamons qu’une telle vision du monde est toujours vivante au XXIème siècle et qu’un questionnement semblable progresse dans les sciences et les consciences.

Dieu n’a pas de réalité dans le monde. Il est absent et n’est pas opposable. Pourtant, l’idée de Dieu purifiée se révèle dans les esprits. Cette purification est un chemin de vérité qui passe par la réalité des faits et la logique du discours. Toute lecture des textes fondateurs doit s’appuyer sur la méthode historico-critique qui invalide les raisonnements théologiques.

La vieille Bible montre un Dieu législateur attaché aux valeurs mondaines, tandis que l’Evangile dévoile un Dieu détaché du monde.

Paul élabore l’idée de deux créations :

  • le Dieu biblique crée un homme instinctif et passionné, issu du règne animal;
  • le Christ crée un fils d’homme, issu du règne de l’esprit, capable du discernement de conscience. Il n'annonce pas la régénération de la chair, mais le rebut.

Le monde fondamentalement mauvais dans lequel nous vivons appartient au Diable. Le mal – qui n’est, tout simplement, que ce qui fait mal – est premier et le bien ne vient jamais que soulager l’excès de mal. Le dualisme oppose la non-violence à la violence. Vu que le mal est intrinsèquement lié à la vie, pourquoi imaginons-nous un Dieu créateur de toute bonté ? Il y a là une sorte d’attachement affectif qui nous relie au Diable comme l’esclave à son maître.

La philosophie cathare est une philosophie de libération qui renverse la perspective commune. Elle rencontre, dans la société humaine, une difficulté aussi grande que celle de Galilée qui cherchait à démontrer que l’évidence était pourtant l’erreur.


Dernière publication

Le Manifeste cathare

Présentation

LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris
ésus le nazaréen proclama le règne de Dieu. A l’image des prophètes d’Israël, il avait la vision d’une terre sainte, sans violence ni sacrifices sanglants, où chacun connaîtrait l’impératif de la loi d’amour inscrit dans sa conscience. Les guérisons qu’il obtenait témoignaient que le règne était inauguré. Elles attestaient le pardon des péchés et donnaient à voir les prémisses de la société nouvelle. Mais le règne dont il se voulait le serviteur n’emportait pas l’adhésion des courants messianiques. La non-violence n’était pas leur vertu. Ils le livrèrent aux pouvoirs établis et à l’armée romaine.
Les disciples qui avaient cru en Jésus virent s’effondrer l’avenir qu’il leur avait promis. Mais par quelque mystère qui tient aux hommes plus qu’à Dieu, ils jurèrent avoir vu le Christ ressuscité. Puisant leur inspiration chez le prophète Daniel, ils bâtirent leur nouvelle espérance sur son retour glorieux. Mais les générations passaient et l’attente semblait vaine. Une lecture attentive des évangiles découvre les contreforts théologiques qui maintenaient l'espoir en ce jour qui devait arriver. Les évangélistes entremêlèrent habilement l’espérance du règne que portait Jésus à celle de la parousie en laquelle les communautés primitives voulaient croire.

Deux mille ans après, peu de chrétiens attendent encore l’édification du règne de Dieu ou le retour du Christ pour le salut de tous. Les savants relisent les évangiles en regard des sciences. La critique historique repère les différentes strates de rédaction. Elle examine les paroles et les actes du nazaréen pour séparer l’authentique de la composition. Elle dévoile les intentions théologiques des évangélistes. Le christianisme classique révèle une construction de la pensée humaine qui s’adosse aux événements remarquables qui se déroulèrent au 1er siècle en Galilée et en Judée.
Apparu à Antioche de Syrie quelques années après le drame de la croix, le christianisme présentait une diversité de croyances. Dans ce bouillonnement de pensées, Paul de Tarse élabora une philosophie puissante. Elle tirait les conséquences de l’exécution de Jésus et proclamait la valeur rédemptrice de son enseignement. Elle constituait les fondements d’une vision dualiste du monde sur lesquels Marcion de Sinope allait s’appuyer pour montrer l’irréductible opposition des concepts de Dieu soutenus par la vieille Bible et par l’Evangile.

Les cathares du moyen âge se classent indéniablement dans la filiation philosophique et religieuse de Marcion. L’Eglise non-violente fondée par le fils de l’évêque de Sinope se déploya de l’Orient à l’Occident dès le IIème siècle. Elle ne devait disparaître, en tant que telle, qu’au cours du XIème siècle, alors qu’apparaissait le mouvement des bons chrétiens (les cathares) dont l’histoire n’a retenu que quelques bribes caricaturales de croyances. L’Eglise martyre qui tenta de se développer dans les comtés de Toulouse, de Carcassonne et de Foix aux XIIème et XIIIème siècles, témoignait des valeurs évangéliques de vérité et de non-violence. Elle fut malheureusement brisée par la terrible croisade sans que son annonce ne fût portée par une grande intelligence.
Nous ne pouvons comprendre le fond de la pensée des cathares si nous n’entrons pas dans l’histoire religieuse de la Judée, si nous ignorons les enjeux du christianisme primitif. Les bons chrétiens du Moyen Age lisaient les évangiles en langue occitane et quelques rares écrits apocryphes parvenus jusqu’à eux. Ils cherchaient à connaître le Christ et à partager son esprit. Mais ils ne savaient rien de l’origine du christianisme. Ils n’avaient en main ni les manuscrits esséniens de la mer Morte, ni les manuscrits gnostiques de Nag-Hammadi. Cathares d’aujourd’hui, notre esprit n’est pas plus pur que l’était le leur, mais notre savoir est bien plus large. Notre devoir est de revisiter le christianisme et de relire les évangiles à la lumière des connaissances nouvelles.

Nous n’attendons plus l’avènement du règne de Dieu, ni la parousie du Christ à Jérusalem. Nous croyons cependant que le christianisme reprend sens par une lecture authentique des évangiles et par un nouvel attachement au vrai visage de Jésus. Il s’agit d’un renversement de croyance. Si Dieu n’a pas de réalité dans le monde, l’idée de Dieu purifiée se révèle dans les esprits. Cette purification est un chemin de vérité qui passe par la réalité des faits et la logique du discours. Nous voyons que la vieille Bible montre un dieu législateur attaché aux valeurs mondaines, tandis que l’Evangile dévoile un dieu détaché du monde. Paul a résolu la contradiction par l’idée de deux créations : le Dieu biblique crée un homme instinctif et passionné, issu du règne animal ; le Christ crée un fils d’homme, issu du règne de l’esprit, capable du discernement de conscience. Il n’annonce pas la régénération de la chair, mais le rebut.
Nous voyons que le monde fondamentalement mauvais dans lequel nous vivons appartient au Diable. Le mal – qui n’est, tout simplement, que ce qui fait mal – est premier et le bien ne vient jamais que soulager l’excès de mal. Le dualisme bien compris oppose la non-violence à la violence. Vu que le mal est intrinsèquement lié à la vie, nous nous demandons pourquoi l’homme imagine un dieu créateur de toute bonté. N’y a-t-il pas là une sorte d’attachement affectif qui le relie au Diable comme l’esclave à son maître ? Ce questionnement nous situe dans la tradition paulinienne où nous retrouvons le christianisme de Marcion de Sinope et des cathares d’Occitanie.

Nous témoignons que les flammes des bûchers n’ont jamais brûlé les pensées. Une espérance nouvelle germe dans les multitudes qui pérégrinent par les sentiers escarpés des hauts lieux de la pensée cathare. Nos moyens de communication nous relient aux chrétiens en quête de sens et aux croyants cathares d’Europe et d’Occident. Un large réseau se forme dans l’entrelacement des échanges et des fils qui se nouent. La Bastida dels catars est la première maison de consolation (dans la tradition du Moyen Age) où les nouveaux cathares se rencontrent. Notre christianisme n’est pas dogmatique. Il s’agit d’abord d’un questionnement qui a pour origine la vision douloureuse du monde. Il suscite la compassion. Il s’agit ensuite de pratiquer le pur amour (la non-violence), afin d’éviter d’ajouter à la souffrance existentielle des hommes et des vivants. Il s’inscrit dans la simplicité de vie. Et chacun de nous se hâte à son rythme, sur le même chemin, vers le dieu inconnu.

En 1309, le dernier cathare revêtu et martyr, Guillaume Bélibaste, prophétisait : « Au bout de sept cents ans le laurier reverdira… »


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